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Société

Violences conjugales et JO : « Si on veut isoler les agresseurs, il faut que toute la population se mobilise »

Pendant les grands événements sportifs, les violences sexistes et sexuelles connaissent une forte augmentation. Alors que Paris s’apprête à accueillir les Jeux olympiques et paralympiques, comment les associations d’aide aux victimes se préparent-elles pour garantir un accompagnement optimal ? Réponse avec les fondatrices du dispositif citoyen ProtéJOns.

Cet été, Paris accueillera les Jeux olympiques et paralympiques. Alors que la ville prépare tant bien que mal ses infrastructures pour accueillir les 15 millions de visiteurs, allant jusqu’à exiger (non sans indécence) que les étudiants abandonnent leurs chambres du Crous pour qu’y soient logés les athlètes, les associations de terrain, elles, se réorganisent pour garantir le suivi des personnes qu’elles accompagnent au quotidien.

C’est notamment le cas THE SORORITY FOUNDATION et Un Abri qui sauve des vies : à l’occasion des Jeux, elles lancent le dispositif ProtéJOns, qui vise à trouver des solutions de mise en sécurité immédiate pour les victimes de violences sexistes et sexuelles. Alertes géolocalisées, réseau d’abritant•e•s de confiance… Grâce à l’entraide citoyenne, les deux associations permettent de trouver un refuge de manière rapide et encadrée.

Rencontre avec les deux fondatrices du dispositif, Priscillia Routier Trillard (THE SORORITY) et Charlyne Péculier (Un Abri qui Sauve des Vies).

ProtéJOns, affiche campagne

Quelle est la corrélation entre violences sexistes et événement sportif ?

Priscillia Routier Trillard. On a fait trois constats. Le premier, c’est que dans la rue comme dans les transports, les insécurités qui existent vont augmenter mécaniquement pendant les Jeux olympiques à cause du nombre de personnes qui seront condensées au même endroit.

À ce facteur va s’ajouter celui de l’augmentation de la consommation d’alcool, puisque ce sera la fête partout. On sait que les comportements problématiques qui existent déjà vont être démultipliés avec la consommation d’alcool dans ce contexte. Une étude sortie au Royaume-Uni confirme cela : les soirs de matchs, lorsque l’équipe qu’on soutient fait match nul, on observe 26 % d’augmentation dans le nombre de violences conjugales. Lorsqu’elle perd, cette augmentation se chiffre à 38 %. L’alcool mêlé à la frustration dans un climat de violence préexistant peut constituer un élément déclencheur pour le passage à l’action…

Charlyne Péculier. Exactement. Et le troisième constat, c’est qu’il y aura moins de solutions d’hébergement d’urgence. Les derniers chiffres sur le sujet, qui datent de l’année dernière et ont surement augmenté depuis, montraient déjà que 10 % des hôtels ayant fait une convention avec l’État sur l’hébergement d’urgence y mettraient fin pour se tourner vers les activités touristiques, leur cœur de métier.

En France, on avait 50 000 nuitées par jour d’hébergement d’urgence dans les hôtels dits « sociaux », en plus des centres d’hébergement classiques. Ces logements ne sont pas réservés aux victimes de violences conjugales uniquement, ils sont destinés à tous les mal-logés. 10 % de moins, c’est énorme. On va donc se retrouver avec moins de solutions et plus de violences.

Vos deux associations misent sur l’entraide citoyenne. De quoi s’agit-il ?

Priscillia Routier Trillard. On croit profondément à la volonté et à la capacité d’agir de la population. L’entraide citoyenne, c’est avoir des yeux et des personnes partout, des gens qui ont envie de contribuer à leur niveau, sans forcément avoir suffisamment de fonds pour faire des dons par exemple.

Charlyne Péculier. L’entraide citoyenne, pour les associations de lutte contre les violences faites aux femmes, n’est pas une évidence. Pourtant, si on veut isoler les agresseurs, et qu’on veut moins de violence, il faut absolument que toute la population soit sensibilisée. Un abri qui sauve des vies, ç’a été créé en 2020 pour pouvoir offrir une solution supplémentaire d’hébergement, via l’hébergement citoyen. Ce sont donc des personnes qui accueillent gratuitement chez elles des victimes de violence, de manière très encadrée bien sûr. Cela permet non seulement d’avoir un panel de solutions un peu plus large, mais aussi de permettre aux victimes de choisir et d’avoir un certain confort dans leur hébergement. Et ça accélère l’insertion sociale.

Comment est né le dispositif ProtéJOns ?

Charlyne Péculier. C’est né de sollicitations de structures, d’assos, de collectivités territoriales, qui commençaient l’été dernier à prendre peur à l’approche des Jeux olympiques et face à la situation dramatique qui se profilait pour les victimes de violence. Ç’a fait tilt : si on veut absorber une vague de demandes supplémentaires, il faut absolument créer un dispositif spécifique et notamment une campagne de communication spécifique. Et puis ça permet d’avoir un héritage aussi des JO, d’ancrer de cette manière la notion d’hébergement citoyen et d’entraide citoyenne dans les esprits pour poursuivre cette aide bien au-delà des jeux.

Comment fonctionne le dispositif ?

Priscillia Routier Trillard. ProteJOns c’est ce qui existe déjà aujourd’hui, mais porté à une échelle bien supérieure. On intervient de manière complémentaire avec Un abri, pour que, dans toute la vie de la personne, du matin quand elle se lève au soir, quand elle se couche, elle puisse toujours bénéficier d’une sécurité. 

The Sorority intervient dans l’espace public, la rue et les transports. Concrètement, quand tu t’inscris sur l’application, ton profil est vérifié et validé. Si tu es en situation de danger immédiat, tu vas sur l’application, tu appuies deux secondes sur un bouton qui calcule en temps réel ta position GPS et la position des 50 premières personnes autour de toi, qui ont immédiatement ta géolocalisation, ta photo, ton prénom, peuvent te contacter par message ou par téléphone.

Elles te demandent ce qui se passe, si tu souhaites qu’elles te rejoignent ou qu’elles contactent pour toi les autorités. En bref, quand tu lances l’alerte, en une minute, tu as plus de 10 prises de contact. Ça va hyper vite. Ça permet de casser l’effet de sidération, donc le stress que tu ressens, et d’avoir immédiatement un lien avec l’extérieur. Mais aussi de déstabiliser ton agresseur qui ne s’attend pas à ce que tu prennes un appel ou que tu croises quelqu’un qui te connaît. De cette façon-là, on met fin à l’agression de façon super simple et rapide. 

Charlyne Péculier. Chez Un abri qui sauve des vies, on tient une permanence téléphonique 24h sur 24 et 7 jours sur 7 qui est la porte d’entrée pour les victimes, mais aussi pour les structures et les assos qui nous contactent au sujet d’une demande d’hébergement d’urgence. Grâce à notre réseau d’abritants, dont on vérifie scrupuleusement la situation, on permet une mise à l’abri sous une à cinq heures. Quand on ne parvient pas à trouver de solution rapidement, Priscillia lance un appel sur sa communauté de The Sorority, et cela nous permet généralement d’avoir entre 5 et 10 propositions d’hébergements, c’est extrêmement puissant. 

Une fois la personne mise à l’abri, on crée une sorte de contrat entre l’abritant et l’abrité pour définir des règles de vie commune et fixer la durée de la mise à l’abri. On s’assure qu’il n’y a aucun partage de données de localisation, pour surtout pas mettre en danger la famille qui accueille. On travaille aussi sur une solution de mise à l’abri plus pérenne, en lien avec les réseaux associatifs locaux. L’idée est de s’assurer que l’abritée sera prise en charge et rentrera dans une dynamique « d’après », pour éviter à tout prix qu’elle retourne dans le foyer violent. Notre but, c’est qu’elle réussisse à se reconstruire et à trouver une autonomie financière.

Violences conjugales : les ressources

Si vous ou quelqu’un que vous connaissez est victime de violences conjugales, ou si vous voulez tout simplement vous informer davantage sur le sujet :


Écoutez l’Apéro des Daronnes, l’émission de Madmoizelle qui veut faire tomber les tabous autour de la parentalité.

Les Commentaires

1
Avatar de Papillon Bleu
15 avril 2024 à 17h04
Papillon Bleu
[mode "ronchon" on]
Je trouve super ce que font ces associations, vraiment. Et je comprends & approuve leur appel à une mobilisation/sensibilisation globale pour lutter contre les VSS durant les JO.
Mais en même temps, j'en ai marre. Parce que c'est pareil pour tout : on assiste de plus en plus à un désengagement de l'Etat. Là, je lis qu'il y a de moins en moins d'hébergements d'urgence par exemple. Dans d'autres domaines, c'est là même chose : moins de moyens, moins de soutien.
Alors forcément, il y a un appel à la solidarité des particuliers. Qui va parfois jusqu'à la culpabilisation de ceux/celles qui ne font pas assez.
Mais à la base, permettre à chacun.e de se déplacer en sécurité, de se nourrir à sa faim, de se loger, de vivre de son travail, de se soigner...c'est le rôle de l'Etat ! Faudra pas qu'ils se plaignent du succès des partis extrêmes et populistes, vu que cela fait des années que les gouvernements successifs leur déroulent un boulevard...
[mode "ronchon" off]
4
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