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PFAS, perturbateurs endocriniens et grossesse : les risques réels enfin clarifiés par les études

Naissances prématurées, faible poids, troubles du comportement… Deux nouvelles études de grande ampleur relancent les inquiétudes autour de l’exposition aux polluants chimiques pendant la grossesse. PFAS dans l’eau potable, perturbateurs endocriniens dans les cosmétiques ou les emballages : que sait-on aujourd’hui des risques réels pour les bébés ?

Pendant la grossesse, le corps maternel devient une interface ultra-sensible entre l’environnement et le fœtus. Air, eau, alimentation, produits du quotidien… tout ce qui entoure la future mère peut, à des degrés variables, avoir un impact sur le développement du bébé. C’est précisément ce que viennent documenter deux études publiées début décembre, l’une américaine, l’autre française, en apportant des données solides sur des substances déjà très présentes dans nos vies.

Les PFAS exposent les nourrissons à des risques graves dès la naissance

La première étude, publiée dans la revue scientifique PNAS, s’est penchée sur les effets des PFAS, ces substances surnommées « polluants éternels ». Leur particularité est de ne presque pas se dégrader dans l’environnement et de s’accumuler dans le corps humain, notamment via l’eau potable.

Des chercheurs américains ont analysé plus de 10 000 grossesses dans l’État du New Hampshire, en comparant les issues de naissance selon que l’eau consommée par les mères provenait de zones situées en amont ou en aval de sites industriels contaminés.

Les nourrissons exposés in utero aux PFAS présentent un risque de décès avant un an presque triplé, ainsi qu’une augmentation marquée des naissances très prématurées et des poids de naissance extrêmement faibles.

Même si le nombre absolu de décès reste heureusement limité, les chercheurs insistent sur le caractère préoccupant de ces résultats. D’autant que la méthodologie permet de s’approcher d’un lien de cause à effet, ce qui est rare en santé environnementale.

En France, ces données résonnent particulièrement alors que les autorités sanitaires ont récemment confirmé la présence généralisée d’un PFAS, le TFA, dans l’eau du robinet, et que l’interdiction de certaines de ces substances n’entrera en vigueur qu’à partir de 2026.

Les perturbateurs endocriniens influencent le comportement dès la petite enfance

La seconde étude, publiée dans Lancet Planetary Health et coordonnée notamment par l’Inserm, s’intéresse à une autre famille de polluants du quotidien : les phénols, parmi lesquels certains perturbateurs endocriniens. Ces substances se retrouvent dans de nombreux produits courants, comme les cosmétiques, les plastiques ou les emballages alimentaires.

En s’appuyant sur deux grandes cohortes de mères et d’enfants suivis en France et en Espagne, les chercheurs ont analysé l’exposition prénatale à douze composés chimiques, mesurée de manière très fine grâce à de nombreux prélèvements urinaires pendant la grossesse. Le comportement des enfants a ensuite été évalué vers 18 à 24 mois à l’aide d’un questionnaire reconnu.

Les résultats montrent une association entre l’exposition au méthylparabène en fin de grossesse et des scores plus élevés suggérant des troubles du comportement, comme l’anxiété ou l’agressivité, chez les jeunes enfants. Le bisphénol S, souvent utilisé comme substitut du bisphénol A interdit, est quant à lui associé à ces troubles chez les garçons lorsque l’exposition a lieu au troisième trimestre.

Les chercheuses et chercheurs restent prudents. À l’échelle individuelle, ces effets restent modestes et ne permettent pas de prédire le comportement d’un enfant en particulier. Mais à l’échelle de la population, compte tenu de l’exposition massive à ces substances, l’enjeu devient majeur.

Comprendre les risques sans culpabiliser les parents

Un point essentiel revient dans le discours des scientifiques : ces études ne visent pas à faire porter la responsabilité sur les femmes enceintes. « On raisonne toujours en risque populationnel, pas individuel », rappelle la chercheuse Claire Philippat, qui a supervisé l’étude européenne.

Autrement dit, il ne s’agit pas de dire qu’un produit précis causera un trouble chez un enfant donné, mais de montrer que l’exposition généralisée à ces substances pose un problème de santé publique.

Les auteurs soulignent aussi que certains perturbateurs endocriniens sont éliminés relativement rapidement par l’organisme. Cela plaide pour une réglementation plus stricte et pour une réduction globale des expositions, plutôt que pour des injonctions individuelles impossibles à tenir dans un environnement déjà saturé de polluants.

Vers une meilleure protection des femmes enceintes

Ces nouvelles données viennent renforcer un constat déjà largement partagé : la grossesse est une période de vulnérabilité environnementale majeure, encore insuffisamment prise en compte dans les politiques publiques. Si certaines substances sont progressivement interdites, leurs remplaçants ne sont pas toujours mieux évalués, comme le montre le cas du bisphénol S.

Pour les parents, l’essentiel est sans doute de retenir ceci : il ne s’agit pas d’atteindre le « zéro exposition », objectif irréaliste et anxiogène, mais de soutenir des choix collectifs en faveur d’une meilleure régulation des polluants. Car protéger la santé des bébés commence bien avant la naissance, et dépasse largement les décisions prises dans une salle de bain ou un supermarché.


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