Dans de nombreuses familles, la scène est connue. Un enfant répète un mot entendu « par hasard », un chien débarque dès que quelqu’un prononce « balade », « croquettes » ou détale quand on prononce « vétérinaire ». On sourit, on plaisante sur leur sens de l’observation. Mais une étude récente vient donner un sérieux coup de projecteur scientifique sur cette intuition du quotidien.
Les tout-petits apprennent bien avant de parler
Les parents le savent souvent sans avoir besoin de livres spécialisés : un enfant n’attend pas de savoir parler pour apprendre. Entre 16 et 18 mois, il est capable d’associer des mots à des objets ou à des situations simplement en écoutant les adultes autour de lui discuter. Même quand personne ne s’adresse directement à lui, son cerveau est en pleine collecte d’informations.
Ce type d’apprentissage, dit « par écoute indirecte », joue un rôle clé dans le développement du langage. L’enfant observe, entend, fait des liens, et stocke ces données jusqu’au moment où il sera prêt à les utiliser.
Certains chiens apprennent aussi en écoutant les humains
C’est précisément ce mécanisme que des chercheurs de la University of Veterinary Medicine Vienna ont voulu explorer, mais chez le chien. Leur question était simple : les chiens peuvent-ils apprendre de nouveaux mots sans qu’on leur parle directement, simplement en écoutant des humains échanger entre eux ?
Pour y répondre, ils ont travaillé avec des chiens particulièrement doués pour le vocabulaire, capables de reconnaître le nom de nombreux objets. Ces chiens ont été confrontés à de nouveaux jouets, associés à des noms inventés, dans deux contextes différents. Dans l’un, l’humain jouait avec le chien en nommant clairement l’objet. Dans l’autre, le chien observait deux humains parler du jouet entre eux, sans interaction directe avec lui.
Le résultat est assez bluffant : dans les deux situations, les chiens ont ensuite été capables d’identifier correctement le bon objet quand ils entendaient son nom. Et ce n’était pas un apprentissage éclair aussitôt oublié. Deux semaines plus tard, ces chiens se souvenaient toujours des mots appris.
Des capacités proches de celles des enfants de 18 mois
Les chercheurs vont jusqu’à comparer ces chiens à des enfants d’environ 18 mois. Attention, il ne s’agit évidemment pas de dire qu’un chien comprend le langage comme un humain ou qu’il « pense » de la même façon. Mais ces résultats suggèrent que certains chiens possèdent des compétences socio-cognitives étonnamment fines, notamment pour capter des informations à partir du contexte et des interactions humaines.
Ce qui fascine les spécialistes, ce n’est pas tant que les chiens soient attentifs. Beaucoup de propriétaires en font déjà l’expérience. Ce qui surprend, c’est leur capacité à deviner le sens d’un mot nouveau après seulement quelques expositions, sans entraînement intensif ni récompense immédiate.
Tous les chiens ne font pas ça, et c’est important de le dire
Avant de regarder votre chien en vous demandant s’il comprend toutes vos conversations, un rappel s’impose.
Cette étude concerne toutefois des chiens très particuliers, qualifiés par les chercheurs de « gifted word learners ». Il ne s’agit pas d’une capacité propre à une race en tant que telle, mais plutôt de traits individuels marqués. Ces chiens avaient déjà démontré une aptitude inhabituelle à apprendre et mémoriser des noms d’objets, parfois des dizaines, avant même le début de l’expérience.
Dans les faits, beaucoup d’entre eux étaient des Border Collies, une race souvent associée à de fortes capacités d’apprentissage. Mais les chercheurs insistent sur un point clé : ce sont surtout l’attention portée aux humains, la motivation à interagir, l’exposition quotidienne au langage et l’expérience préalable qui font la différence. Lorsque des chiens « familiaux », y compris de races réputées intelligentes, ont été testés sans ce profil spécifique, ils n’ont pas montré la même capacité à apprendre des mots en écoutant simplement des conversations.
Ce que ça change dans la vie des familles
Pour les parents, cette étude fait surtout écho à une réalité bien connue : le langage ne se limite pas aux moments où l’on s’adresse directement à un enfant. Les discussions entre adultes, le ton employé, les mots répétés au quotidien construisent un environnement linguistique riche, souvent sans qu’on en ait conscience.
C’est aussi un rappel amusant que le chien, quand il fait partie de la famille, baigne dans ce même environnement. Nommer les objets, parler calmement, répéter sans pression, jouer avec les intonations, ce sont déjà des outils que les parents utilisent intuitivement avec leurs enfants. Et ils peuvent, dans une certaine mesure, bénéficier aussi à l’animal.
Écoutez l’Apéro des Daronnes, l’émission de Madmoizelle qui veut faire tomber les tabous autour de la parentalité.
































![Copie de [Image de une] Horizontale (34) Copie de [Image de une] Horizontale (34)](https://c0.lestechnophiles.com/www.madmoizelle.com/wp-content/uploads/2023/10/copie-de-image-de-une-horizontale-34-1-768x432.jpg?resize=300,350&key=a5202b5c)



Les Commentaires
Il n'y a pas encore de commentaire sur cet article.