Pourquoi je brise le tabou de la PMA sur Instagram


Mélanie est la créatrice du compte Instagram @pm_amour, sur lequel elle parle de tout ce que la société tait à propos de la PMA. L'impact émotionnel, psychologique, physique... elle raconte tout, pour lever le tabou.

Pourquoi je brise le tabou de la PMA sur Instagram
Insta Story

Pendant plusieurs mois, tous les 15 jours, tu verras défiler sur madmoiZelle des portraits d’instagrammeurs et instagrammeuses que tu connais peut-être, ou peut-être pas.

10 personnalités, qui ne sont pas forcément des stars d’Instagram, mais juste des personnes simples, au vécu empouvoirant, avec un message à faire passer, ou un contenu original à proposer.

Qui sont-ils derrière les likes et les K du réseau social ? Comment en sont-ils arrivés là ? Quel est leur message ?

Je vais tenter à travers ces 10 portraits de te le faire découvrir, et de peut-être te donner envie de les suivre.

Mais surtout, je l’espère, de te donner envie de t’affirmer et t’exprimer librement, comme elles et eux !

Retrouve les portraits déjà publiés

Si tu as apprécié ces portraits et les valeurs que véhiculent ces femmes et ces hommes sur Instagram, je te donne rendez-vous sur le site No Pressure by Instagram, une surprise t’y attend ! 

Courageuse. Résiliente. Sensible.

Quand j’ai rencontré Mélanie, je ne connaissais strictement rien à la PMA (procréation médicalement assistée), si ce n’est les débats qui ont eu lieu récemment autour de la PMA pour toutes.

J’ai rencontré une femme très ouverte au dialogue, et experte de son corps et des détails médicaux de toute cette complexe procédure.

Elle m’a raconté pourquoi elle a décidé d’affronter le parcours du combattant de la fécondation in-vitro, m’a expliqué tout ce que ce choix a impliqué pour elle…

Et surtout pourquoi elle a décidé d’en parler sur son compte Instagram @pm_amour.

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Il y a une dimension d’échec omniprésente qd on suit ce parcours. Il est partout, et devient un élément permanent de nos vies. Déjà, parce que c’est la source du problème : c’est parce qu’on arrive pas à avoir un enfant qu’on se retrouve là (exception faite des couples de femmes, que j’embrasse, mais dont je connais forcément moins bien la situation). Nous sommes ceux qui échouent, de base. Ceux pour qui ça foire. Mais aussi parce qu’ensuite, chaque étape du parcours (et il y en a beaucoup) peut faire capoter l’ensemble du processus. – La stimulation ovarienne peut foirer. On peut ainsi se retrouver avec trop peu de follicules murs pour passer à l’étape suivante. – La ponction peut foirer : Même si on a suffisamment de follicules, il est possible que certains ne contiennent pas d’ovocytes suffisamment matures pour être fécondés. Et il n’y a aucun moyen de savoir si un follicule contient un bel ovocyte avant la ponction. – La fécondation peut foirer. Pour des raisons qu’on ne comprend pas toujours, il est possible que la rencontre de l’ovocyte et des spermatozoïdes ne se fasse pas et qu’on obtienne aucun embryon. – Le développement des embryons peut foirer : même si on arrive à obtenir des embryons, ils peuvent stopper leur développement au bout d’un ou deux jours, toujours sans qu’on comprenne vraiment pourquoi. – Et enfin, le transfert peut foirer. C’est-à-dire que même si on atteint cette ultime étape, il est possible que l’embryon ne s’accroche pas, et qu’aucune grossesse ne s’en suive. Bref, il faut apprivoiser l’échec, car il fait partie de notre quotidien. A chaque palier, on attend, on espère, et souvent, on est déçus, car il est rare de franchir toutes ces étapes avec succès. Le plus souvent, on doit multiplier les tentatives pour espérer y arriver. Parfois, l’échec est tellement présent qu’on se demande si on ne s’acharne pas, juste pour pouvoir se dire qu’on a réussi. Est-ce qu’on veut à ce point un enfant, ou est-ce qu’on veut vaincre ces échecs ? Comment rester positif quand, toutes les semaines, à chaque rendez-vous, on doit se préparer à ce qu’on nous dise « bon, on arrête là » ? Comment faire pour supporter ça ?

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Lever le tabou de la PMA via Instagram

Si tu parcours comme moi le compte Instagram de Mélanie, tu pourras peut-être le trouver impersonnel de prime abord.

Il n’y a pas de visage, peu de photos, et peu de publications, et pourtant, c’est un espace où Mélanie en dit beaucoup sur un sujet encore très tabou en France, et qui relève de l’intime.

Plusieurs facteurs l’ont décidée à ouvrir ce compte :

« Quand je me suis retrouvée dans la situation de devoir avoir recours à la PMA, j’ai cherché des infos sur ce que ça allait changer dans ma vie concrètement, comment j’allais faire, comment j’allais devoir m’organiser…

Et je n’ai pas trouvé beaucoup de réponses à mes interrogations.

J’ai trouvé beaucoup de forums sur lesquels les femmes racontent leur situation de manière vraiment très détaillée en partageant des résultats d’analyses pour demander des avis, mais pas de ressenti général et très pratique.

C’est donc ce manque d’informations qui m’a poussée à raconter mon parcours de PMA, mais de façon un peu générale.

Je ne rentre pas forcément dans les détails de mon expérience personnelle, je veux surtout donner mon ressenti, ce qu’on vit quand on traverse tout ça. »

Qu’est-ce que vivent réellement les parents des moins de 3% d’enfants qui naissent grâce à une assistance médicale en France chaque année ?

Qu’implique réellement le fait de décider d’avoir un enfant biologiquement quand son corps ne nous le permet a priori pas ?

@pm_amour répond à ces questions par le prisme du vécu de Mélanie, sensibilise, et participe à briser un tabou :

« C’est aussi mon entourage qui m’a poussée à en parler ouvertement dans ma vie perso et sur Instagram, parce qu’il y a un vrai tabou autour de ça.

Quand tu dis que tu es en PMA, les gens sont en général sincèrement désolés pour toi, donc ça c’est plutôt bienveillant et gentil.

Mais ils sont aussi hyper gênés. Ils ne veulent pas en entendre parler, ils ne veulent pas trop en savoir.

Si tu commences à raconter les piqûres, ton quotidien, ils expédient rapidement la conversation.

Mais moi j’avais envie que mes potes et ma famille comprennent ce que je vis, quitte à leur balancer dans la figure.

Je voulais que les gens sachent, je voulais qu’on me soutienne en comprenant ce que je traverse. Donc j’ai commencé à en parler partout, à raconter.

Mes potes m’ont dit que je faisais bien de le faire, qu’ils comprenaient mieux, mais c’est surtout sur Instagram que j’ai eu plein de retours.

J’ai reçu plein de témoignages, beaucoup beaucoup de messages.

De la part de ceux qui n’y connaissent rien et qui sont hyper heureux de comprendre, de ceux qui sont dedans ou qui doivent y aller et qui sont heureux d’avoir des réponses ou de lire que quelqu’un partage leur ressenti…

Ou des personnes qui me disent qu’elles comprennent mieux leur sœur, leur copine, ou autre.

Ça c’est vraiment génial, si je peux aider les gens à se rendre compte de tout ce qu’implique ce parcours, ça me fait vraiment plaisir. »

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Bonjour et bienvenu.e.s sur ce compte ! J’ai eu envie de parler de PMA (oui, vous avez vu, Parlez-moi d’amour, ça fait PMA, c’est fou non ?) car c’est mon quotidien depuis plusieurs mois. Parce que quand le désir d’enfant se heurte à l’impuissance de la nature, on se trouve parfois bien démunis et que, dans ces cas-là, le parcours médical qui nous attend est si compliqué, vaste, effrayant, qu’il est précieux de lire ce que d’autres en ont retenu. Également parce qu’en cherchant des renseignements sur le sujet, en parlant autour de moi, en tendant l’oreille, j’ai constaté à quel point ce sujet était tabou, secret, presque honteux parfois. On ne dit pas qu’on suit un parcours de PMA. On le cache, maladroitement, au creux de son quotidien, au fil des rendez-vous, des prises de sangs et des espoirs déçus. On ne dit rien parce qu’on a peur de devoir annoncer des échecs. Ou parce qu’on ne veut pas entendre que « ça fonctionnera quand on arrêtera d’y penser » ou qu’on sera « moins stressé ». Comment, au juste, arrête-t-on d’y penser quand on a 5 ou six prises de sang par semaine ? Et autant d’échographies ? Une ou deux piqures par soir ? Des prescriptions quotidiennes par téléphone ? Des interventions chirurgicales en permanence ? Dans notre société qui valorise le succès, il semble parfois que cette tentative désespérée d’enfanter doit se dissimuler, loin du regard de ceux qui n’en soupçonnent même pas les contraintes, et l’acharnement dont il faut parfois faire preuve pour en venir à bout… Avant d’y être confrontée, je n’avais aucune idée de ce que la PMA implique. De l’organisation que ça suppose au quotidien, pendant des semaines, des mois, parfois des années. De la course permanente aux rendez-vous, aux piqures, aux examens. Personne, à moins de l’avoir vécu, ne sait ça. A l’heure où le droit à la PMA devrait-être, espérons-le, étendu à toutes les femmes, je crois aussi qu’il est important de montrer qu’il n’y a pas d’enfants plus désirés, plus attendus, et plus aimés que ceux qui naissent à l’issue de ce parcours du combattant. Qu’il n’y a pas de « PMA de confort ». Que ce n’est jamais confortable. (suite en commentaires ⬇️)

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Prendre la décision de la PMA

Quand elle apprend qu’elle a un souci de fertilité il y a environ deux ans et demi, Mélanie a 35 ans. Jusque-là, avoir un enfant ne rentrait pas vraiment dans ses souhaits.

Mais un jour, l’envie est venue, et le projet s’est lancé :

« J’avais une contraception, un DIU au cuivre, donc assez naturellement je me suis dit que j’allais l’enlever et qu’on allait commencer à essayer.

Il ne se passait rien, mais comme on nous dit que ça prend du temps, qu’il y a des couples qui essayent pendant un an ou deux ans avant que ça fonctionne, on ne s’est pas particulièrement inquiétés.

Quelques années auparavant, je me suis fait retirer des petites tumeurs bénignes dans la poitrine et dans l’utérus, qui étaient liées à un dérèglement hormonal.

Donc quand j’ai vu que ça ne marchait pas, au bout de 6 à 8 mois de tentatives, je me suis dit qu’avec mon petit passif hormonal et gynécologique, ça vaudrait le coup de demander à mon médecin.

Mon conjoint et moi avons fait des tests, et le verdict est tombé assez vite.

Du côté de mon mec tout roulait nickel, et moi je n’avais pas de problème fonctionnel, mais par contre j’ai un problème de réserve ovarienne.

C’est à dire qu’à 35 ans, au moment où j’ai fait les tests, j’avais la réserve ovarienne d’une femme de 45/47 ans.

Toutes les femmes naissent avec une réserve, et la mienne est petite, pas de bol. »

« Pas de bol » : si Mélanie avait voulu faire des enfants une dizaine d’années avant, elle n’aurait sûrement pas eu de souci…

Le médecin est formel, il sera impossible pour elle et son conjoint d’avoir un enfant naturellement, et même en s’engageant dans une procédure de PMA, il n’est pas garanti que cela fonctionne.

Mais leur décision est prise :

« À ce moment-là c’était logique pour moi d’avoir recours à la PMA, aussi parce que j’étais un peu naïve et que je ne me rendais pas compte de ce que ça allait être.

Je voyais ça comme un traitement médical qui allait m’aider à réaliser mon projet, donc pourquoi pas !

On ne s’est même pas vraiment posé de question à ce moment-là, mon copain m’a soutenue, et on s’est lancés ! »

Le parcours de la PMA : des dérèglements hormonaux éprouvants

Une fois cette décision prise, ce sont plusieurs phases de traitements qui se sont succédées, et donc plusieurs mois de souffrance physique et psychologique pour Mélanie, son conjoint, et leur dynamique de couple.

La première phase du traitement se nomme la stimulation simple.

Dans un cycle menstruel normal et naturel, chaque mois un follicule placé dans l’ovaire grossit sous l’action d’une hormone.

À l’intérieur de ce follicule, un ovocyte mûrit, et quand il est mature, l’action d’une deuxième hormone fait rompre le follicule pour libérer l’ovocyte : c’est l’ovulation.

Tout ça, c’est ce qui ne fonctionne pas bien chez Mélanie.

La stimulation simple consiste donc à injecter tous les jours la même hormone que celle qui est naturellement produite par le corps, mais avec un dosage plus fort, pour forcer les follicules à mûrir, et essayer d’avoir un ovocyte mature.

« Tous les mois, pendant 8 à 9 jours, il faut faire des piqûres sous-cutanées dans le ventre à heure fixe.

Les piqûres ne font pas vraiment mal, mais c’est contraignant parce que ça se garde au frigo et qu’il faut vraiment être rigoureuse sur l’heure.

En plus des piqûres tous les soirs, tous les deux ou trois jours à peu près, il faut faire une échographie endovaginale (par le vagin) pour vérifier si le follicule grossit bien.

En fonction de son évolution, on augmente ou on diminue la dose de traitement.

C’est un peu la fête du slip dans ton vagin pendant cette période-là, il ne faut vraiment pas être trop sensible de ce côté-là.

Quand le follicule atteint une taille raisonnable, on fait une dernière piqûre pour provoquer l’ovulation. Et à partir de là, on sait que l’ovulation a lieu 36 heures plus tard.

Il faut calculer, et ensuite avoir des rapports sexuels.

C’est très bizarre parce que c’est très programmé, ça perd un peu en spontanéité et en naturel, pour le coup ce n’est vraiment pas simple.

Nous on a fait ça pendant six mois à peu près, et ça n’a pas fonctionné. »

Qui dit injections d’hormones à haute dose dit forts dérèglements hormonaux, et donc changements physiques importants.

Sur son compte Instagram, c’est l’un des aspects sur lesquels la jeune femme s’exprime :

« Ça dépend évidemment des femmes, mais moi pendant cette période de stimulation je prends trois bonnets de soutien-gorge, j’ai la poitrine hyper tendue et hyper douloureuse.

J’ai le ventre qui gonfle vraiment beaucoup, on a l’impression que je suis enceinte, ce qui est très ironique.

Tout mon corps gonfle, je ne me pèse pas trop parce que je ne veux pas me rajouter le stress du chiffre, mais je le sens dans mes vêtements.

Certaines femmes prennent 7 à 8 kilos dans le cycle.

J’ai aussi la peau grasse, les cheveux tout filasses, le corps est poussé dans ses retranchements, je suis fatiguée, j’ai mal au dos…

La période de la stimulation ce n’est vraiment pas une période marrante. Il y a beaucoup d’effets secondaires assez lourds. »

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Voilà le genre de photo de PMA qu’on ne montre jamais. J’ai le ventre d’une femme enceinte de quatre mois. C’est ironique, non ? J’ai recommencé le traitement depuis seulement 4 jours, après une pause de 3 mois, et je ne rentre déjà plus dans mes vêtements. Honnêtement, God bless les pantalons à taille élastique (Uniqlo en fait des super, si vous cherchez). J’ai choisi de ne pas me peser pendant ce processus, parce que c’est vraiment trop compliqué à assumer, et parce que j’ai peur que ça me conduise à le vivre encore plus mal. Mais malgré tout, le reflet du miroir ne ment pas, et c’est encore un truc en plus à accepter. Une copine m’a dit que pendant son traitement, elle avait pris 5 kilos en 10 jours. Tout dans le ventre. Ca vous donne une idée de la chose. A la pénibilité des traitements, à la contrainte des rendez-vous, aux douleurs de la stimulation ovarienne, il faut donc ajouter l’inconfort de voir son corps changer à toute allure, sa peau devenir toute grasse, ses cheveux fillasses et rèches, bref, la PMA c’est vraiment dur pour l’estime de soi (par ailleurs déjà pas mal entamée par l’infertilité). Est-ce qu’on m’a déjà laissé une place dans le bus en pensant que j’étais enceinte avec mon petit bidon tout rond ? Absolument ! C’est la double peine : tu ne peux pas avoir de gosse, et la terre entière te croit enceinte. Le bon côté, c’est que j’ai quand même accepté la place, faut pas déconner, c’est toujours ça de pris ! 😊

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Le parcours de la PMA : l’impact émotionnel de la FIV

Après plusieurs échecs avec la stimulation simple, Mélanie est passée à l’étape de la fécondation in-vitro.

La procédure de la FIV commence par la même étape de stimulation simple en début de cycle.

Puis, au lieu de laisser l’ovulation opérer et d’avoir des rapports sexuels, l’ovocyte mature est récupéré, puis mis manuellement au contact des spermatozoïdes du conjoint.

Si un embryon viable se forme, il est ensuite réintroduit dans l’utérus.

Dans cette phase toute aussi compliquée à appréhender, Mélanie me raconte et raconte sur son compte Instagram les montagnes russes psychologiques par lesquelles elle est passée :

« Pendant la FIV, tu passes d’une très haute dose d’hormones à… plus rien.

En octobre 2019, j’ai le moral qui a chuté d’un coup, je me mettais à pleurer pour tout et n’importe quoi, j’étais ultra énervée, et dans mon couple il y a eu une période très compliquée.

On s’engueulait tout le temps, je n’étais vraiment pas moi-même, j’étais odieuse, et à ce moment-là j’ai tout remis en question.

Est-ce que ça valait le coup ? Est-ce que je suis capable de retourner dans ce merdier ? Est-ce que je veux un enfant à ce point-là ?

Ça remet en question notre projet de couple, mais si j’arrête, est-ce que je prive mon mec d’un désir d’enfant ?

Bref, toutes ces questions me sont arrivées dans la gueule d’un coup, à un moment où les hormones me secouaient.

Le mois d’octobre 2019 a été très compliqué. »

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J’avais promis d’aborder un peu l’aspect psychologique de la PMA, donc je me lance. On m’avait prévenu dès le début : il y aura des hauts, et il y aura des bas. Depuis ma dernière ponction, je suis dans un très très très bas. Je pense que les doses d’hormones que j’ai prises le mois précédent (450 ui, soit la dose maximale possible), puis leur arrêt brutal n’y sont pas totalement étrangers, mais c’est dur. Je pleure tout le temps, je suis de mauvaise humeur et je rejette tout le monde, alors que, paradoxalement, la seule chose dont j’ai besoin au fond, c’est qu’on me tienne la main et qu’on me dise que tout ira bien, quoi qu’il arrive. C’est comme si plus rien ne sera plus jamais léger après tout ça. J’ai l’impression de me forger une énorme carapace à l’extérieur, mais de me briser en mille morceaux à l’intérieur… . Un des trucs les plus difficiles dans ce parcours, c’est de gérer les grossesses et les naissances des autres, de ceux pour qui ça fonctionne. Quand il s’agit de gens qu’on aime, il y a un mélange de sentiments complexe : une vraie joie pour eux, sincère, mais aussi une jalousie un peu honteuse et donc, enfin, une grande culpabilité. C’est un sentiment terrifiant, et, dans mon cas, omniprésent puisque ces derniers mois, on m’annonce environ une grossesse par semaine… Qu’est-ce que j’ai fait, au juste, pour ne pas avoir droit aux mêmes bonheurs que les autres ? C’est d’une cruauté abyssale. Alors je fuis les soirees de jeunes parents, les amis qui se réjouissent d’un bébé à venir, les discussions sur l’éducation des gosses, et je m’isole encore plus, en ayant cette trouille de finir non seulement seule, mais aussi aigrie. J’ai souvent envie de tout arrêter car j’en ai ma claque de me mettre dans tous ces états et j’aimerais vivre tranquillement sans être sur les montagnes russes de l’humeur en permanence. Puis je culpabilise vis à vis de mon mec et je me dis que je ne peux pas le priver, lui, de cette chance infime d’être père. Combien de temps je vais tenir à ce petit jeu de l’autoflagellation ? Bonne question. Je n’ai pas la réponse. Mais j’essaye très fort de la trouver, et de réunir mes forces…

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Parcours de la PMA : appréhender l’échec

Sur son compte Instagram, Mélanie parle de la notion d’échec qui fait partie intégrante de la PMA, puisqu’à chaque étape du processus, tout peut échouer, rien n’est jamais sûr ni acquis.

Et avec les échecs qui s’accumulent, les mêmes questions se posent, encore et encore :

« Il y a régulièrement des moments où j’ai eu envie de faire demi-tour et de tout arrêter, j’ai fait un long post là-dessus.

Il y a un moment où j’avais fait tellement de piqûres, tellement de trucs chiants, qu’à l’annonce d’un échec, je n’arrivais plus à savoir si j’étais dégoûtée parce que je n’allais pas avoir d’enfant, ou si j’étais dégoûtée parce que je n’avais pas réussi.

J’étais dans une sorte de compétition avec moi-même, je n’arrivais plus à faire la part des choses.

Là je sors de 3 mois de pause complète, j’ai tout arrêté, parce que je n’avais plus envie.

Il se trouve que cette pause m’a fait un bien fou, je me suis remise à nager, j’ai fait des trucs pour moi, en n’y pensant pas du tout, je me suis réapproprié mon corps.

J’avais vachement dégonflé, je me sentais mieux, et il se trouve que le corps est bien fait, le moral suit, et en me sentant mieux début janvier je me suis dit, allez, pourquoi pas retenter…

Et là on sort du cycle de la réussite absolue à chaque étape, donc c’est fou.

La PMA c’est les montagnes russes, des fois tu atteins des très bas, des fois tu es dans des très haut, et tu ne sais jamais combien de temps ça va durer. »

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J’en avais déjà parlé rapidement mais quand on suit un traitement depuis des mois, voire des années, il y a une intrication très forte du désir réel d’enfant et du désir de voir simplement tous ces efforts servir à quelque chose. La frustration de l’échec, la peur des résultats d’une analyse, les encouragements « pour la prochaine fois » prennent une place si importante dans le quotidien qu’ils deviennent un système de pensée à part entière. On veut y arriver. On veut gravir cette montagne, réussir ce que les autres réussissent. Cocher cette case. Cesser d’échouer. Que tout ce qu’on s’inflige ait un sens, une finalité. Et j’avoue que le bébé en lui même, le nouveau né à proprement parler, l’enfant à chérir et à éduquer, il arrive qu’il passe au second plan dans mes pensées. Derrière tout ça. Quand on m’annonce une mauvaise nouvelle, je pense parfois « encore un échec » plutôt que « toujours pas de bébé ». Récemment, je me suis posée un peu et j’ai essayé de faire la part des choses entre mon envie d’être mère et mon souhait, plus basique, de « réussir ». Eh bien ce n’est pas si simple. Et si ça ne fonctionnait jamais, est-ce que je souffrirais vraiment du manque d’enfant ? Ou est-ce que je serais uniquement frustrée de ne pas pas avoir réussi ? Quand on s’est lancés dans tout ça, il était clair que je voulais être maman. C’était viscéral. Aujourd’hui, je me demande parfois si ça a changé. Si je ne cherche pas uniquement un accomplissement, une médaille, une norme. Mais pourquoi ça aurait changé ? Est-ce que c’est parce que je n’y crois plus trop ? Est-ce un mécanisme de défense de mon cerveau, qui me dit « mais au fond, t’inquiète, tu le veux pas si fort que ça, ce gosse » ? Est-ce que je me pose trop de questions ? Quel merdier les amis. Et quel cadeau pour un enfant à venir, si d’aventure on la chope, cette médaille T’en fais pas petit, maman est un peu zinzin, mais c’est parce qu’elle a pris beaucoup de médicaments. Ça ira mieux un jour, croisons les doigts.

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Parler de la PMA sur Instagram

Il faudrait encore 20 000 mots à cet article pour te raconter tout ce dont Mélanie m’a parlé, et pour retranscrire avec justesse tout ce qu’elle a traversé et traverse encore aujourd’hui.

L’impact sur son boulot, l’impact financier, les inégalités liées à la prise en charge dans les cliniques privées ou publiques…

Tout autant de thématiques indissociable de la charge mentale et émotionnelle que constitue la PMA, et dont pourtant peu de gens parlent.

Pendant les manifestations au sujet de la PMA pour toutes, et tous les débats télévisés et sur les réseaux sociaux qui ont suivi, Mélanie a été révoltée par certains discours.

Sa parole de personne concernée sur Instagram, c’est donc aussi un vrai engagement :

« J’étais un peu écœurée du discours de certaines personnes qui en parlaient comme si c’était un truc facile.

Comme si tu allais au supermarché et que tu ressortais avec un bébé.

Moi, en étant en plein dedans, ça me rendait un peu folle, je me disais : « Mais faites-le si c’est aussi simple ! Allez-y, est-ce que vous vous rendez compte de ce que c’est ?! ».

Je suis aussi des comptes de femmes qui en chient comme pas possible, qui vont à l’étranger, qui vivent des trucs vraiment durs, et je me disais : « De quel droit on donne l’impression que ces nanas vont s’acheter un bébé sur un coup de tête ? ».

Donc si je participe aussi un tout petit peu à montrer ce que c’est vraiment et à quel point il faut vouloir ce gamin pour s’infliger tout ça, que ce n’est pas juste un caprice, et bien je vais le faire. »

Au moment de notre discussion, Mélanie a tenu à ne pas raconter où elle en est précisément dans son processus de FIV, pour ne pas avoir de questions indiscrètes, et vivre chaque étape sereinement.

Mais si tu veux avoir de ses nouvelles, et surtout en apprendre encore plus sur la PMA, n’hésite pas à aller suivre son compte !

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Océane Viala

Océane Viala

Océane est chargée des témoignages sur madmoiZelle ! Sa passion, c’est vos vies, surtout quand elles lui font réfléchir à la sienne. Elle aime aussi le froid, les arbres et les avocats.

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Commentaires

Kathelvellon

Merci pour cet article ! Même si le sujet ne me concerne pas du tout, je suis contente d'avoir eu cet éclairage très intéressant, et surtout très admirative de l'analyse psychologique faite par l'auteure sur ce qu'elle ressent... Bravo !
 

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