Deux femmes qui sont tombées enceintes jeunes témoignent

À l'occasion de la sortie du film Alice T. au cinéma, deux jeunes femmes racontent comment elles ont vécu leur grossesse imprévue, qu'elles ont décidé de mener à terme.

Deux femmes qui sont tombées enceintes jeunes témoignent

En partenariat avec Bac Films (notre Manifeste)

madmoiZelle est partenaire du film Alice T. par le réalisateur et scénariste roumain Radu Muntean, en salle à partir du 1er mai.

Et si la rédac est si fière de ce partenariat, c’est parce que le scénario est le récit brut et touchant de la vie d’une adolescente de 17 ans, qui fait face à une grossesse accidentelle.

Alice T. : portrait d’une adolescente qui devient maman

Par le prisme de la vie d’Alice, on traverse des thématiques aussi touchantes qu’importantes telles que la crise d’adolescence, l’adoption, la relation mère/fille, et la grossesse avant la majorité.

Andra Guţi est Alice Tarpan, jeune fille roumaine de 17 ans en pleine révolte contre la vie et sa mère adoptive.

Elle veut mener sa barque uniquement comme elle l’entend, et chacune de ses attitudes n’est que défiance face à l’autorité de sa mère Bogdana, qui ne sait plus comment réagir à ses provocations.

La vie d’Alice va radicalement changer quand elle va apprendre qu’elle est enceinte, et l’annoncer à sa mère qui, elle, a toujours voulu porter un enfant sans jamais y arriver…

Alors que cette épreuve aurait pu faire l’effet d’une bombe et définitivement détruire la relation d’Alice et sa mère, elle va finalement les rapprocher.

Tomber enceinte pendant ses études

À l’occasion de la sortie d’Alice T., deux jeunes femmes tombées enceintes quand elles étaient jeunes ont bien voulu me raconter leurs histoires.

Trina est tombée enceinte à 18 ans, Elina à 20 ans, et leurs vécus ont été sensiblement différents.

Trina était en pleine préparation du bac quand elle s’est rendue compte que ses règles avaient du retard :

« Au début je ne pensais pas que j’étais enceinte. Comme j’étais en pleine préparation du bac, je me suis dis que j’étais peut-être stressée avec toutes les épreuves.

J’étais en terminale STMG, avec des rêves plein la tête et beaucoup de projets d’avenir, comme aller à la fac après le lycée. »

Les parents de Trina ont divorcé quand elle avait 14 ans, et elle a quitté le domicile de sa mère à 17 ans pour s’émanciper avec son copain. Ils vivent dans un petit T2 ; Trina continue à aller en cours, et sa terminale se passe bien.

Elina, elle, était en service civique à l’AFEV, une association pour aider les enfants en difficulté scolaire, lorsqu’elle est tombée enceinte :

« J’étais avec mon chéri depuis presque trois ans et on habitait ensemble depuis quasiment le début.

Il avait un travail de cuisinier dans un bistrot, je faisais une pause dans mes études après un BTS très intense psychologiquement.

On avait changé de ville pour prendre un nouveau départ. On vivait une vie faite de soirées, de fast-food, de beaucoup d’alcool et de grasses matinées. »

Étant en plein changement de contraception, la jeune femme ne s’inquiète pas plus que ça du retard d’une semaine de ses règles… Et pourtant, elle sent que quelque chose a changé.

« J’ai mal au ventre et j’ai des nausées, je me dis que j’ai peut-être attrapé froid. Mais au fond de moi, malgré tout, je savais que j’étais enceinte.

C’est fou ce don qu’on a pour essayer de se persuader du contraire de ce que l’on ressent vraiment… »

Du retard de règles au test de grossesse

Pour Trina, c’est l’inquiétude de sa mère qui l’a poussée à s’inquiéter davantage du retard de ses menstrues.

Un week-end, elle décide d’aller lui rendre visite, pour essayer de renouer le contact avec elle et de regagner la complicité qu’elles avaient quand elles vivaient ensemble.

À ce moment-là cela fait plus d’un mois qu’elle n’a pas saigné :

« J’ai attendu deux ou trois jours après la visite chez ma mère puis j’ai demandé à mon copain de m’acheter deux tests de grossesse, pour être sûre.

J’en ai fait un le soir, qui était positif. J’ai crié de peur dans les toilettes, j’étais paniquée, je ne savais pas quoi faire, j’étais perdue.

J’en ai refait un deuxième le lendemain matin, qui était aussi positif. Je l’ai dit à mon copain et lui non plus ne savait pas quoi faire. »

De son côté, Elina a fini par écouter ses ressentis et en a parlé rapidement à son copain, avec lequel elle a acheté deux tests de grossesse.

Une fois son mec parti au boulot, alors qu’il voulait qu’elle l’attende pour faire les tests, elle les fait tout de suite, pour être fixée.

« Le 1er avril 2018 à 18h, deux petites lignes bleues apparaissent TRÈS nettement sur les deux tests. Plus aucun doute n’était possible.

J’ai pleuré toute seule chez moi, sans m’arrêter, pendant au moins une heure, avant d’appeler mon copain en plein service.

Il m’a rassurée, m’a calmée et m’a dit qu’il essaierait de rentrer plus tôt pour en parler. Je suis restée là, plantée sur mon lit jusqu’à minuit, avec mes deux tests de grossesse positifs.

Non ce n’était pas un poisson d’avril, on attendait un enfant. »

Grossesse imprévue : faut-il l’interrompre ?

Pour ces deux jeunes femmes, la question qui a suivi les tests de grossesse a été la même : est-ce qu’on le garde, ou pas ?

En France, on peut réaliser une IVG jusqu’à la douzième semaine de grossesse.

Trina et Elina ont toutes deux fait confirmer leur grossesse par des tests urinaires et sanguins, et elles étaient toutes deux encore dans les délais pour envisager le choix de l’IVG.

Trina a été très émue lors de l’échographie de datation :

« Je voulais avorter parce que je ne me sentais pas prête, j’avais peur pour mon couple et mes études.

Mais quand j’ai fait l’échographie de datation, j’ai entendu son petit cœur battre. J’ai été prise d’émotion et je me suis mise à pleurer.

On le voyait à peine, c’était comme un grain, mais même si je n’arrivais pas à réaliser que c’était mon bébé, je savais que je voulais garder cette petite chose en moi.

Je l’ai donc annoncé à mon copain, qui était content, mais aucun de nous deux ne captait encore qu’on allait être parents. »

Elina et son copain ont quant à eux pris trois semaines pour bien réfléchir à l’arrivée de ce bébé surprise, puisqu’Elina n’était enceinte que de deux semaines.

Et après avoir pesé le pour et le contre, ils ont finalement décidé de mener la grossesse à son terme.

« Nous n’avons annoncé la nouvelle à personne (à part à nos parents) avant le troisième mois de grossesse, pour être sûrs.

Mes beaux-parents ont été fous de joie, ma belle-mère ayant eu mon copain à 22 ans. Ma mère, beaucoup moins.

Au moment où je l’ai appelée pour lui annoncer, elle a été abasourdie et m’a dit qu’elle me rappellerait plus tard, le temps de reprendre ses esprits…

Elle m’a rappelée le lendemain en m’affirmant que je ne devais pas le garder, qu’on était trop jeunes, trop immatures, trop fauchés, pas assez stables.

Elle m’a assuré que ça allait bien se passer, qu’elle m’accompagnerait pour l’avortement, qu’elle serait là pour moi. Elle avait tout planifié pour moi, et pour la première fois de ma vie, j’ai dit non.

C’était à moi et à mon copain de prendre cette décision. »

Grossesse adolescente : la réaction de la famille

La situation de Trina était beaucoup plus complexe, car elle mêlait sa situation familiale compliquée à la religion.

Pendant quatre mois, elle et son mec ont caché la grossesse à leurs deux familles, mais quand est venu Noël, il a fallu l’annoncer, pendant leurs vacances chez le père de son copain :

« Ils l’ont plutôt bien pris, surtout que c’est là-bas qu’on a su que c’était une fille.

Ensuite, on l’a dit à sa mère qui l’a très mal pris en disant que je ne pourrai jamais finir mes études et que j’aurais dû avorter. Puis, deux mois après, c’est ma mère qui l’a appris.

Elle avait déménagé dans un autre département, donc j’ai dû faire un long trajet pour aller la voir.

Le lendemain de mon arrivée, elle a décidé d’avoir une discussion avec moi et ma grand-mère, originaire des Comores et de Madagascar, de confession musulmane.

Et ça a été une grande crise. »

Trina et son copain ne sont pas mariés, donc selon sa mère et sa grand-mère, l’arrivée de ce bébé est un péché qui déshonore sa famille.

Préoccupée par tous ces chamboulements dans sa vie, la jeune femme arrête le lycée et ne passe pas son bac.

Sa famille lui tourne le dos. Même son frère d’un an son cadet, de qui elle était très proche, ne lui parle plus depuis l’annonce de sa grossesse.

De son côté, Elina a été beaucoup plus soutenue par sa famille malgré le premier choc de l’annonce de l’arrivée du bébé.

Mais malgré tout, elle a connu de grands moments de solitude et de difficulté :

« À part ce petit accroc avec ma maman, on a été soutenus par nos proches et tout le monde était heureux pour nous au début de la grossesse.

Par la suite, ça a été un peu plus compliqué.

Émotionnellement parlant, j’ai eu de grands moments de solitude. En ayant un compagnon qui travaille dans la restauration, loin de ma famille, sans permis, c’était compliqué…

Mais si j’avais un coup de mou, mon meilleur ami était là à n’importe quelle heure du jour comme de la nuit.

J’ai pu compter sur mes proches à toutes les étapes de ma grossesse et encore aujourd’hui, et je ne sais pas comment j’aurais pu faire sans. »

S’adapter à sa nouvelle situation de jeune maman

Aujourd’hui, Elina a 21 ans, Trina en a 19.

Au moment où elle écrit ce témoignage, Trina est toujours enceinte et accouche dans quelques semaines, et Elina est maman d’un petit garçon de 4 mois.

Trina est un peu perdue, entre sa famille qui ne lui parle plus et son copain avec lequel la relation est un peu conflictuelle…

Elle espère que tout va bien se passer, qu’un salaire suffira à subvenir à leurs besoins et qu’elle pourra reprendre ses études d’ici quelques temps.

Elina et son copain, quant à eux, s’adaptent doucement à leur nouvelle vie faite de couches, de poussette et de biberons.

Ils ont changé d’appartement, lui a trouvé un job mieux rémunéré, et ils ont même pu acheter une voiture !

« À la naissance, j’ai clairement pris 20 ans dans les dents. J’ai gagné en maturité, en patience, en responsabilités, et tout ça en dix secondes comme une grosse claque dans la gueule.

Mon copain était submergé de joie, mais ça a beaucoup fragilisé notre couple. Presque plus aucun temps à deux, de la fatigue… Mais on est tellement heureux de ce petit bout qu’on oublie vite.

Maintenant que le bébé est un peu plus grand, on essaye de s’accorder du temps à deux et on repart sur la bonne voie ! »

Si tu veux découvrir l’histoire d’Alice T., aussi émouvante que celles de Elina et Trina, il ne te reste plus qu’à foncer au cinéma à partir du 1er mai pour la découvrir !

Oceane

Oceane

Océane est chargée des témoignages sur madmoiZelle ! Sa passion, c’est vos vies, surtout quand elles lui font réfléchir à la sienne. Elle aime aussi le froid, les arbres et les avocats.

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Commentaires

torii

À la naissance, j’ai clairement pris 20 ans dans les dents. J’ai gagné en maturité, en patience, en responsabilités, et tout ça en dix secondes comme une grosse claque dans la gueule.
En tant que femme sans enfant (et n'en voulant pas), j'ai souvent entendu ce type d'analyse, à ma défaveur, et de façon plus ou moins violente à encaisser. J'ai même choisi d'assumer quelque chose (qui ne m'appartenait pas en réalité), en revendiquant haut et fort que je menais à l'âge adulte une vie d'ado attardée.

Sauf que, déjà à 20 ans, j'étais déjà mature, responsable et patiente. J'ai gagné depuis, avec le temps et l'expérience (du moins je l'espère).
 

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