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« La suradaptation des personnes racisées est une épée de Damoclès » : Douce Dibondo, autrice de La charge raciale // Source : Portrait de l'autrice de La Charge raciale, Douce Dibondo, par Céline Nieszawer / Couverture du livre La Charge raciale de Douce Dibondo, aux éditions Fayard
Société

« La suradaptation des personnes racisées est une épée de Damoclès » : Douce Dibondo (La Charge raciale)

Douce Dibondo a publié l’essai La Charge raciale, vertige d’un silence écrasant. L’autrice y analyse la capacité d’adaptation à double-tranchant des personnes racisées face au racisme, y définit le gaslighting racial, ou encore la Noirité. Interview.

Au pays des lumières qui fait semblant de ne pas voir les couleurs, Douce Dibondo fait figure d’exception qui confirme la règle. Après avoir grandi au Congo, elle se réfugie en France à l’âge de 12 ans, suit des études de sociologie et devient journaliste. En septembre 2018, elle co-fonde le podcast natif indépendant Extimité qui donne la parole à des personnes à l’intersection de plusieurs formes d’oppressions structurelles à la fois. Après sa participation à l’ouvrage collectif Fruits de la colère en 2022, elle publie son premier recueil de poésie métacures en 2023, et son premier essai La Charge raciale, vertige d’un silence écrasant en février 2024 chez Fayard.

Alors que le grand public semble avoir bien compris en quoi consiste la charge mentale (notamment popularisé par la dessinatrice Emma), Douce Dibondo développe le concept de charge raciale (déjà théorisée en France par la chercheuse Maboula Soumahoro). C’est-à-dire comment les personnes racisées s’adaptent face au racisme, la menace des stéréotypes racistes, l’injonction à l’exemplarité et à l’excellence. Mais aussi combien cela génère de violences dans l’accès à l’amour, au logement, au travail, à la santé physique et mentale. Et même les surexpose à une mort prématurée, en particulier pour les personnes noires.

C’est pour mieux comprendre sa pensée et les notions qu’elle y définit comme le gaslighting racial que Madmoizelle a posé quelques questions à Douce Dibondo, qui sonde avec beaucoup d’acuité la dimension psycho-politique du racisme.

Portrait de l'autrice de La Charge raciale, Douce Dibondo, par Céline Nieszawer // Source : Céline Nieszawer

​​Comment est né ce projet de livre, La Charge raciale ?

Cet essai né de l’absence et du silence autour d’un sujet éminemment important : celui de l’intériorité des personnes noires et racisées, celui de la question psychologique et politique de nos vécus.

En quoi toutes les personnes racisées sont des génies de l’adaptation, selon toi ?

En fait, notre capacité à connaître et à comprendre les codes du groupe social dominant que sont les personnes blanches, nous aide à contourner ou du moins amoindrir la souffrance et la domination du racisme. Mais alors que l’adaptation envers son milieu social, son environnement naturel est un gage d’intelligence, la suradaptation des personnes racisées devient une sorte d’épée de Damoclès. Elle est le symptôme d’un système racial dans lequel nous tentons coûte que coûte de survivre.

Mais dans quelle mesure ce pouvoir d’adaptation constitue-t-il aussi une double peine dans un monde qui les pousse à se masquer pour espérer y exister ?

Devoir se suradapter, c’est effacer une majeure partie de son identité culturelle, sociale et dans notre cas, existentielle. La charge raciale et ce qu’elle implique d’hypervigilance, d’effacement de notre africanité (créolité, arabité, asianité) nous dissocie. En fait, ce poids historique, institutionnel et intrapersonnel nous effracte, il fait de nous des névrosé·e·s de la race. Non pas de manière pathologique, même si cette charge peut engendrer des somatisations, mais nous existons comme êtres incomplets, à travers le regard de la blanchité et de sa suprématie.

Pourquoi le racisme et le fétichisme racial sont les revers d’une même pièce de charge raciale ? Pourquoi est-il épuisant de se demander sans cesse si l’on est aimé·e pour soi ou pour le fétiche qu’on représente ?

Parce que de nos jours, les deux sont le résultat d’un système esclavagiste et colonial dans lequel la France a participé activement pendant près de 400 ans. C’est d’ailleurs très parlant que le terme « fétichisme » ait une origine coloniale. Ce sont les Portugais qui en arrivant sur les côtes du Kongo qui ont qualifié les œuvres spirituelles des populations comme des fétiches, car adorées de manière « païennes » donc anormales.

Alors que le racisme est un système construit socialement qui à pour justification une hiérarchie des races et de la négrophobie, le fétichisme racial, lui, révèle à mon sens, la pulsion de vie et de mort des négrophiles / fétichistes sur les corps racisés. Il y a un besoin de posséder ce qui paraît surhumain, survivant, débordant de désir. Des corps-objets, des corps sans personnes, c’est-à-dire avec un désir et subjectivité propres. C’est donc très dangereux pour les personnes racisées de faire confiance et de vivre sereinement des relations fugaces ou de couple avec une personne blanche. Car le risque d’être réifié·e, fétichisé·e plane toujours.

Tu définis avant tout la charge raciale comme « la peur viscérale de perdre la vie dans un contexte systémique de suprématie blanche ». Est-ce là la différence majeure avec la notion de charge mentale ?

Oui, cette différence m’a sauté aux yeux lorsque j’ai lu les définitions Ruth Wilson Gilmore et Toni Morrison sur le racisme. La première, chercheuse afro-américaine dit qu’il est « une mort prématurée instituée par un État ou un organe juridique ». Et la seconde, romancière afro-américaine voit dans le racisme une distraction qui nous empêche de vivre sereinement. En somme, les vies noires et racisées existent sur un continuum raciste et colonial. Les victimes de violences policières ou médicales sont le paroxysme de ce fil mortel, quand pour les autres, nos existences sont jalonnées de stress, d’anxiété, de maladies chroniques, de somatisations, d’états dépressifs, causées par cette charge raciale et par nos conditions matérielles structurellement précaires (l’accès au travail, au logement, à la santé).

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En corollaire de la charge raciale et de la souffrance noire, tu parles de jouissance blanche (et du silence de la blanchité). Comment la définis-tu ?

C’était important pour moi de montrer à quel point l’étude de l’intériorité était importante chez les personnes noires pour enfin nous réapproprier et devenir des Êtres à part entière. Mais cette intériorité incombe aussi aux personnes blanches. En fait, les affects de la blanchité ne doivent pas être ignorés car ce sont-là de la matière pour comprendre la dimension psycho-politique du racisme. En ce sens la jouissance blanche, d’après les chercheur·ses afropessimistes, est une des explications du racisme.

La blanchité jouit de notre force de travail, de nos corps, de nos cultures, de notre vivance. Bref, de l’apport indéniable que nous apportons à un monde qui n’existerait pas sans la négrophobie et la négrophilie. Sur internet j’étais tombée sur cette vidéo où un homme blanc anglophone (sûrement un conférencier) demandait à une assemblée majoritairement blanche de lever la main, s’il y avait des gens qui, si on leur avait donné le choix, auraient voulu vivre comme une personne noire. Personne dans le public ne s’est manifesté. Ce silence disait tout.

Voilà un exemple de cette jouissance blanche. Elle se traduit aussi par le soulagement que les personnes blanches éprouvent à ne pas être discriminées racialement, tout en prônant une sorte d’ignorance du racisme qui est un bouclier leur permettant un silence immoral.

« Lorsqu’on me regarde, c’est ma noirceur qui me précède avant mon genre, ma classe, mes identités neurodiverses, etc. »

— Douce Dibondo, autrice de La charge raciale, vertige d’un silence écrasant

En opposition à la blanchité qui permet de baigner dans le confort de l’insouciance et de l’ignorance, tu décris les effets du stress minoritaire et de l’hypervigilance. Quelles peuvent en être les conséquences concrètes sur la santé physique et mentale des personnes racisées ? Et pourquoi sont-elles si sous-estimées en France ?

Quand on sait qu’aux États-Unis ce n’est qu’en 2020 que l’Association Médicale Américaine a reconnu le racisme comme affaire de santé publique, ce n’est pas surprenant qu’en France le racisme médical et le racisme vicariant ne soient pas pris au sérieux, à la hauteur des millions de vies qu’ils abîment. Car la charge raciale c’est à la fois une mort prématurée à cause des institutions sociales qui concourent à la disparition des personnes racisées. D’abord par un accès précaire aux soins mais aussi lorsque l’institution médicale ne les soigne pas, ignore leur souffrance et l’urgence vitale qu’iels réclament.

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À la fois, c’est développer « en soi » des états de stress, d’anxiété généralisée, des maladies chroniques, des cancers ou crises cardiaques prématurées à cause du système raciste dans lequel nous baignons en occident. Sans s’oublier qu’indirectement les expériences de racisme freinent les personnes racisées à demander de l’aide afin de les éviter… et fatalement les stratégies d’évitement ont une conséquence sur la santé sur le long terme.

Ainsi la charge raciale est toujours un mouvement permanent entre l’expérience individuelle des corps (le racisme nous fait développer des maladies) et l’oppression colective. Et alors que déjà malades, en urgence médicale, les institutions médicales nous tuent par négligence.

Heureusement, ces conséquences sont de plus en plus dénoncées et étudiées par les militant·es antiracistes, les internes et medecins racisé·es et des personnes qui malheureusement ont vécu des discriminations raciales dans le milieu médical. On parle alors du syndrome méditéranéen, la charge allostatique [c’est-à-dire l’usure du corps qui s’accumule à mesure qu’un individu est exposé à un stress répété ou chronique, NDLR] est désormais étudiée.

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Dernièrement, un article de Médiapart met en évidence le racisme dans le traitement des personnes atteintes de drépanocytose, la première maladie génétique en France qui touche principalement les personnes afrodescendantes. Cette malformation des globules rouges entraîne une grande fatigue et des douleurs chroniques. Pour les soulager, les souffrant·es ont besoin de morphine, or quand iels se rendent aux urgences iels sont soupçonné·es d’être des consommateurices de drogue. Iels ne sont donc pas pris·es au sérieux. C’est un manquement grave au serment d’Hippocrate. À mon sens, le racisme médical en France met en exergue le serment d’hypocrites que les professionnel·les de la santé adoptent face à leurs biais racistes.

« Être exemplaire en tant que personne racisée ce n’est pas se dépasser pour la fierté de sa famille et de soi-même, mais bien pour contrer la menace permanente du stéréotype. C’est tenter de naviguer à contre-courant d’une histoire lourde d’oppressions qui continuent à peser sur nos épaules. »

— Douce Dibondo, autrice de La charge raciale, vertige d’un silence écrasant

Tu développes aussi la façon dont être Noir·e oblitère toute autre condition (neuroatypie, handicap, queerness, etc). Qu’est-ce que cette primauté de la noirceur raconte peut-être de l’incompréhension du concept d’intersectionnalité en France ?

Oui, très bonne remarque. Qu’on s’entende, l’outil analytique qu’est l’intersectionnalité est très important pour décrire les mécanismes et la complexité des oppressions, surtout quand la race est en jeu. Mais l’intersectionnalité n’est pas un paradigme, c’est-à-dire qu’elle n’explique pas la totalité de l’expérience noire. Or, cette dernière est primordiale dans toutes les identités qui nous composent. je dis souvent que lorsqu’on me regarde, c’est ma noirceur qui me précède avant mon genre, ma classe, mes identités neurodiverses etc. En ce sens, je fais de la noirceur le curseur de ma position sociale.

L’intersectionnalité brandie à tout va perd de sa portée, comme grille d’analyse sociologique. De fait, l’existence d’un « féminisme intersectionnel » est un non-sens. Une femme blanche et lesbienne peut user de cette grille pour comprendre la complexité de son identité sociale. Mais en ce concerne sa position sociale dans un contexte d’hégémonie occidentale, elle occupe une position de domination raciale.

À lire aussi : Pourquoi les luttes anti-racistes françaises doivent tout aux femmes noires

En quoi l’injonction à l’exemplarité, à l’excellence, et le soupçon de l’accident font aussi partie de la charge raciale ?

C’est tout bonnement se voir à travers les yeux d’une société raciste qui ne voit de nous qu’un amas flou de noirceur. Être exemplaire en tant que personne racisée ce n’est pas se dépasser pour la fierté de sa famille et de soi-même, mais bien pour contrer la menace permanente du stéréotype, c’est tenter de naviguer à contre-courant d’une histoire lourde d’oppressions qui continuent à peser sur nos épaules. L’excellence racisée va de pair avec la médiocrité blanche, or cette dernière est la norme universelle qui n’est jamais remise en cause, car elle est toujours louée comme singulière, subjective et donc humaine.

Quant au soupçon d’accident, je le retourne volontiers. Ma présence noire dans cette société blanche est en effet une aberration que je n’ai pas voulu. C’est bien parce que la France, ex-empire colonial, a décrété sa prétendue supériorité que mon exil a la saveur d’un accident existentiel sur son territoire.

La charge raciale met aussi du plomb dans le couple, place les femmes noires, dernières sur l’échelle de la désirabilité, complique l’accès à la PMA. Alors que les productions médiatiques se multiplient sur la révolution romantique, pourquoi les questions raciales restent-elles un tel angle mort ?

En fait, il est temps de se rendre à l’évidence : la lutte antiraciste est une lutte psychopolitique. La hiérarchie raciale qui est fondée sur les sociétés occidentales empêche structurellement les personnes noires et racisées à accéder à des positions de décisions, à des industries culturelles, politiques, productrices de pouvoir. C’est donc notre absence qui crée ces angles morts médiatiques, politiques, existentiels. Et pour les éclairer, il nous faut désormais investir une lutte politique des affects.

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Il faut que les personnes dominantes se sentent concernées par ces questions d’antiracisme, antisexisme, de LGBTphobie, d’antivalidisme… avec une approche loin de la performance mais d’un éclatement réel de son égo, de sa persona publique, de ses biais cognitifs, d’une écoute active, d’une curiosité intarissable sur ces questions. En cela, la question de l’empathie sociale est fondamentale.

Évidemment, je ne me couvre d’aucune illusion sur le travail immense que requiert l’empathie dans une société de la blanchité nourrie à l’apathie, au silence, au mur cognitif et émotionnel de l’Occident. Mais il est urgent que notre approche antiraciste soit révolutionnaire envers les structures sociales et envers les structures mentales. Ne travailler que sur l’une ou l’autre est une dette de temps et de guérison que l’on lègue aux générations futures.

Couverture du livre La charge raciale, de Douce Dibondo

Qu’est-ce que le gaslighting racial ?

Le gaslighting racial, c’est une forme de silenciation de nos expériences et de nos vécus. Les personnes blanches face à des actes ou des paroles racistes, des situations de discrimination raciales auront pour réflexes de minimiser, culpabiliser, renverser la faute, pathologiser nos dires. Et ce gaslighting racial ajoute un poids d’hypervigilance, de manque de confiance dans des contextes majoritairement blancs ou dans nos relations plus intimes.

Comment définis-tu le le racisme vicariant ?

C’est le fait de vivre du racisme de manière indirecte, à travers les micro-agressions subies par d’autres personnes racisées, la violence médiatique, politique, celle des violences policières, médicales, étatiques. C’est somatiser la peur de la mort de l’entourage. De vivre une « nécro-anxiété » comme le remarque si bien la romancière Diaty Diallo.

Qu’est-ce que la blès ?

C’est une blessure intergénérationnelle que portent les personnes antillaises ou de manière plus générale, les personnes noires. C’est une faille existentielle, psychique, physique (parfois) que les corps noirs transportent depuis près de 400 ans, à cause de la déchirure qu’ont été le système esclavagiste et colonial. Nos corps et nos êtres vivent une névrose raciale, que l’on extériorise par les luttes, les arts, la communauté, la solidarité…

Comment définis-tu la Noirité ?

La Noirité c’est l’autre pendant de l’expérience noire. D’un côté, notre condition décrit un état de fait historique, social emprunt de domination. De l’autre, la Noirité est la singularité de mon être-au-monde, le pendant positif de ma blackness. Par elle, je résiste, je refuse le système-monde négrophobe, ses pièges blantriarcaux et capitalistes. Par elle, je passe de particule faite de densité, chargée racialement à une onde insaisissable, créatrice, de celle qui reconnaît sa subjectivité. Je fusionne avec d’autres ondes noires, mon je est collectif, reconnu et choisi. Je tire mon pouvoir du silence de mon humanité, de la quiétude de mes ancêtres. Je transcende le récit colonial qui fait de moi l’animal et l’Autre éternel. Je suis car nous sommes.

À lire aussi : « Une femme qui refuse de souffrir, c’est radical » : Kiyémis, autrice afroféministe du roman Et, refleurir

Comment la blanchité réussit-elle l’exploit de faire du racisme un problème (de) Noir·e·s ? Et que pourrait-on faire pour changer cela selon toi ?

Comme pour les angles morts médiatiques, le manque d’empathie, les leviers de priorisation, le fait que nous vivons dans des bulles d’identités; tout cela empêche une prise de conscience décisive chez les personnes blanches. Une de celles qui enclenche ensuite des actions et des « risques antiracistes ». C’est une formulation que j’emprunte à Estelle Depris qui analysle dans son livre Mécanique du privilège blanc [à paraître en septembre 2024, NDLR], tous les ressorts de la blanchité et comment la démanteler.

La lutte contre le sexisme semble beaucoup plus socialement acceptée, médiatisée et valorisée. Pourquoi n’est-ce pas le cas avec le racisme ? Qu’est-ce qui pourrait aider à en faire de même selon toi ?

Outre l’empathie blanche, il nous faut nous, personne racisées, investir en masse l’intériorité comme clé. Et cette archéologie n’est pas purement narcissique comme on peut le voir dans une approche de développement personnelle néolibérale. Non, ériger le soi comme un moyen politique de lutter en dehors des « outils du maître » comme disait Audre Lorde [« les outils du maître ne détruiront jamais la maison du maître », a clamé l’intellectuelle féministe et poétesse afro-américaine lesbienne lors d’une conférence organisée à New York en 1979 autour du Deuxième sexe de Simone de Beauvoir, NDLR].

Ne pas avoir peur d’entamer une archéologie du soi, se connaître individuellement et collectivement, revoir son passé, se demander l’enfant qu’on a été, interroger sa famille, faire trace de nos histoires. S’inspirer de tous ces sujets pour conduire des enquêtes, des études en sciences molles ou dures. Bref, sortir de la binarité occidental extériorité / intériorité, rationnel / émotionnel, politique / intime, matérialisme / idéalisme, etc.

Comment se passe la réception du livre ? Reçois-tu des réactions hostiles, comme c’est si souvent le cas dès qu’on parle explicitement de race en France ?

La réception se passe plutôt bien ! D’après mon éditrice, Carole Nestoret, le livre approche le second tirage, ce qui en deux mois est un très bon signal. D’ailleurs, lors des rencontres et dédicaces, il y a une réelle écoute du public. Les personnes racisées et notamment noires font communion lors de ces échanges, il y a aussi beaucoup de soulagement à entendre des mots qui valident une expérience, un ressenti. Car en effet, ce livre je l’ai d’abord écrit pour nous, pour faire un constat, clarifier un vécu et donner des moyens de lutter autrement et c’est ce qui plaît !

Je me sens soulagée de l’avoir écrit parce qu’il fait trace du vécu racial en mettant au milieu du village la question psychopolitique. Pour ce qui est des réactions hostiles, je pratique mon propre évangile : j’appose un silence politique.

Avec du recul post-publication, quelle thématique aurais-tu voulu approfondir dans le livre ?

Celle de la noirité qui pour moi est le début d’une critique radicalement décoloniale de l’Occident. Le rendez-vous est donc pris avec moi-même.


Et si le film que vous alliez voir ce soir était une bouse ? Chaque semaine, Kalindi Ramphul vous offre son avis sur LE film à voir (ou pas) dans l’émission Le seul avis qui compte.

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Avatar de MissBlastocyste
12 mai 2024 à 19h05
MissBlastocyste
Ce sujet est dédié aux réactions concernant cet article :
« La suradaptation des personnes racisées est une épée de Damoclès » : Douce Dibondo (La Charge raciale)
Merci beaucoup pour cet article, j'ai hâte de découvrir cet ouvrage !
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