On aime souvent raconter l’accouchement comme un moment hors du temps, intense, presque magique. Dans la réalité, c’est aussi un épisode de grande vulnérabilité. Le corps est fatigué, parfois douloureux, l’esprit est chamboulé, et la dépendance au cadre médical est totale. Dans ces conditions, la manière dont les soins sont donnés, les mots utilisés, l’écoute accordée prennent une importance énorme. Une étude publiée fin 2025 vient rappeler à quel point ces détails n’en sont pas.
Les soins irrespectueux ne sont pas des cas isolés
Pour la première fois, des chercheuses ont souhaité mesurer précisément l’ampleur des soins ressentis comme irrespectueux en maternité en France. Pour cela, elles se sont appuyées sur l’Enquête nationale périnatale de 2021, qui interroge les femmes non seulement pendant leur séjour à la maternité, mais aussi deux mois après la naissance, un moment clé pour le retour à la maison et l’équilibre psychique.
Parmi plus de 7 000 mères interrogées, près de 25 % déclarent avoir vécu des paroles, des gestes ou des attitudes de soignant·es qui les ont mises mal à l’aise, choquées ou blessées. Cela peut se produire lors de la pose d’une péridurale, pendant le travail ou l’accouchement, mais surtout pendant le séjour postnatal, quand la fatigue est maximale et que les émotions sont à fleur de peau.
On ne parle pas forcément de violences spectaculaires. Il peut s’agir d’un ton sec, d’un geste non expliqué, d’un choix imposé sans réel consentement, ou d’un sentiment diffus de ne pas être prise au sérieux. Des choses qui, mises bout à bout, laissent une trace.
Une expérience qui pèse sur la santé mentale après la naissance
La dépression post-partum est déjà fréquente. En France, environ une mère sur six présente des symptômes dépressifs dans les semaines qui suivent l’accouchement. Tristesse persistante, perte de plaisir, sentiment d’incapacité, troubles du sommeil, fatigue intense… Ces signes sont connus, mais encore trop souvent minimisés, voire balayés par un « c’est normal, ça va passer ».
L’étude montre que ces symptômes sont encore plus fréquents chez les femmes ayant vécu des soins irrespectueux. Plus d’une sur cinq est concernée, contre environ une sur six dans l’ensemble des mères. Même en tenant compte des facteurs de risque déjà identifiés, comme la précarité, une grossesse compliquée ou des antécédents psychiques, le lien reste fort. Les chercheuses estiment que ces expériences sont associées à une augmentation de 37 % du risque de développer une dépression post-partum.
Le respect, un levier de prévention trop souvent oublié
Les autrices de l’étude sont prudentes : il ne s’agit pas de dire que des soins irrespectueux causent directement une dépression. Mais ils apparaissent clairement comme un facteur de risque. Et surtout, comme un facteur sur lequel on peut agir.
Ce point est essentiel, car ces expériences ne concernent pas uniquement des femmes déjà fragilisées. Même chez celles qui n’avaient pas de vulnérabilité psychique identifiée avant la grossesse, le vécu de l’accouchement peut faire basculer l’équilibre. Une parole humiliante ou un manque d’écoute à un moment aussi sensible peut suffire à fissurer la confiance, envers les soignant·es comme envers soi-même.
Humaniser les soins, un enjeu collectif
Depuis plusieurs années, l’Organisation mondiale de la Santé insiste sur l’importance d’une expérience positive de l’accouchement. Pourtant, les soins ressentis comme irrespectueux restent fréquents, y compris dans des pays comme la France. La crise sanitaire a sans doute accentué certaines tensions en 2021, avec l’isolement et la surcharge des équipes, mais les chercheuses rappellent que ces résultats doivent surtout servir de point de départ pour améliorer les pratiques.
Former les professionnel·les à la communication, leur donner des conditions de travail qui permettent réellement l’écoute, reconnaître l’impact psychique de l’accouchement sur le long terme… Tout cela fait partie des leviers identifiés. La prochaine Enquête nationale périnatale, prévue en 2027, permettra d’ailleurs de voir si ces constats se confirment hors contexte Covid et d’explorer plus finement le stress ou l’anxiété postnatals.
Écouter les mères, vraiment
Ce que cette étude rappelle, c’est que le vécu des femmes n’est ni accessoire ni exagéré. Même un événement perçu comme « anodin » côté médical peut marquer durablement une mère. Parler de respect en maternité, ce n’est pas opposer patientes et soignant·es, mais reconnaître que la qualité des soins ne se mesure pas seulement à la technique.
Pour les parents, ces résultats peuvent aussi être rassurants : non, se sentir mal après une naissance ne veut pas dire qu’on manque de gratitude ou de force. Parfois, c’est simplement la conséquence d’un moment où l’on n’a pas été traitée avec la considération et la douceur qu’on était en droit d’attendre.
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