On a tous déjà surpris un bébé en train de fixer intensément… un mur. Ou une lampe. Ou le coin d’un canapé. Et on s’est demandé, mi-amusé·e, mi-sceptique, ce qui pouvait bien se passer là-haut. Eh bien, beaucoup plus de choses qu’on ne l’imaginait. Selon une étude publiée début 2026 dans la revue Nature Neuroscience, les bébés seraient capables de catégoriser des objets dans leur cerveau dès l’âge de deux mois. Oui, deux mois. À un âge où ils ne tiennent pas leur tête très longtemps mais où leur cerveau, lui, carbure déjà à plein régime.
Le cerveau des bébés n’attend pas le mode d’emploi
Pendant longtemps, on a pensé que la capacité à classer le monde arrivait plus tard, avec le langage, la motricité fine, l’expérience. Cette nouvelle recherche vient gentiment balayer cette idée. Les scientifiques montrent que les bases de la cognition visuelle sont déjà bien en place très tôt dans la vie.
Concrètement, cela signifie que le cerveau d’un nourrisson est capable de faire la différence entre un animal et un objet, entre un chat et un caddie, entre un arbre et un canard en plastique. Et ce, alors même que la vision des couleurs est encore loin d’être pleinement développée. À deux mois, les bébés voient surtout les contrastes, les formes, les grandes lignes. Les couleurs, elles, restent floues. Mais le cerveau, lui, ne les attend pas pour commencer à organiser le réel.
Pour la chercheuse Cliona O’Doherty, principale auteure de l’étude, c’est un indice fort : même sans langage, sans gestes précis, sans moyens d’expression élaborés, l’esprit du bébé est déjà capable de représenter le monde et d’y mettre de l’ordre.
Des bébés, une IRM et beaucoup de patience
Pour arriver à ces conclusions, les chercheurs ont travaillé avec 130 nourrissons de deux mois. Les bébés ont été installés confortablement sur un pouf, équipés de casques antibruit, puis exposés à des images colorées pendant une quinzaine de minutes. Des chats, des oiseaux, des objets du quotidien, des éléments de la nature. Rien de très exotique, mais suffisamment varié pour observer ce qui se passait dans leur cerveau.
Pendant qu’ils regardaient ces images, leur activité cérébrale était enregistrée grâce à une IRM fonctionnelle. Un véritable défi technique, car les IRM sur des bébés éveillés sont rares et complexes. Les données obtenues ont ensuite été comparées à des modèles d’intelligence artificielle spécialisés dans la reconnaissance d’images.
Les observations montrent les zones du cerveau ne s’activaient pas de la même manière selon les catégories d’objets observés. Preuve que, déjà, le cerveau du bébé trie, classe, distingue.
Ce que ça change dans notre regard de parent
Cette découverte rappelle que les bébés sont déjà en interaction avec leur environnement, déjà en train de comprendre, à leur rythme.
Pour les parents, cela donne aussi un éclairage nouveau sur les petits gestes du quotidien. Parler à son bébé, lui montrer des objets, lui lire des livres imagés, même très tôt, n’est pas superflu. Son cerveau est prêt. Pas pour apprendre des notions compliquées, évidemment, mais pour observer, comparer, organiser.
Derrière les joues potelées, un cerveau ultra-actif
Cette étude rappelle que la première année de vie est une période d’une richesse incroyable sur le plan cérébral. Même quand tout semble calme, même quand bébé regarde fixement un objet banal, son cerveau est déjà en train de travailler.
La prochaine fois que votre nourrisson fixe intensément un jouet ou un coin de pièce, vous pourrez vous dire qu’il n’est pas « ailleurs ». Il est peut-être simplement en train de classer le monde, à sa façon. Et franchement, pour quelqu’un qui a deux mois, c’est déjà pas mal.
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