Vous en avez marre des teen séries ? C’est normal… et on est pas mal dans ce cas


De Gossip Girl à Ginny & Georgia, on ne compte plus les teen séries souvent pleines de stéréotypes. Et on s'en lasse FORT. Alors on a un peu creusé tout ça : concrètement, pourquoi en avons-nous marre des teen séries ?

Vous en avez marre des teen séries ? C’est normal… et on est pas mal dans ce cas« Gossip Girl », « Elite » et « Riverdale » / Allociné

L’enthousiasme et la jeunesse nous auraient-ils quittées ? On s’est sérieusement posé la question lorsque Netflix nous a un jour proposé la bande-annonce de Ginny & Georgia et qu’on a grogné.

« Mais non ! Encore une teen série ?! Purée, mais flemme, l’histoire va encore être archi cliché ! »

Voilà ce qu’on s’est dit alors que la bande-annonce avait à peine commencé. La pauvre, on ne lui a même pas laissé une chance ! Le constat était sans appel : les teen séries, on en a marre. Alors on a décidé de se pencher sur la question… d’où vient ce trop-plein de teen séries et comment l’expliquer ?

Le constat est clair : les teen séries peuvent lasser

On ne se lassera jamais de Gossip Girl ni de Degrassi, que ce soit clair : on a dévoré ces séries étant ado et les revoir sera toujours une source de réconfort. Mais voilà, à un moment, trop c’est trop.

Vous ne vous sentez pas submergée, vous ? Elite, Euphoria, Ginny & Georgia, Pretty Little Liars, The 100, Riverdale… On a l’impression qu’une nouvelle teen série sort tous les jours ! N’a-t-on pas vu assez de lycées, de quaterbacks et de scènes de sexe comme ça ?

Visiblement, on n’est pas seule : le nombre de teen séries mises en valeur (et leurs stéréotypes irréalistes plus tenaces qu’une sangsue) semble en gaver plus d’une. Mymy, la rédac cheffe de Madmoizelle, va droit au but :

« J’ai l’impression qu’il y a beaucoup trop de teen séries, j’en peux plus ! »

Alice, jeune bibliothécaire de 25 ans pourtant très friande des teen séries il fut un temps, a arrêté de les regarder à cause des scénarios improbables. Elle affirme :

« Je trouve qu’elles ne représentent pas du tout ce qu’est le lycée. »

On la comprend. Même si on ne doute pas que certains ados aient vécu des vies extraordinaires, tout le monde ne couche pas avec ses profs, tout le monde n’est pas mêlé à des histoires de meurtre, et même sans aller dans les drames extrêmes, tout le monde n’a pas le corps d’une meuf de 25 ans à 14 ans !

Aza, 29 ans, renchérit :

« Souvent, dans les séries américaines l’âge et le look des acteurs qui sont censés représenter des adolescents me fatiguent énormément. Ainsi que les histoires à la Riverdale. Les gosses de riches dans des lycées privés, les meurtres, les mystères et les complots sont des clichés à des milliers de kilomètres de ce que vit le lycéen lambda. »

Pourquoi se lasse-t-on des teen séries ?

On a pris ces commentaires et on les a creusés un peu dans l’espoir les expliquer. Premièrement : pourquoi cet effet de trop-plein ?

L’effet Netflix : la saturation amenée par le streaming

Célia Sauvage, docteure en études cinématographiques et audiovisuelles, a écrit Les Teen Movies (paru en 2011). Selon elle :

« La lassitude tient clairement de l’effet de saturation produit par l’offre en streaming. On peut accéder immédiatement non seulement à toutes les nouveautés, mais aussi à beaucoup de séries anciennes. »

On vous parlait de Degrassi, eh bien c’est vrai qu’on regardait la série canadienne jour après jour en rentrant du collège (entre 2007 et 2011, ça date). Le binge-watching n’existait pas à l’époque, donc on avait moins cette sensation de trop-plein de teen séries ! Comme le dit Célia Sauvage :

« Il n’y a plus le plaisir de la rareté. »

Pourquoi tant de gens regardent-ils des teen séries ?

Notons que si les teen séries se multiplient, c’est aussi parce que beaucoup de monde les regarde. Et au fait, pourquoi est-ce qu’autant de gens (dont beaucoup d’adultes) dévorent Dawson, Euphoria ou Elite ?

Il faut savoir que les teen séries sont faites pour toucher un large public. On attend des spectateurs un âge allant de 15 à 25 ans, parfois 35 : ces adultes comptent donc pour de « grands adolescents ». Public-cible historique, il est surtout composé de spectateurs nostalgiques d’un temps passé.

Si le public parental n’est plus une cible des teen séries (qui va regarder Euphoria et ses 300 pénis à l’air avec ses parents, sérieusement ?), il l’a longtemps été, rappelle Célia Sauvage :

« À la télévision, le public familial est pensé dès les origines pour maximiser le succès de la série. Ceci se reflète dans l’importance accordée aux récits des parents — leurs amours, leurs tromperies, leurs séparations […] Tout le monde se souvient des histoires “pas intéressantes” des parents de Dawson par exemple, lesquelles visaient surtout à fidéliser les mères de famille qui partageaient le goûter avec leur progéniture de retour de l’école. »

Comme les plateformes de streaming ont horreur du vide, d’autres publics se sont tournés vers les teen séries, remplissant le manque laissé par le public familial : des populations trop peu représentées dans les productions culturelles, comme les communautés LGBTQI+ ou les personnes neuroatypiques.

Pour reprendre l’exemple d’Euphoria, un des personnages phares de la série est Jules, une ado transgenre. Dans Atypical, Sam, le personnage principal, est autiste. Dans Love, Victor, c’est Victor, un jeune homme gay qui est à l’honneur.

Et c’est cool que les teen séries soient de plus en plus inclusives. Mais du coup, si plus de personnes sont représentées, plus de personnes regardent. Et si plus de personnes regardent, alors plus de personnes en parlent. D’où le fait que plusieurs d’entre nous soient à bout : on parle de teen-séries tout le temps et de tous les côtés !

D’où viennent les clichés dans les teen séries ?

En ce qui concerne les stéréotypes et leur manque de réalisme, il faut qu’on parle des codes de teen séries.

Les teen séries ont des codes bien précis qui rendent le genre identifiable. Par exemple, on reconnaît un thriller à son ambiance sombre, ses crimes, ses victimes innocentes… C’est pareil pour les teen séries : le lycée, le quaterback, la fille populaire et autre intello awkward permettent d’identifier le contexte dans lequel s’inscrit l’œuvre. Importé des teen movies américains, construit dans les années 1950, mais figé entre les années 1960 et 1980, l’imaginaire des teen séries ne s’est jamais vraiment renouvelé. Célia Sauvage explique que :

« Le genre ne s’inspire pas de la vraie vie des adolescents. Il fonctionne en vase clos et s’inspire, reproduit, recycle son propre imaginaire fictif principalement figé par le cinéma entre les années 1960 à 1980. L’adolescence d’aujourd’hui est donc vue avec les outils de l’adolescence de jadis. »

On peut comprendre pourquoi les teen séries s’éloignent de la vraie vie des adolescents : cette dernière n’est pas toujours palpitante. Mais de là à remplacer le DM de maths fait juste avant le cours par des dissimulations de corps au beau milieu de la nuit, c’est un peu gros !

Revenons à nos moutons : ces codes sont nécessaires pour garantir un contenu stable et rentable. C’est ce qu’on va appeler la logique sérielle.

Donc on a affaire à des codes d’une autre époque (les années 1950, ça fait un moment quand même), qui ne nous correspondent pas forcément puisque tout le monde ne vit pas aux États-Unis, et qui sont chargés de stéréotypes, lesquels perdurent pour permettre la pérennité du genre. Conclusion : oui, c’est bien du vu et revu.

Voilà pourquoi ces stéréotypes irréalistes, qui nous gavent tant, continuent à gangréner les contenus « pour ados ».

Attendez, il y a un « mais » !

Creusons encore un peu tout ça. D’accord, on sature parce que tout le monde parle des teen séries : ça nous donne l’impression qu’il y en a énormément. Mais, en vrai, y a-t-il tant de teen séries que ça ? Et ces stéréotypes qui nous saoulent, ne sont-ils pas en train d’évoluer ? Célia Sauvage nuance :

« Cet effet de saturation est sûrement un effet d’illusion. Il existait bien plus de productions teen à la télévision lors du premier “peak”, dans les années 1990 à 2000. Chaque chaîne avait plusieurs séries à défendre, car la concurrence était rude. »

Aujourd’hui, les chaînes de télévision proposent bien moins de programmes « pour ados » qu’il y a quelques décennies. Si les plateformes de streaming ont pris le relais, ce n’est pas non plus devenu la folie des teen séries, contrairement à ce qu’on croit.

Regardons HBO : pourriez-vous citer ne serait-ce que cinq teen séries proposées par la chaîne américaine ? Nous non plus. Et ça, c’est parce que HBO privilégie la qualité à la quantité et crée des séries dites « niches ». C’est le cas d’Euphoria : qu’on aime ou qu’on n’aime pas, force est de constater que c’est une série de qualité, ayant nécessité un travail colossal, sur le fond comme sur la forme.

Pourrait-on dire la même chose de Riverdale ? Pas vraiment. Parce que Riverdale est sur Netflixqui compte pléthore de teen séries, ça, ce n’est pas une impression. La stratégie de cette plateforme en particulier est de vous présenter une offre illimitée : si un programme vous plaît, vous pourrez en regarder douze autres du même genre. Cela étant, Netflix suit la même logique pour tous ses contenus : on en entend peut-être moins parler, mais les autres genres sont là !

Et puis n’oublions pas les autres plateformes de streaming. En soi, lorsqu’on pense à Amazon Prime, Hulu ou Salto, on n’a pas non plus 12.000 teen séries qui nous viennent à l’esprit…

Netflix serait donc la cause de tous nos problèmes ? Un peu, oui, mais la plateforme pourrait aussi nous apporter quelques solutions, notamment en ce qui concerne les codes des teen séries.

Bon, on ne pense pas que les stéréotypes et le manque de réalisme dont on se plaint vont changer du tout au tout : il faut bien que le genre reste identifiable. Cela étant, ils peuvent évoluer pour se rapprocher de la réalité.

C’est le cas dans Mes premières fois, sorti en 2020 sur Netflix. Des personnages principaux racisés ? Check. Des intrigues réalistes ? Check. Des ados qui ressemblent à des ados ? Presque check (l’un des acteurs a la trentaine et ça se voit). Alice, notre bibliothécaire de 25 ans, affirme d’ailleurs que c’est probablement « la série la plus représentative de la période lycée » qu’elle ait vue ! Et c’est pareil de notre côté.

Seulement voilà : Mes premières fois n’est qu’une série parmi beaucoup, beaucoup d’autres sur Netflix. Il y en a plusieurs qu’on peut louer pour leur inclusivité ou leurs bons scénarios (hello, Sex Education)… mais pas forcément assez pour nous réconcilier avec le genre.

Alors concrètement, comment remédier à ce ras-le-bol des teen séries ? On se détourne un peu de Netflix, pour commencer. Et quand on y va – parce qu’on ne peut pas toujours y échapper – on fait du tri : en termes de teen séries, il n’y pas qu’Elite ou Riverdale, après tout.

Voilà ! Maintenant vous savez tout ; on espère vous avoir éclairée et surtout rassurée. Non, vous n’êtes pas devenue une boomer aigrie. C’est juste que vous êtes beaucoup sur Netflix, et que vous êtes exigeante en matière de teen séries.

À lire aussi : Que vaut la teen-série turque Love 101 dispo sur Netflix ?

Sylsphée Bertili

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Commentaires

Heather.

@Lady Stardust Je trouve aussi Skins plus réaliste sur ce plan là (d'ailleurs c'est ma série d'ado préférée, indétrônable), surtout dans les deux premières saisons. On voit des vrais (!) ados de tous milieux sociaux, dans une assez grande ville qui n'est pas non plus une capitale, avec des profs et des parents tous un peu à la ramasse. Dans les premières saisons (surtout la 1 de mémoire) il y a beaucoup de blagues assez potaches mais d'un autre côté pour bosser avec des ados tous les jours on ne peut pas non plus totalement nier que ça fasse partie de leur humour :lunette:.
Les protagonistes sont souvent en galère de thune, ils ne savent pas tous s'habiller, ils ont tous différents loisirs et sont plus ou moins extravertis / fêtards, leurs relations amoureuses et / ou sexuelles ... Après ça reste évidemment une série, avec des aspects exagérés (l'obsession pour la fête et les drogues notamment, moi je faisais pas la fête comme ça à 16 ans :lunette: ) et qui devient moins réaliste au fil des saisons je trouve. Mais ça reste relativement au coeur des problématiques adolescentes et les acteurs ne sont pas filmés systématiquement sous leur meilleur jour. Les meilleurs passages sont presque poétiques et il y a globalement une grande intensité que je trouve pour le coup très adolescente !

Sinon, dans les séries animées, Daria était quand même super bien, cynique et rebelle juste comme on l'aime à 16 ans 8). J'ai de bons souvenirs de Angela, 15 ans et de Freaks and Geeks aussi mais je les ai vues il y a très longtemps. Sinon ce n'est pas une série pour ados, mais je trouve que dans Six Feet Under, le personnage de Claire (la petite soeur qui doit avoir 16 ans au début de la série) a toujours été traité de manière assez subtile et c'est intéressant de suivre son évolution jusqu'à l'âge adulte.
Dans les séries plus récentes, parmi celles que je trouve assez attachantes et éloignées des défauts cités dans l'article (qui concerne surtout les séries américaines en fait), je citerais My mad fat diary ou The end of the fucking world (même si je ne sais pas si on peut dire que c'est une teen series à proprement parler).

Autre truc qui m'énerve dans les séries américaines actuelles et qui est un peu le pendant du parent absent (c'est vrai qu'on dirait souvent que l'ado n'en a pas du tout !), c'est le parent "parfait", à l'écoute, compréhensif, qui essaie de soutenir son enfant à travers les difficiles épreuves de l'adolescence même s'il ne le comprend pas toujours. Le tout systématiquement dans des belles maisons américaines parce que l'argent n'est jamais un problème dans ce genre de système. Je pense particulièrement aux parents de Clay dans 13 reasons why ou aux parents des ados de Atypical qui sont beaucoup trop lisses et agaçants :cretin: .

M'enfin je pourrais écrire une thèse sur les teen series alors je m'arrête là !
 

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