Est-ce que Netflix, « c’était mieux avant » ?

Après plusieurs années en France, Netflix a quand même pas mal changé... et ça ne fait pas l'unanimité. Kalindi se pose alors cette question : Netflix, c'était mieux avant ?

Est-ce que Netflix, « c’était mieux avant » ?John-Mark Smith / Pexels

Voilà 23 ans que Netflix existe.

Netflix et sa concurrence grandissante

La plateforme est née en 1997, mais ne servait au départ qu’au secteur de l’exploitation commerciale via la livraison notamment de DVD à domicile.

Ça n’est qu’en 2007 qu’est né son concept actuel de vidéo à la demande.

La plateforme de SVoD était pionnière sur le marché, bénéficiant de ce fait d’un succès immédiat et considérable.

Mais depuis quelques années, la concurrence fleurit et les plateformes se multiplient…

Tu auras sans doute remarqué l’émergence de Disney+, d’Apple TV+, ou encore d’options seulement accessibles outre-Atlantique telles que Peacock (NBC), HBO Max…

Autant de nouveautés qui viennent entamer la dimension peu ou prou « exclusive » du concept de Netflix.

Aujourd’hui, les consommateurs de SVoD n’ont que l’embarras du choix parmi la multitude de plateformes qui leur sont proposées.

Netflix doit donc sortir son épingle du jeu, et a pour cela décidé d’employer les grands moyens.

Netflix investit 17 milliards dans des contenus en 2020

D’après les prévisions de BMO Capital Markets, Netflix prévoit d’injecter quelques 17,3 milliards de dollars côté production en 2020.

Une somme faramineuse qui servira notamment à élargir le catalogue de nouveaux contenus originaux, 100% Netflix et non-disponibles ailleurs, pour fidéliser les abonnés et prévenir de trop gros départs chez la concurrence.

En 2019, la plateforme n’avait injecté « que » 15,3 milliards de dollars sur le projet d’accroissement du catalogue. Une somme déjà considérable, qui ne fera que grandir dans les années qui arrivent…

En effet, si la tendance se confirme, en 2028, Netflix devrait dépenser quelques 26 milliards d’euros, toujours d’après les estimations de BMO Capital Markets relayées par le Hollywood Reporter.

Mais restons-en pour l’instant aux objectifs et projets de Netflix pour 2020.

La plateforme a notamment eu l’idée de s’associer à Nickelodeon pour faire grandir son catalogue à destination des jeunes. Indispensable à l’heure où tous les contenus Disney sont revenus chez Disney+ !

Les contenus « mainstream » qui cartonnent sur Netflix

J’entends beaucoup de gens râler contre Netflix (dont beaucoup de personnes… abonnées à Netflix !) ces derniers temps.

L’objet de l’ire ? La qualité des contenus, notamment la grande quantité de séries « pour ados », et les œuvres très mainstream qui sont parfois considérées comme pas assez ambitieuses.

Mais il faut bien noter que ce sont ces créations-là qui rencontrent le plus de succès !

Par exemple, 6 Underground a enregistré le meilleur score d’audience de l’histoire de Netflix. C’est un film réalisé par Michael Bay et porté par Ryan Reynolds et Mélanie Laurent, donc très grand public.

En tout, ce sont quelques 83 millions de comptes qui ont cédé au phénomène… 6 Underground a donc surpassé Bird Box, le film d’horreur sorti en 2018, qui avait enregistré 80 millions de vues et engendré des défis un peu WTF sur les réseaux.

Comment Netflix compte ses vues

Attention toutefois : ces chiffres impressionnants résultent de la nouvelle méthode de calcul des audiences de Netflix.

Je t’explique : auparavant, il fallait qu’un foyer regarde 70% d’un contenu pour qu’il soit considéré comme « vu ». Aujourd’hui, seules 2 minutes de visionnage suffisent pour que la plateforme comptabilise cette vue…

Netflix a expliqué les raisons de ce changement de méthode dans un communiqué :

« Étant donné que nos programmes sont désormais de durées très variées – il y a des épisodes de séries courts (Special, avec des épisodes de 15 minutes) et des films longs (The Highwaymen, qui dure 132 minutes) – nous pensons que l’ancienne méthode n’a plus vraiment de sens.

Nous nous référons aujourd’hui aux foyers-membres qui ont choisi de regarder l’un de nos programmes (…) — (deux minutes) est assez long pour indiquer que le choix est intentionnel. »

Netflix, critiqué pour ses choix éditoriaux

Deux minutes, c’est très court. Il est donc difficile de savoir si les 83 millions de foyers qui ont lancé 6 Underground ont vraiment vu le film dans son entièreté.

Mais il n’en demeure pas moins que 83 millions de foyers ont cliqué sur play, et sont restés plus longtemps que les 30 secondes nécessaires pour corriger une erreur de clic.

Pourtant, autour de moi, personne n’admet regarder les contenus les plus mainstream de Netflix !

Au contraire, dans mon entourage mais aussi sur le forum de madmoiZelle ou en voyage, j’entends beaucoup de gens regretter la ligne édito de la plateforme, jugée trop lisse.

Ils regrettent le « trop-plein » de contenus mainstream, de spin-off, regrettent d’ambitieux programmes annulés (Sense8, The OA), et/ou ne se reconnaissent pas dans les créations « pour ados » de Netflix.

J’ai donc écrit cet article pour réagir, en quelque sorte, à ces critiques que j’entends très souvent. En commençant par le sujet de ces fameuses teen-productions.

Netflix et ses séries (de qualité !) pour ados

Dans l’esprit commun, trop souvent, série pour ados = niaiseries à gogo.

Clichés auxquels Netflix fait un pied de nez en proposant à ses jeunes consommateurs des contenus qui leurs ressemblent et abordent des problématiques sociétales fortes avec intelligence !

Prends par exemple 13 Reasons Why qui malgré son synopsis assez capillotracté aborde des sujets ancrés dans le quotidien : le harcèlement moral, scolaire, sexuel, la dépression, la peur de révéler son homosexualité

Et impossible de ne pas citer l’excellente Sex Education, qui s’impose comme une série très pédagogue et décomplexante, enseignant aussi bien aux ados qu’aux adultes !

Ces programmes à destination des jeunes adultes parviennent à distraire ET à instruire en même temps.

Je peux comprendre qu’on ne s’y intéresse pas, passé un certain âge, car on ne fait plus partie de la cible visée par ces contenus et qu’on ne se reconnaît pas dans des histoires de lycéens et lycéennes.

Mais ça ne veut pas dire que ces séries ne méritent pas d’exister ! Et je te rassure, Netflix ne fait pas QUE dans le teen non plus…

Netflix et son catalogue éclectique

En effet, si ce sont les créations originales à destination d’un public large et familial qui enregistrent les meilleurs scores d’audience, Netflix propose bien d’autres alternatives à ses abonnés cinéphiles.

J’en veux pour exemple la catégorie Award Winning Films dans laquelle tu peux retrouver certains des plus grands chef-d’œuvres récents comme The Revenant, Birdman, Mustang, The Lobster, The Big Short etc.

L’occasion de (re)découvrir ces grands films qui ont fait les belles heures du cinéma contemporain.

Mais ce n’est pas tout !

En plus de mettre en ligne certains des meilleurs films qu’Hollywood a récemment produits, la plateforme se fait elle-même créatrice de merveilleux contenus.

Difficile d’oublier par exemple le très beau Roma, sorti l’année dernière, qui a valu à Alfonso Cuarón la statuette du meilleur réalisateur lors de la cérémonie des Oscars.

Et ce n’est pas la première fois qu’un film mis en ligne par Netflix remporte des prix prestigieux à travers le monde !

Okja et The Meyerowitz Stories sont par exemple allés jusqu’au festival de Cannes, quand The Irishman et Marriage Story ont cette année été sélectionnés pour concourir à l’Oscar du meilleur film.

Alors certes, ce sont des films, et non des séries. Mais qu’on ne vienne pas dire que le cinéma d’auteur n’est pas valorisé sur la plateforme !

View this post on Instagram

Il est toujours temps de se rattraper.

A post shared by Netflix France (@netflixfr) on

J’aimerais, pour finir, souligner le fait que Netflix crée du contenu français de grande qualité, et original, là où beaucoup regrettent le manque de piquant dans les productions hexagonales.

Je pense notamment à l’ambitieuse Mortel, qui parvient à faire cohabiter science-fiction, horreur, et romance en milieu urbain, mais aussi à Marianne, un programme horrifique encensé par Stephen King lui-même…

Ou encore à la future série de Fanny Herrero (créatrice de Dix Pour Cent) sur le stand-up parisien, que j’ai hâte de dévorer !

Netflix VS le snobisme culturel

J’ai envie d’établir un parallèle (qui te surprendra peut-être, douce lectrice) entre Netflix et la télé-réalité.

Très souvent, quand je parle de télé-réalité sur madmoiZelle ou dans la vie, je me fais envoyer sur les roses.Pourtant, j’essaie d’aborder celle-ci par la lunette sociétale ! Mais peu importe. Le sujet ne semble pas mériter qu’on s’y intéresse.

Étonnant car en vérité, les articles qui la décryptent font toujours un carton…

Pour Netflix, c’est pareil : les programmes mainstream se font tailler. Pourtant, beaucoup de gens les regardent et les apprécient, parfois pendant plusieurs saisons !

Je connais le snobisme de certains de mes amis. Je pense que c’est ce qui les empêche d’admettre que Netflix, devenu « trop populaire », « trop classique », reste une plateforme de qualité.

C’est le fameux « c’était mieux avant, c’est devenu trop commercial » des fans de la première heure qui résistent à l’évolution de ce qu’ils aiment.

Alors qu’au final, si le succès d’un À tous les garçons que j’ai aimés permet à Netflix de financer Marriage Story, tout le monde y gagne, non ?

Regarder Netflix, au-delà des apparences

J’entends bien, cependant, que certaines éprouvent une forme de lassitude globale quant à la ligne éditoriale de Netflix, envahie par des contenus de type Les nouvelles aventures de Sabrina, Riverdale ou encore Elite.

Et ce sans snobisme aucun, mais simplement par manque d’intérêt pour ce style de programmes.

Moi-même, mon souci c’est que je trouve que Netflix s’emballe un peu trop au moindre succès. Par exemple, la saison 2 de The Witcher est en route, en plus d’un film d’animation dans l’univers de Geralt.

Cela dit… The Witcher saison 1 a cartonné, il y a plein de livres et de jeux sur lesquels s’appuyer, et on ne croule pas non plus sous les œuvres de fantasy, donc pourquoi râler ?

Ce que j’aimerais faire comprendre, c’est que Netflix demeure un service éclectique à destination de plusieurs types de consommateurs.

Souvent, il suffit de se diriger vers les catégories qui nous ressemblent pour y trouver notre compte.

La force de Netflix, selon moi, c’est de faire cohabiter des contenus légers (mais pas forcément concons) et des œuvres plus exigeantes, moins accessibles.

Un peu comme Buzzfeed qui fait des quiz et des articles-listes pas prises de tête, tout en faisant bosser des lauréats du prix Pulitzer sur des enquêtes hyper pointues.

Oui, la plateforme va continuer à capitaliser sur les succès garantis, et apparemment, les films et séries pour ado ont la cote. Mais je suis sûre qu’on y verra quand même des créations originales, ambitieuses, oscarisables !

Face à Netflix comme face au reste du monde, l’important c’est de savoir nuance garder. Tu ne crois pas ?

À lire aussi : Les films et séries qui arrivent sur Netflix en février 2020

Commentaires

pi.cassoux

Et il me semble qu'avant on pouvait supprimer une série de sa "watch list". Là j'ai lancé 3 secondes de je sais pas quoi et bien j'ai cette série à vie dans ma liste.
Tu peux toujours supprimer de ta liste de visionnage, mais en passant par le site de netflix et non sur l’appli.
Tu vas en haut à droite dans « compte », puis tu descends tout en bas, dans la section « mon profil » et tu cliques sur « historique », là tu peux supprimer tout ce que tu veux de ton historique et ça n’apparaitra plus dans « reprendre avec le profil de » ☺
Mais c’est chiant de pas pouvoir le faire directement depuis ton écran.
 

Cet article t'a plu ? Tu aimes madmoiZelle.com ?
Désactive ton bloqueur de pub ou soutiens-nous financièrement!