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Le Dernier duel, la fresque médiévalo-féministe de Ridley Scott, mérite-t-elle tout ce foin ?

Rigoureusement idolâtré ou soigneusement moqué pour l’irrégularité de sa filmographie, Ridley Scott revient cette année avec plusieurs films, dont Le Dernier duel, actuellement au cinéma. Que vaut cette fresque historique dont tout le monde parle ?

Difficile de juger la carrière globale de Ridley Scott — qui, à 83 ans, continue d’ailleurs d’être extrêmement productif — tant ses productions sont inégales.

Si Blade Runner me fait par exemple office de Bible, ainsi qu’Alien, j’ai rigoureusement haï, et le mot est faible, les Alien : Covenant et autres Prometheus dont l’inconsistance scénaristique n’avait d’égale que mon incrédulité.

Toutefois, cette année, les nouvelles promesses de Ridley Scott sont belles, et surtout… elles sont tenues.

En tout cas pour de qui est du Dernier duel, une fresque historique intimiste, féministe et finalement assez moderne dont j’aurais pu voir encore 4h sans me lasser.

De quoi parle Le Dernier duel ?

Le Dernier Duel | Première bande-annonce [Officielle] VOST | 2021

Fin du XIVè siècle. Jean de Carrouges et Jacques Le Gris sont deux amis admirés de tous.

Carrouges est un chevalier respecté, connu pour sa bravoure et son habileté sur le champ de bataille. Le Gris est un écuyer normand dont l’intelligence et l’éloquence font de lui l’un des nobles les plus admirés de la cour.

Le jour où Marguerite de Thibouville, la femme de Carrouges, accuse Jacques Le Gris de l’avoir violée en l’absence de son mari, la jeune femme entend bien faire valoir sa parole contre celle de l’homme qui nie.

Au péril de sa vie, elle dénonce les actes dont elle a été victime. Son mari s’engage alors dans un duel à mort contre son ancien ami.

Dans un récit qui alterne les points de vue, renforçant la version de Marguerite et tapant vigoureusement sur les protagonistes masculins dont l’un est un infâme violeur et l’autre un mari égocentrique qui ne défend sa femme que pour sauver son honneur, Ridley Scott s’aventure sur un terrain risqué… qu’il s’avère finalement maîtriser !

Le Dernier duel, la nouvelle obsession historique mais féministe de Ridley Scott

Le Dernier duel, la fresque médiévalo-féministe de Ridley Scott, mérite-t-elle tout ce foin ?

Le Dernier duel prend place en pleine Guerre de Cent ans, et est inspiré d’un livre éponyme d’Eric Jager qui décrivait en réalité, non pas le dernier duel à avoir existé, mais bien l‘un des derniers duels judiciaires permis en France.

On avait, à l’époque du Moyen-âge, recourt à cette pratique quand la justice ne disposait pas de preuve accablante contre l’une ou l’autre des parties impliquées dans un procès.

Ainsi, cette procédure nommée « justice en ordalie » consistait à ce que l’accusé se soumette à une épreuve mortelle — dont l’issue était, selon les croyances de l’époque, déterminée par la main de Dieu.

Celui qui s’en sortait vivant était donc considéré comme jugé innocent par Dieu lui-même.

En observant et adaptant cette lugubre affaire de viol, Ridley Scott ré-embrasse sa passion pour l’Histoire, comme dans Gladiator (où elle est toutefois maltraitée) par exemple, mais la met au service du féminisme.

Ici, point de récit sur la vigueur et le courage des combattants de l’époque mais au contraire sur les sombres desseins des hommes.

Même de celui qui défend son épouse, puisque, comme le souligne Julie Pilorget, docteure en histoire médiévale interviewée par Allociné, l’histoire démarre d’un contentieux qui oppose deux amis et non deux inconnus, ce qui pousse Carrouges à défendre son honneur plutôt que son épouse violée.

Dans ce nouvel essai filmique par ailleurs splendide, Ridley Scott déplore et critique le traitement de « tentatrice » qui était réservé à Marguerite de Thibouville.

Celle-ci avait en effet été accusée d’avoir pris du plaisir au moment du viol car elle est ensuite tombée enceinte, et il faut savoir que certaines croyances de l’époque voulaient qu’une femme qui tombe enceinte avait éprouvé un orgasme conjointement à son partenaire.

Ridley Scott raconte avec brio ces idées reçues méconnues qui comme d’habitude faisaient des femmes victimes des manipulatrices qui l’avaient bien cherché.

Le Dernier duel et la performance extraordinaire de son actrice principale

Pour porter ce drame historique édifiant, il y a bien sûr Matt Damon dont on a l’habitude, Adam Driver qui est décidément PARTOUT (je ne me plains pas toutefois), mais il y a aussi et surtout Jodie Comer, qui donne vie à Marguerite de Thibouville.

Le Dernier duel, la fresque médiévalo-féministe de Ridley Scott, mérite-t-elle tout ce foin ?

Révélée à l’écran par l’excellente série Killing Eve, l’actrice britannique de seulement 28 ans est époustouflante et éclipse tous ses partenaires masculins.

Propulsée dans le grand bain du cinéma par Ridley Scott, elle est non seulement à l’affiche du Dernier duel mais jouera également dans le prochain film du même réalisateur, autre fresque historique où elle interprétera Joséphine de Beauharnais.

Un film qui, pas encore sorti, fait déjà parler de lui et par pour les bonnes raisons cette fois.

En cause ? Le sexisme bien sûr, puisque Jodie Comer a 28 ans et Joaquin Phœnix, son mari à l’écran, en a 46. Sauf que Joséphine de Beauharnais avait en réalité 6 ans de plus que son époux.

Il aurait donc fallu engager une actrice plus âgée ou au moins d’un âgé égal à Joaquin Phœnix… Oui mais voyez-vous, la date de péremption des femmes est à Hollywood précoce, comme on le sait !

Dommage pour l’image de Ridley Scott qui après avoir signé un film médiéval résolument féministe gâche son propos en cédant aux vieux démons d’un cinéma âgiste et misogyne.

À lire aussi : On a vu You saison 3. Alors, stop ou encore ?

Les Commentaires
29

Avatar de MorganeGirly
4 décembre 2021 à 01h53
MorganeGirly
J'ai vu le film aujourd'hui sur Disney+ (pas en France)!
Attenton SPOILER ci-dessous.
J'avais lu toutes vos critiques avant de le voir et j'avais décidé de pas le regarder, mais ce n'est pas moi qui ai choisi et je suis plutôt contente d'être restée jusqu'au bout. Même si en vrai, je comprends vos critiques pour et contre!
Personnellement, je n'ai pas trouvé les scènes de viol utiles en fait ni même très novatrices dans leur mise en scène/déroulement. Elles sont assez pénibles et quand même bien descriptives, et je ne vois pas forcément l'intérêt de les mettre deux fois pour montrer le point du vue du gars puis de la fille. Ni d'ailleurs les scènes à la limite du viols conjugal ou les scènes avec les prostituées (dont celle qui semble être un jeu sexuel où la prostituée fait semblant de se débattre, mais on n'est pas vraiment sûrs sûrs à tout moment si c'est un jeu ou un viol, c'était assez dérangeant). Je comprends que certaines personnes pensent que ces scènes soient utiles, mais je pense quand même qu'on peut trouver d'autres moyens de raconter un viol sans nous montrer le truc aussi franchement parce que je vois pas trop trop l'intérêt didactique de ce genre de scène. Par exemple, la scène où Marguerite raconte son viol a son mari et il lui impose quand même de coucher avec lui, ça veut dire qu'elle va se faire violer à nouveau MAIS on n'a pas besoin de nous montrer ce moment pour qu'on comprenne que c'est dégueulasse!
Malgré tout, le fait que Marguerite ne soit pas du tout dépeinte comme une victime brisée ou à l'inverse comme une "femme forte" prête à tout après ça, je trouve que ça "sauve" quand même le côté qui me gêne vraiment dans les histoires de viol. Sa réaction est quand même plus nuancée que dans beaucoup de récits similaires, elle se comporte plus comme si le viol était quelque chose qui lui est arrivé et auquel elle réagit sans que ça la définisse que beaucoup de personnages similaires qui ont l'air d'être portés par les événements et redéfinis par leur viol.
Personnellement, j'ai été agréablement surprise par Matt Damon. J'ai toujours trouvé cet acteur assez plat et sans franchement de charisme, j'ai vraiment jamais compris pourquoi un tel succès parce que je trouve qu'il est fade dans tous les genres dans lequel je l'ai vu et qu'il y a toujours des tas d'acteurs plus charismatiques que lui (en particulier son succès comme héros de film d'action, ça me dépasse vraiment étant donné que ça repose énormément sur le charisme fou des acteurs). Pour moi, c'est vraiment "plat" le mot parce qu'il ne m'inspire pas grand-chose de particulier : je ne l'adore pas mais je n'ai rien de spécial contre lui, il ne m'inspire pas plus d'affection que d'agacement. Mais là en fait, je l'ai trouvé très bon dans son personnage, pour une fois, il m'a vraiment fait ressentir quelque chose en jouant et m'a donné l'impression d'incarner une personne de chair et de sang, et je l'ai aussi trouvé très bon dans sa capacité à s'adapter aux trois versions avec aisance, que ce soit le mec droit, le bouffon irascible ou le mari rustre sans pour autant radicalement changer son personnage. Adam Driver m'a beaucoup moins marquée dans son évolution d'une version à l'autre, par exemple.
En dehors de ça, j'ai trouvé de mon côté que le film manquait pas mal de subtilité. Les personnages de Pierre (Ben Affleck) et du roi m'ont paru franchement cliché pendant la majorité de leurs scènes (les hommes de pouvoir bouffons bon voilà, c'est du réchauffé). Ben Affleck a quelques bonnes scènes, c'est vrai (et pareil, je trouve pas que ce soit un acteur ultra charismatique habituellement mais dans ces quelques bonnes scènes, j'avoue que je l'ai trouvé au-dessus de son jeu habituel), mais souvent son personnage est quand même assez caricatural.
Les dialogues et la trame générale m'ont paru être un peu en mode "gros sabots" aussi sur le côté "les femmes sont discréditées". Par exemple, la réaction de la meilleure amie ou de la belle-mère m'ont parues plus être des concepts que des réactions de vrais personnages.
Ceci dit, je reconnais que c'est probablement pas "gros sabots" pour tout le monde. Par exemple, je savais en commençant à regarder le film puisque je vous avais lues que c'était trois points de vue différents avec à la fin, la version de Marguerite qui est la "vraie" version. Mes colocs (deux filles) qui regardaient avec moi ne savaient même pas de quoi parlaient le film. Quand Marguerite annonce son viol dans la version de son mari, elles ont toutes les deux réagi en disant que tout ça sonnait hyper faux, et elles en sont donc venues à la conclusion que... Marguerite mentait et qu'elle n'avait pas été violée! Alors même qu'à ce moment du film, sa parole est assez peu mise en doute. J'avoue que j'ai été assez stupéfaite qu'elles en tirent aussitôt cette conclusion et en même temps, j'ai trouvé ça plutôt intéressant. Moi, je savais que ça sonnait faux car c'était la version de Jean de Carrouges, une version biaisée et masculine, qu'il manquait tout une dimension à l'histoire parce qu'on n'avait pas le point de vue de Marguerite. Et donc j'ai trouvé ça intéressant de voir que l'explication logique pour elles face à cette impression que quelque chose ne colle pas dans l'histoire qui nous est racontée, c'est que la femme devait forcément avoir inventé son viol plutôt que de se dire que l'homme nous racontait peut-être une version partiale des choses.
Néanmoins, je trouve que ce côté "révélation finale" avec le point de vue de la victime qu'on découvre après celui de l'homme a été traité de manière plus subtile ailleurs. Je pense notamment à la saison 1 de The Morning Show où j'ai trouvé vraiment beaucoup plus réussi la manière dont on nous fait discrètement adhérer en partie à la version du violeur avant de nous montrer comment les choses se sont réellement enchainées.
A part ça, j'ai beaucoup aimé la bataille finale, je l'ai trouvée très bien tournée avec un réel enjeu émotionnel et moi qui adore vraiment Gladiator, je trouve qu'on retrouve un peu la puissance des scènes des arènes de Gladiator, même si le côté surjoué du roi et certains spectateurs gâchait un peu l'ensemble je trouve (je trouvais Ben Affleck moins caricatural dans cette scène par contre, il avait plus l'air d'un ami sincère qu'à d'autres moments).
De manière générale, j'ai quand même l'impression que les films de Ridley Scott sont construits en grande partie autour du charisme qu'il projette sur ses personnages, mais ça fait des étincelles ou ça sonne un peu creux en fonction du casting. Par exemple, j'adore vraiment Gladiator depuis sa sortie, mais en l'ayant revu récemment, je me rends compte que si on mettait des acteurs un poil plus plat, les défauts du film seraient beaucoup plus flagrants. Dans Gladiator, le charisme de Russell Crowe et l'énergie chaotique de Joaquin Phoenix portent littéralement la moitié du film, tandis que la présence des compagnons de Maximus et celle de l'empereur sont également clés dans l'ambiance du film. A l'inverse, Kingdom of Heaven m'avait paru assez plat parce qu'on peut pas dire qu'Orlando Bloom ait un magnétisme très puissant.
Bref, je pense que Ridley Scott a de bonnes idées mais ça va pas forcément crever l'écran comme dans sa vision selon l'acteur retenu. Là par exemple, j'avais vraiment l'impression que le personnage d'Adam Driver était supposé être beaucoup plus séduisant et fascinant que ce qu'on voyait à l'écran. Certes, les personnages répétaient beaucoup qu'il était très intelligent, séducteur, beau et sulfureux, mais j'ai pas trouvé qu'on nous démontrait tant que ça pourquoi les gens disaient ça : on nous l'expliquait mais ça ne se voyait pas vraiment dans le jeu de l'acteur je trouve en fait. Du coup, ça réduisait toute l'intrigue autour de ce personnage à l'état de concept plus qu'autre chose. Après, je peux comprendre que l'idée c'est qu'on ne vole pas la vedette à Marguerite, mais je ne pense pas que ça aurait causé du tort à son histoire d'avoir des personnages un peu plus incarnés autour d'elle. En gros, il y a quelque chose derrière ces différents personnages (y compris les différents personnages féminins) mais ça m'a donné l'impression de ne pas creuser assez le truc, probablement parce que les trois versions speedent un peu le récit d'une certaine manière.
Bref, j'ai trouvé le film plutôt pas mal et le concept artistique des trois points de vue ainsi que le choix du sujet historique quand même intéressant. Je ne sais pas si j'encouragerais les gens à aller le voir car je ne sais pas si les bons côtés du film valent vraiment le coup de s'infliger les scènes de viol mais si on me demande si ça vaut le coup de regarder de manière générale, je répondrais probablement oui!
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