La réussite scolaire ne dépend pas d’un décor, mais d’un contexte social
Commençons par casser un mythe. Ce qui influence le plus la réussite scolaire d’un enfant, ce n’est ni la densité de population ni la présence d’un square au coin de la rue, mais le milieu social dans lequel il grandit. Niveau de diplôme des parents, stabilité financière, rapport à l’école, familiarité avec les codes scolaires… ces facteurs restent centraux.
Une étude de la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP) montre d’ailleurs que les différences de réussite scolaire entre élèves ruraux et urbains tiennent moins aux apprentissages qu’aux contextes sociaux et territoriaux dans lesquels ils évoluent.
Autrement dit, le territoire n’agit pas seul. Il concentre, ou non, certaines réalités sociales. Les grandes villes rassemblent à la fois des familles très favorisées et des situations de grande précarité. À l’inverse, les zones rurales comptent davantage de ménages modestes, mais souvent plus stables sur le plan familial et résidentiel. La carte scolaire ressemble donc davantage à une carte des inégalités sociales qu’à un duel béton contre verdure.
À la campagne, des conditions de vie souvent plus favorables pour apprendre
Là où la campagne tire clairement son épingle du jeu, c’est sur les conditions matérielles. Logements moins surpeuplés, chambre individuelle plus fréquente, accès à un jardin ou à un espace extérieur… Ces éléments peuvent sembler secondaires, mais ils jouent un rôle réel dans le quotidien des enfants.
Un rapport du Haut Conseil de la famille, de l’enfance et de l’âge (HCFEA) souligne l’importance de l’accès à des espaces extérieurs pour le bien-être et le développement des enfants, un atout dont bénéficient plus souvent ceux qui grandissent hors des grandes villes.
Pouvoir faire ses devoirs au calme, sortir se défouler après l’école, dormir sans être dérangé… Tout cela favorise la concentration et réduit la charge mentale des enfants. Attention toutefois à ne pas en faire une baguette magique : ces conditions protègent, mais elles ne remplacent ni l’accompagnement parental ni le capital culturel.
L’école rurale fonctionne bien, et ce n’est pas le problème
Autre idée reçue à ranger au placard : non, l’école rurale ne serait pas moins performante. Les résultats au brevet montrent que les élèves des territoires ruraux réussissent globalement aussi bien, parfois même légèrement mieux, que ceux des zones urbaines denses.
Classes plus petites, relations de proximité avec les enseignants, climat scolaire souvent plus apaisé… Le cadre est plutôt favorable, surtout à l’école primaire et au collège. Jusque-là, tout va plutôt bien. Le décrochage ne se joue pas dans la salle de classe, mais ailleurs.
L’orientation, le vrai point de bascule
C’est après la troisième que les écarts se creusent vraiment. À résultats scolaires équivalents, les élèves vivant en milieu rural s’orientent moins souvent vers la voie générale et technologique que leurs camarades urbains, comme le montrent les travaux de la DEPP.
Pourquoi ? Parce que les contraintes s’accumulent. Lycées plus éloignés, temps de transport importants, coût du logement étudiant, peur de partir loin, absence de modèles familiaux ayant fait des études longues… Peu à peu, l’auto-censure s’installe. On ne se dit pas « je ne peux pas », mais plutôt « ce n’est pas pour moi ».
Dans ce contexte, les formations professionnelles et l’apprentissage prennent une place plus importante. C’est un choix souvent façonné par l’offre locale et les réalités matérielles.
Quitter l’école plus tôt, sans forcément échouer
Un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) souligne que les jeunes issus des territoires ruraux quittent plus souvent le système scolaire plus tôt, non par échec, mais en raison de contraintes géographiques et économiques.
Selon l’IGAS, l’éloignement des établissements, le coût de la mobilité et l’attachement au territoire freinent la poursuite d’études longues. Beaucoup de jeunes ruraux entrent plus tôt dans la vie active, parfois avec une insertion professionnelle rapide, mais au prix d’un accès plus limité aux diplômes du supérieur.
Le périurbain, ce compromis qui change la donne
S’il fallait désigner un grand gagnant dans cette histoire, ce serait le périurbain. Ni complètement rural, ni totalement urbain, il combine un niveau de vie relativement élevé, des conditions de logement plus confortables et une proximité avec les pôles scolaires et universitaires des grandes villes.
C’est dans ces territoires que les résultats scolaires et les poursuites d’études sont les plus favorables. Les horizons sont plus larges, sans cumuler toutes les contraintes de l’hyper-centre urbain.
Ce que les parents peuvent retenir, sans refaire toute leur vie
Au final, la question n’est pas vraiment de savoir s’il vaut mieux élever ses enfants en ville ou à la campagne. Chaque territoire offre des ressources… et impose des limites. La campagne peut être un cadre protecteur et apaisant pour apprendre, mais freiner les projections à long terme. La ville ouvre davantage de portes, tout en exposant à plus de précarité et de pression sociale.
Plutôt que de chercher l’endroit parfait, les chercheurs invitent surtout à accompagner les choix d’orientation, à lever les freins matériels et symboliques, et à encourager les enfants à se projeter au-delà de leur environnement immédiat. Parce que la réussite scolaire ne se joue pas seulement là où l’on grandit, mais dans les possibles que l’on ose imaginer.
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