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La série Netflix « Le Jeu de la dame » est-elle inspirée d’une histoire vraie ?

Dans ce carton de la plateforme Netflix, une enfant orpheline de l’Amérique des années 1960 s’élève de la misère grâce à son talent inné pour les échecs. Une femme qui réussit et devient Grand Maître de la discipline, dans un milieu sclérosé par les hommes… Fiction ou réalité ?

Des grands contes susurrés par notre maman au creux de notre oreille à l’heure du coucher, on aimerait tout croire.

Tout, des mômes qui volent jusqu’au pays imaginaire aux loups déguisés en grand-mère.

Même quand ça fait peur, même quand c’est tragique, même quand ça parait trop fou, on a envie d’y croire.

Pourtant, il n’existe pas plus d’enfants d’enfants qui volent, que de loups déguisés en grand-mère.

Tout comme il n’existe aucune Beth Harmon championne d’échecs dans les années 1960, n’en déplaise aux âmes romanesques qui auraient aimé qu’une vraie femme se cache derrière l’héroïne du Jeu de la dame...

Le Jeu de la dame, qu’est ce que c’est ?

https://www.youtube.com/watch?v=CDrieqwSdgI

Sorti le 23 octobre sur Netflix, Le Jeu de la dame, de son titre français, a séduit les foules en moins de temps qu’il n’en faut pour finir une partie d’échecs.

Porté par Anya Taylor-Joy, Pablo Scola et Vlad Chiriac, et créé par Allan et Franck Scott, ce programme en sept épisodes établit son intrigue en pleine guerre froide.

Beth Harmon, jeune fille de 9 ans, intègre un orphelinat dans lequel elle mène une vie sans jeux, ni sans trop d’amitiés.

À l’exception d’une entente quasi-immédiate avec une jeune orpheline « trop noire pour être adoptée », Beth ne fréquente presque aucun autre enfant.

Son bonheur, Beth ne le trouve ni dans l’étreinte d’une poupée ni dans les films projetés le soir, mais dans la cave de l’institut, où un vieux concierge joue seul aux échecs.

Intriguée par cet étrange plateau noir et blanc, la jeune fille délaisse ses leçons pour se réfugier dans l’apprentissage de la tactique avec monsieur Shaibel, pour qui elle développe vite une profonde et inédite tendresse.

Adoptée plus tard, Beth rejoint une demeure cossue, habitée par un couple qui bat de l’aile. Lui est odieux et absent, elle est évaporée et addict à de petites pilules vertes auxquels Beth était elle-même accro lorsqu’elle vivait à l’orphelinat.

Nouvelle dans un lycée où règnent en maitresses les filles apprêtées, Beth se sent différente. Habillée de vêtements bon marché, elle évolue comme elle peut dans ce milieu où fusent les moqueries.

Mais ça ne fait rien, Beth a un destin loin des jupons et des manches ballons (pour l’instant) : elle est une joueuse d’échecs.

Elle le sait, elle peut aller loin.

Alors qu’elle bat tous les meilleurs joueurs du coin à son premier tournoi, elle voit une chance pour sa mère adoptive et elle de gagner de l’argent, et pourquoi pas de devenir la meilleure joueuse d’échecs au monde…

Le Jeu de la dame, une histoire purement fictive

Malheureusement, comme énoncé précédemment, Beth Harmon n’existe que dans le roman de l’Américain Walter Tevis sorti en 1983.

Elle n’a donc jamais vraiment vu le jour.

Et ça n’est pas très étonnant !

Comme l’explique la série, l’Amérique des années 1960 n’a rien de progressiste. 

Au contraire profondément misogyne, elle ne compte pas laisser de place aux femmes qui aspirent à être autre chose que mères au foyer.

La mère adoptive de Beth est l’illustration de ce modèle archi-patriarcale où une femme ne peut être qu’une épouse enfermée dans la tragédie d’une vie sans ambition, sans enjeux, quand elle n’est pas, en plus, cocufiée.

Difficile donc d’imaginer une Beth Harmon triompher de l’archaïsme américain pour se hisser, en vrai, jusqu’au rang de Grand Maître de sa discipline dans les années 1960.

Beth Harmon aurait-elle pu avoir un tel destin dans la réalité ?

Il y en a eu pourtant, des petites filles au goût (très) précoce pour la mathématique des échecs.

Certaines ont été révélées par le Championnat du monde féminin d’échecs créé en 1927, comme Ju Wenjun, championne du monde depuis 2018.

Toutefois, ces championnats sont dédiés aux femmes, les privant ainsi d’une éventuelle compétition mixte.

C’est pour cette raison d’ailleurs que la joueuse hongroise Judit Polgár a refusé de se prêter au jeu du championnat féminin, bien décidée à se frotter aux hommes lors de compétitions mixtes. 

Tout comme la joueuse chinoise Hou Yifan, numéro un mondiale depuis 2014, qui a décidé de ne pas participer aux championnats du monde féminins de 2015 et 2017.

Mais ces femmes, comme dans bien d’autres domaines notamment relatifs aux sciences et aux mathématiques, sont sous-représentées, voire invisibilisées.

Un phénomène dépeint ici par l’édifiant Le Jeu de la dame ou encore par Theodore Melfi dans Les Figures de l’ombre qui a valu un Oscar à Octavia Spencer. 

Le Jeu de la dame, une fable inspirante

Quand on est une petite fille pas tout à fait « comme les autres petites filles », comment trouver sa place dans un monde divisé en deux par des préceptes d’un autre temps ?

Comment quitter l’univers poudré des poupées pour pénétrer celui où l’on est considéré comme un être humain doué d’intelligence au même titre que le serait un petit garçon ?

Peut-être que vous vous l’êtes déjà demandé quand en CE2 vous étiez forcée de jouer aux Fashion Polly avec Gwendoline histoire de ne pas passer pour « un garçon manqué » alors que vous n’en aviez à peu près rien à secouer ?

Comme Beth, elles sont nombreuses, les petites filles à ne pas rentrer dans le moule où l’on entasse les femmes à coups de chausse-pied.

Dans le premier épisode du programme, alors qu’elle apprend son adoption, Beth se voit préciser : « Fais attention à tes bonnes manières. Conduis-toi comme une bonne fille ! »

Qu’est-ce que cette fameuse « good girl » qu’on nous a toujours demandé d’être ?

Sans doute pas une fille qui joue aux échecs comme un garçon.

Non, bien qu’elle soit bonne élève, qu’elle soit un génie, Beth n’est pas une « good girl ».

Elle préfère briser les codes de son époque et avec eux, le plafond de verre.

Elle est un modèle d’empowerment au-delà même de son domaine.

Alors pour une petite fille qui regarderait Netflix aujourd’hui, moins captivée par les grands yeux d’Anya Taylor-Joy que par les prouesses mathématiques de son personnage, comment ne pas avoir envie de croire qu’une telle femme a existé ?

Bonne nouvelle, Beth Harmon a beau n’appartenir qu’au monde de la fiction, il existe des championnes faites de chair, d’os et de matière grise qui chaque jour avancent leur pion sur l’échiquier international.

Alors pour les Hou Yifan, et autres Judit Polgár en devenir, il est bon de croire que la réalité finit souvent par rejoindre la fiction.

À lire aussi : L’acteur de « Prison Break » renonce à son rôle car il ne veut plus jouer un hétéro


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Les Commentaires

11
Avatar de Kurmad
15 janvier 2021 à 20h01
Kurmad
J'ai été très déçue par la série, que j'ai trouvé choquamment sexiste.

Edit: Résumé
En faire la seule femme dans un monde concurrentiel d'hommes, et que ça soit un non-sujet, (doublé d'une sexualisation inutile), je trouve que c'est au mieux, pas crédible, et au pire, insultant.
Contenu spoiler caché.
Le sujet était pourtant prometteur, mais j'ai trouvé que le scénario passait complètement à côté d'être une pépite.
J'ai préféré :
- Le joueur d'échecs de Zweig, pour le côté folie
- Ikaru No Go, pour l'ascension d'un jeune joueur jusqu'aux sommets.
0
Voir les 11 commentaires

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