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Comment mon engagement body positive a changé ma vie

Gaëlle Prudencio est blogueuse, influenceuse, créatrice de mode… Et le point commun à toutes ses casquettes, c’est d’œuvrer pour le body positive, et rendre visible la réalité des femmes rondes.

Publié le 27 janvier 2020

Pendant plusieurs mois, tous les 15 jours, tu verras défiler sur madmoiZelle des portraits d’instagrammeurs et instagrammeuses que tu connais peut-être, ou peut-être pas.

10 personnalités, qui ne sont pas forcément des stars d’Instagram, mais juste des personnes simples, au vécu empouvoirant, avec un message à faire passer, ou un contenu original à proposer.

Qui sont-ils derrière les likes et les K du réseau social ? Comment en sont-ils arrivés là ? Quel est leur message ?

Je vais tenter à travers ces 10 portraits de te le faire découvrir, et de peut-être te donner envie de les suivre.

Mais surtout, je l’espère, de te donner envie de t’affirmer et t’exprimer librement, comme elles et eux !

Retrouve les portraits déjà publiés

Si tu as apprécié ces portraits et les valeurs que véhiculent ces femmes et ces hommes sur Instagram, je te donne rendez-vous sur le site No Pressure by Instagram, une surprise t’y attend ! 

Pétillante. Entrepreneuse. Marquante.

Gaëlle est l’une des figures du mouvement body positive, et on peut même dire qu’elle en a été une des précurseuses, quand elle a démarré le blogging il y a plus de 12 (!) ans.

Elle a 37 ans, est d’origine béninoise, a grandi au Sénégal, et a fait des études de droit dans le Nord de la France avant de débarquer à Paris.

Créatrice de contenus sur Internet, blogueuse, créatrice de mode pour les femmes qui ont des formes…

Gaëlle m’a raconté une petite partie de sa vie de femme noire qui se fringue en taille 56, et de l’impact des vêtements et d’Internet sur son acceptation d’elle-même.

Les racines africaines de Gaëlle Prudencio

Les parents de Gaëlle sont béninois, mais ont grandi et vécu au Sénégal, et il en est de même pour elle :

« Pendant longtemps j’ai moi-même considéré que j’étais plus sénégalaise que béninoise.

Jusqu’à ce que je découvre le Bénin au moment de créer ma marque de vêtements : ça a été tout un voyage initiatique d’y retourner.

Je suis arrivée en France à 18 ans quand j’ai eu mon bac, pour poursuivre mes études de droit. Je me suis installée à Douai dans le Nord-pas-de-Calais et je suis restée dans le Nord pendant 7 ans.

Petite fille, je ne sais pas précisément ce que je voulais faire plus tard, je sais juste qu’à un moment donné je me suis dis que je voulais être juge pour enfants.

Sûrement parce que mes parents ont divorcé et que j’étais persuadée que c’était le juge pour enfants qui gérait les séparations (alors que pas du tout). »

Finalement, après avoir étudié le droit social et travaillé quelques années dans les Ressources Humaines, Gaëlle décide de s’éloigner un peu du domaine, pour gagner sa vie en militant :

« Ce qui est marrant c’est qu’en anglais on dit advocate pour parler de prendre position, d’être militant.

Même si je n’ai pas travaillé dans le droit, mine de rien je suis restée sur ce truc d’advocate par rapport à ce que je transmets sur le body positive.

Quand j’ai fait mon mémoire en master, le sujet que j’avais choisi c’était : Le poids des apparences dans le milieu professionnel : l’obésité est-elle source de discrimination ?

J’avais besoin de m’exprimer à ce sujet déjà à cette époque-là, mais c’était tout petit, tout jeunot.

Aujourd’hui j’ai une plateforme, et dessus je prends la parole pour plusieurs personnes parce que mine de rien, on n’est pas tant que ça à le faire.

Beaucoup de femmes qui prônent le body positive ont été invisibilisées, et il continu a y avoir beaucoup d’agressivité au sujet du physique des personnes différentes.

Donc au final, prendre la parole, et rester, ça me mène à être du côté de l’advocate. »

Quitter le Sénégal, ça rimait aussi pour Gaëlle avec se détacher un peu de la pudeur de la culture africaine, dans laquelle elle a finit par se sentir à l’étroit.

Pour enfin s’exprimer, s’ouvrir, parler de sujets intimes qui étaient jusque là tabous pour elle.

Avec presque 43 000 abonnées sur Instagram, son blog et sa marque, Gaëlle vit désormais de son activité sur Internet.

Mais entre la jeune femme de 20 ans qui débarquait en France, et la boss lady confiante invitée à l’Elysée dans des évènements sur les diasporas africaines, il y a eu un sacré chemin.

La mode, vecteur de complexes, et de confiance en soi pour Gaëlle Prudencio

La mode, Internet, et tout ce que ça englobe, ont été une thérapie pour Gaëlle.

De son poids, du body shaming et de la grossophobie dont elle a été victime, ont découlé ses premiers pas sur Internet :

« J’ai toujours fait énormément de régimes, depuis l’âge de 12 ans, et même avant. J’ai fait beaucoup de yoyo, et vers l’âge de 20 ans, je me suis dit que ça ne marchait pas.

J’essayais de perdre, je reprenais, je ne savais pas pourquoi je mangeais, pourquoi ça ne marchait pas alors que j’avais la volonté…

Donc à un moment donné, je me suis dis que ce serait bien de faire autrement et de juste m’accepter comme je suis, en intégrant le fait que c’était peut-être juste ma morphologie.

Quand je vois ma famille du côté de mon père, mes oncles et tantes sont plutôt grands et gros, donc je me suis mis en tête d’arrêter de lutter contre ma nature.

Et à ce moment-là je me suis rendu compte que ce qui me créait vraiment des problèmes par rapport à mon poids, c’était de pouvoir m’habiller.

Le regard des autres sur moi était compliqué à gérer.

Tout cela est arrivé au moment où Internet commençait à se développer, donc j’y allais pour chercher où m’habiller, où trouver des vêtements grande taille jolis, dans lesquels je pourrais me sentir bien…

Et je suis tombée sur des communautés en ligne où il y avait des femmes qui étaient grosses et belles en même temps.

Ce n’était pas antinomique, elles n’étaient pas belles « pour des grosses », elles étaient juste belles, point.

Elles postaient des tenues du jour, beaucoup de photos, et il y avait énormément de bienveillance dans les commentaires.

J’ai eu un peu envie d’avoir moi aussi cette espèce de bienveillance que je n’avais pas eu à l’école et dans mon entourage.

J’avais besoin d’avoir ce truc-là, et mine de rien cette espèce d’approbation. De voir qu’il existe des personnes comme moi qui sont bien dans leur peau, ça m’avait fait du bien.

J’ai posté ma première photo le 22 octobre 2007 sur un blog que j’ai créé via une plateforme, Vive les rondes, qui aide énormément de femmes.

Et au fur et à mesure, j’ai commencé à documenter le parcours d’une jeune femme qui apprend à s’accepter au travers des vêtements.

Je faisais beaucoup de vide dressing, de bourses aux vêtements, je partageais des bons plans, comment s’habiller en grande taille…

Grâce à tout ça je rencontrais des femmes qui vivaient bien leur surpoids, qui avaient une vie tout à fait normale, qui n’étaient pas celles qu’on dépeignait souvent dans les médias.

Tout ça a vraiment forgé mon identité et ma place dans la société par rapport à mon corps, et au-delà de ça. »

S’habiller a longtemps été synonyme d’angoisse pour Gaëlle. De ce parcours de la combattante est née sa distance avec le monde de la mode :

« Mon amour pour les vêtements est venu avec le blog, avec cette envie de m’habiller. Avant je ne trouvais pas de vêtements à ma taille, c’était la galère.

Je chausse du 43 par exemple, et je me souviens avoir passé des heures au marché à Dakar avec ma mère à chercher ne serait-ce qu’une paire de baskets…

Les chaussures de petite fille de mon âge n’existaient pas dans ma taille. Pour me chausser, pour m’habiller, tout était compliqué.

Sinon j’allais chez le tailleur, mais je n’avais jamais les petites robes à la rentrée comme tout le monde.

Du coup je m’étais un peu désintéressée des vêtements, et c’est en créant le blog que c’est revenu. J’ai eu envie de me sentir belle, de trouver quelque chose d’attrayant sur moi.

Je trouvais que les vêtements pouvaient apporter ce petit truc en plus, qu’avec on pouvait s’exprimer, exprimer son style, son identité, ses envies, son humeur aussi. »

Pourtant Gaëlle a grandi dans un environnement dans lequel la mode avait une place importante :

« La mode a aussi toujours un peu fait partie de ma vie, parce que ma maman a pendant longtemps été couturière, donc elle nous cousait nos vêtements.

Je revois parfois les vêtements qu’elle nous faisait… elle utilisait le même tissu pour mon frère, ma grande sœur et moi, donc on avait tous les mêmes fringues !

Et elle aimait bien faire coudre des boutons en forme de bonbons dessus.

Ma grande sœur aussi, qui est décédée quand j’avais 12 ans, son rêve était de devenir designer.

Elle était très créative, elle faisait des vêtements en crochet, elle allait dans les friperies, elle customisait des vêtements, etc.

Donc ça toujours été là. Mais c’est plus tard que je me suis fait ma propre formation. »

Parler de body positive quand on est une femme noire et grosse en France

Par curiosité, j’ai demandé à Gaëlle si elle avait vu une différence dans le regard des autres entre sa vie en France, et son enfance et son adolescence au Sénégal :

« La différence c’est que quand je vivais au Sénégal, ma seule différence était d’être grosse.

Quand je suis arrivée en France, j’ai découvert une autre différence dont je n’avais pas du tout conscience, c’est que je suis une femme noire.

Je dis souvent que j’ai découvert en France que je suis noire !

En plus moi je cumule : je suis une femme, je suis noire, je suis grosse, j’ai les cheveux crépus, c’est beaucoup d’un coup.

Moi quand je sors de chez moi, je suis Gaëlle, point. Mais quand j’arrive dans les transports je réalise qu’on me regarde.

Pendant très longtemps je voyais mal ces regards-là, je me disais qu’on me jugeait parce que j’étais différente, que les gens avaient forcément un regard malveillant.

En fin de compte aujourd’hui quand je constate qu’il y a ce regard sur moi, la première chose que je me dis c’est qu’ils sont surpris, parce que mine de rien, des comme moi, ici il n’y en a pas beaucoup.

La différence je l’ai vu là, dans tout ce que je représente et qu’on n’a pas l’habitude de voir dans l’espace public français. »

Le body positive, on en entend beaucoup parler depuis quelques années. C’est presque devenu une mode, mais pour Gaëlle, ambassadrice de ce mouvement depuis plus de 12 ans, c’est pour le mieux :

« Parler d’acceptation de soi, c’est ce que j’ai toujours fait, depuis que j’ai commencé, et ça a vraiment été un chemin.

Ce qui est important pour moi c’est de montrer que ce n’est pas un truc qui est inné d’apprendre à s’accepter, s’aimer, prendre confiance en soi.

C’est comme un muscle qu’on doit tout le temps travailler. Pour moi le body positive c’est s’accepter, mais aussi accepter les autres.

C’est assez difficile pour moi d’entendre quelqu’un qui se dit body positive mais qui n’arrive pas à voir la beauté dans tous les corps.

Moi c’est vraiment sur ça que je m’exprime, le fait qu’on est toutes et tous beaux, mais qu’il y a des personnes qui sont plus au courant que d’autres.

Et à partir du moment où on arrive à intégrer qu’on est beau, s’ouvre un grand boulevard, et on est libéré d’un truc, on peut avancer sur d’autres sujets.

Je suis très contente que le thème soit maintenant dans toutes les bouches, et parfois repris de façon assez maladroite dans le marketing.

C’est important qu’on puisse avoir des phénomènes de mode, qui vont permettre que les conversations entrent naturellement dans nos vies.

Je pense qu’il y a 5 ans, on ne m’aurait jamais vue sur une campagne pour MAC par exemple, et aujourd’hui j’ai déjà fait plusieurs opés avec cette marque.

On n’aurait pas vu une fille comme moi avec mes dents du bonheur dans une pub.

Donc c’est bien qu’il y ait cette conversation, et au fur et à mesure j’espère que ça deviendra normal, et qu’on n’aura plus besoin d’étiquette.

Mais pour l’instant il le faut, il faut qu’on le rappelle, parce que derrière nous il y a plein de petits jeunes qui ont besoin qu’on leur donne les armes. »

S’engager pour la mode grande taille en créant sa marque de vêtements

Il y a deux ans, Gaëlle a créé sa marque de vêtements en wax, Ibilola, qu’elle voit comme son engagement pour la mode grande taille, et qui représente énormément pour elle :

« Ibilola c’était le nom en Yoruba de ma grande sœur qui est décédée. Cette marque c’est d’abord un hommage à elle et à cette volonté qu’elle avait d’être designer.

Le jour de son enterrement, une de ses amies a lu un texte et a dit « je garderai toujours l’espoir de m’habiller en Prudencio un jour ».

Ma marque est symbolique par rapport à ça.

J’ai choisi le wax parce que c’est un tissu super coloré, avec lequel on ne passe pas inaperçu.

J’aime bien dire que je prends position avec mes choix vestimentaires, et quand on porte une pièce Ibilola, on dit aux autres qu’on est là, qu’on ne peut pas nous louper, même si on essaye de nous rendre invisible.

Ibilola est aussi pour moi une opportunité de pouvoir mettre en avant la créativité africaine. Je crée mes collections au Bénin, je travaille avec un atelier où il n’y a que des femmes, je booste le continent comme je peux.

J’ai lu un jour que on n’a pas besoin de vivre sur le continent africain pour pouvoir l’aider, le plus important, c’est de travailler pour lui.

Donc voilà, je fais des ponts entre toutes mes vies, parce que c’est vraiment mon histoire qui est transmise comme ça, grâce à Internet. »

Se rapprocher de sa communauté grâce à Instagram

Son inscription sur Instagram fin 2011 lui a permis de toucher absolument toutes les catégories de personnes, et de sortir du microcosme de la plateforme Vive les rondes.

Gaëlle est notamment à l’initiative du hashtag #FrenchCurves depuis 2013, qui réunit une communauté de femmes qui conjuguent le style et la beauté au pluriel.

Elles partagent régulièrement leurs looks avec le hashtag, et il y a aussi des thèmes de challenges où chacune peut soumettre un look.

L’idée est d’inspirer les autres et montrer que la mode n’a rien à voir avec une histoire de taille : un challenge body positive pour donner une vision positive des corps différents dans l’espace public.

Au moment où j’écris, ce hashtag contient plus de 34 500 publications !

Grâce à l’immensité du réseau social, Gaëlle envoie aujourd’hui ses pièces Ibilola jusqu’en Chine et en Arabie Saoudite. S’inscrire sur le réseau social l’aide aussi au quotidien à se rapprocher de sa communauté :

« Quand je me suis inscrite sur Instagram, c’est encore un autre monde qui s’est offert à moi, parce que pour le coup je touchais des gens qui venaient vraiment de partout.

C’est ce qui est génial, il n’y a pas de frontière, je peux toucher n’importe qui.

Instagram m’a aussi permis d’être plus proche de ma communauté, parce qu’avec le blog, au fur et à mesure des années malheureusement, il y a moins de gens qui lisent.

Les photos et les stories notamment m’ont permis de pouvoir partager, mais aussi échanger.

J’adore faire des sondages, des questions, c’est le moment où je me rends compte de pourquoi les gens me suivent, ça me permet de pouvoir prendre la température.  »

Gaëlle est fidèle à elle-même, transmet ses réflexions, son chemin, et son assurance sur Internet depuis plus de 12 ans… et elle n’est pas prête de s’arrêter !

À lire aussi : Parce que la « Parisienne » n’est pas qu’une jeune femme blanche et mince…

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Les Commentaires

9
Avatar de Malinauka
29 janvier 2020 à 19h01
Malinauka
@Nastasja oui je suis bien d'accord ! C'est pour ça que j'aime pas ce terme de "avec des formes" pour parler de personnes gros.ses, ça veut rien dire, on peut être mince et filiforme mais je veux dire à moins d'avoir affaire à un rectangle sur pattes "informe" ça existe pas, et on peut en effet être mince avec des grosses cuisses/fesses/ventre/seins/...
@seapunk j'imagine que ton 1er message s'adressait à moi ? Heu ben sinon non en effet c'est 100% ok de pas "avoir de formes" (encore, cette formulation...), je dis pas le contraire, ça m'irrite juste l'entretien de la guerre grosses/minces mais après explications d'@Oceane je vois que j'avais juste mal compris l'emploi de cette expression...
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