Au départ, il y a souvent des signaux discrets. Un enfant qui met plus de temps à s’endormir. Qui réclame une veilleuse, puis une porte entrouverte, puis un parent assis au bord du lit. Rien d’alarmant, pense-t-on. Après tout, le noir, ça impressionne. Sauf que chez certains enfants, cette peur ne recule pas. Elle s’intensifie, s’étend à toute la nuit, jusqu’à rendre impossible le fait de dormir seul, de se lever pour aller aux toilettes ou même de rester quelques minutes dans sa chambre sans adulte.
Quand la peur du noir devient envahissante, ce n’est plus seulement une question de coucher compliqué. C’est tout l’équilibre familial qui se retrouve bousculé.
Quand la peur ne passe pas avec l’âge
On entend souvent que les peurs nocturnes font partie du développement normal. C’est vrai. Mais en général, elles évoluent. Elles s’atténuent avec le temps, l’acquisition du langage, la capacité à se rassurer seul. Lorsqu’un enfant plus grand reste terrorisé par l’obscurité au point que cela perturbe son sommeil et son autonomie, il se passe autre chose.
Ce qui doit alerter, ce n’est pas la peur en elle-même, mais ses conséquences. Refuser de s’endormir sans la présence d’un parent. Se réveiller en panique au milieu de la nuit. Éviter certains gestes du quotidien par crainte de se retrouver dans le noir. À force, la fatigue s’accumule, l’enfant est épuisé, les parents aussi, et la spirale devient difficile à enrayer.
Rassurer, oui. Tout éviter, pas forcément
Face à un enfant angoissé, l’instinct parental est clair : protéger. On laisse la lumière allumée. On reste plus longtemps le soir. On adapte la maison pour que le noir disparaisse autant que possible. Ces ajustements sont légitimes, surtout quand la détresse est réelle. Ils permettent de passer des nuits un peu moins dures.
Le problème, c’est quand l’évitement devient la seule stratégie. Sans le vouloir, on peut alors envoyer un message trompeur : si on fait autant d’efforts pour contourner le noir, c’est qu’il est vraiment dangereux. Or l’anxiété fonctionne souvent ainsi. Plus on évite, plus elle s’ancre.
L’idée n’est évidemment pas de brusquer un enfant ni de le confronter brutalement à sa peur. Mais plutôt de l’accompagner, très progressivement, vers plus d’autonomie. Lui permettre de vivre de petites expériences rassurantes dans des environnements légèrement assombris, associées à des moments agréables, peut déjà changer beaucoup de choses.
Avancer par petites étapes, sans rapport de force
Pour un enfant anxieux, le noir n’est pas une simple absence de lumière. C’est un espace rempli d’inconnues. Vouloir régler le problème rapidement est tentant, mais rarement efficace. Ce qui aide vraiment, ce sont les avancées minuscules mais régulières.
Passer quelques minutes dans une pièce à la lumière tamisée en racontant une histoire. Diminuer doucement l’intensité de la veilleuse. Rester présent, mais un peu plus loin chaque soir. Ces ajustements peuvent sembler insignifiants, mais ils permettent à l’enfant de faire une expérience essentielle : la peur est là, mais elle ne fait pas de mal.
Quand demander de l’aide devient une bonne idée
Si malgré le temps, la patience et les ajustements, l’angoisse reste très intense, il peut être utile de se faire accompagner. Une peur du noir qui envahit tout le quotidien ressemble souvent davantage à de l’anxiété qu’à une simple phase.
Un pédiatre ou un psychologue pour enfants peut aider à comprendre ce qui se cache derrière cette peur. Il ne s’agit pas de poser une étiquette, mais de donner à l’enfant des outils pour se sentir en sécurité. Apprendre à reconnaître les signaux de son corps, à respirer pour faire redescendre la panique, à construire des rituels rassurants… autant de clés qui peuvent transformer les nuits, pas seulement pour l’enfant, mais pour toute la famille.
Accompagner sans culpabiliser
Avoir un enfant terrorisé par le noir ne dit rien de votre compétence parentale. Ce n’est ni un manque de cadre, ni un excès de douceur. C’est une difficulté émotionnelle réelle, que l’enfant ne choisit pas.
L’équilibre est subtil : accueillir la peur sans la nourrir, rassurer sans enfermer. Dire « je comprends que tu aies peur » tout en rappelant « tu es en sécurité ». C’est souvent inconfortable, parfois épuisant, mais profondément structurant.
La peur du noir ne disparaît pas toujours d’un claquement de doigts. Mais avec du temps, de la cohérence et, si besoin, un soutien extérieur, elle peut perdre de sa puissance.











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