Découvre @lesensdupoil, des vrais poils féminins mis en lumière

Mymy a échangé avec les créatrices de @lesensdupoil, un compte bodypositive qui compte faire accepter la pilosité féminine sur Instagram et au-delà !

Découvre @lesensdupoil, des vrais poils féminins mis en lumière@lesensdupoil / Instagram
Petite introduction...

Les créatrices du compte Instagram bodypositive @lesensdupoil sont venues déjeuner au bureau de madmoiZelle à Paris.

C’était l’occasion pour moi de découvrir leur formidable travail, qui met en avant la diversité des pilosités que ce monde voudrait cacher !

Voici ce qu’elles ont à raconter sur leur belle initiative.

NB : le « femmes* » avec un astérisque signifie que le terme englobe plus que les femmes cisgenres : les personnes non-binaires, fluides, transgenres etc. sont aussi incluses dedans !

Qui sont les créatrices de Le Sens du Poil ?

Nous sommes Sophia, Alice, Margot, Charlotte et Laure, 5 étudiantes belges de 22-23 ans.  On est en comm’ à l’IHECS, une haute école à Bruxelles.

On s’est toutes réunies autour du sujet parce qu’on s’intéresse aux stéréotypes de genre, et qu’on veut lutter contre ceux-ci.

On aimerait pouvoir faire passer l’idée que chaque personne puisse faire ce qu’elle veut de son corps.

Le Sens du Poil sur Instagram, c’est quoi ?

Le Sens du Poil c’est avant tout tout une campagne transmédiatique qui tourne autour de la déconstruction des tabous liés à la pilosité des femmes*.

On veut sensibiliser les femmes* aux normes entourant leur corps, via la porte d’entrée du poil. Et montrer plus de poils permet de les dédiaboliser !

Ce projet s’est effectivement concrétisé via un compte Instagram, mais ce n’est pas tout ! On va également lancer une web-série documentaire.

C’est un projet vraiment global, qui se décline sur plusieurs médias.

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[3/3] Heureusement que je suis tombée sur plusieurs comptes Instagram qui parlaient du bodypositivisme et du selflove. J’ai tout de suite réalisé que ce que je faisais subir à mon corps n’était pas normal. Pourquoi me plier à un standard de beauté ? Pourquoi succomber à une pression sociétale qui n’idéalise qu’un seul type de beauté ? Ce sont toutes ces questions qui m’ont finalement permis de faire un choix : le choix d’être moi, le choix de faire ce que je veux de mon corps, de mes poils. À vrai dire, je ne me suis jamais sentie aussi bien depuis que le regard des autres ne m’affecte plus. . . . #lesensdupoil #poils #januhairy #bodyhair #féminisme #feminism #émancipation #empowerment #girlpower #moncorpsmonchoix #bodypositive #allwomenarebeautiful #futureisfemale #thefutureisfeminist #antisexismacademy #maipoils #toutesensemble #onveutduvrai #bruxelles

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Pourquoi parler de poils sur Instagram ?

Notre société est assaillie de milliers d’images (la publicité, les réseaux sociaux…). Très peu montrent des images de femmes* avec des poils.

Dans l’espace public aussi, le poil de la femme* est banni. Et on ne montre que des femmes blanches, hétéros, cisgenres, minces, lisses…

Parler du poil, ça permet de mettre en avant plein d’autres oppressions.

Nous, on veut changer ça. On veut normaliser la vue du poil sur les corps des femmes*, le dédiaboliser. On veut montrer d’autres sortes de modèles pour les jeunes.

On s’est avant tout réunies à cause d’un ras-le-bol car, encore en 2019, c’est difficile d’aller contre la norme vu les sanctions qu’on reçoit (remarques, insultes, menaces, etc.).

La pilosité des femmes* est une bonne porte d’entrée pour parler des normes entourant les corps car elle est révélatrice des asymétries de genre.

Si on a choisi comme média Instagram, c’est parce qu’il permet d’apporter un côté super visuel à notre projet, et effectivement le poil est quelque chose de visuel, qui devrait être plus souvent vu !

Pour des photos artistiques, Instagram est un très bon outil.

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[2/3] Alors j’ai commencé à être moins « stricte » avec mes poils. Petit à petit, à les laisser faire leurs vies en hiver et puis doucement aussi en été. Aujourd’hui j’ai appris à les aimer et à les revendiquer. Je les considère comme faisant partie de mon corps, au même titre que mes cheveux, ou mes ongles. Pourquoi seraient-ils tellement plus scandaleux qu’un autre élément tout aussi naturel de mon corps ? Parfois j’aime les montrer et provoquer des regards surpris dans les transports en commun, ou des débats sur le sujet. Mais parfois j’ai pas le courage, et si je sais que dans un certain contexte je vais avoir du mal à les assumer et que ce jour-là je n’ai pas la force, alors je rase le minimum vite fait et je suis ok avec ça. Ça m’arrive de moins en moins mais dans ces cas là, j’essaie de m’écouter et d’aller à mon rythme sans m’en vouloir. . . . #lesensdupoil #poils #hair #januhairy #bodyhair  #féminisme #feminism #émancipation #empowerment #girlpower #moncorpsmonchoix  #bodypositive #allwomenarebeautiful #futureisfemale #thefutureisfeminist #antisexismacademy #maipoils #toutesensemble #bruxelles

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Et surtout, on veut pouvoir toucher les jeunes ados, vu que l’épilation commence dès la puberté. Instagram est un réseau social fort utilisé par les jeunes.

Nos rapports personnels aux poils

On est un groupe de 5 femmes, donc on a toutes des rapports différents, vu nos histoires différentes, mais aussi nos pilosités différentes !

Certaines laissent leurs poils, d’autres les enlèvent. Mais on avait déjà toutes abordé une certaine réflexion avant de lancer le projet… qui a d’ailleurs aidé certaines d’entre nous à accepter leurs poils.

Cependant, on ne cherche pas forcément à nous mettre en avant dans le projet. On veut surtout être le relais de ces témoignages, on veut pouvoir donner une voix à toutes ces femmes*.

C’est pour ça qu’on ne parle pas de nous et nos rapports personnels sur le compte.

Le tournage d’une web-série sur les poils

Ce tournage, c’est souvent un mélange de plusieurs sentiments : à la fois on est trop contentes de pouvoir écouter les témoignages de personnes vraiment super, mais ça nous stresse aussi.

On prend parfois un peu de temps, on doit refaire des plans, on a toujours peur de déranger les femmes chez qui on va filmer… Heureusement elles sont super compréhensives, et on est toujours bien accueillies.

Au début, on n’était pas trop sûres de nous, mais maintenant on commence à être habituées. Et ça fonctionne bien !

Au niveau des anecdotes, on en a pas mal.

Ça va du matériel qui ne fonctionne pas (donc on doit tout recommencer) à des difficultés pour trouver des lieux de tournage.

On filme notamment pas mal de plans dans des salles de bain… vous n’avez pas idée d’à quel point c’est compliqué de trouver des salles de bain différentes !

On a aussi filmé une partie d’un épisode dans un parc à Bruxelles et c’était vraiment galère de gérer le son, entre les enfants qui crient, le vent, les chiens qui courent partout, et les gens qui jouent d’un instrument comme du tamtam !

L’une d’entre nous devait aller voir chaque personne pour lui demander de faire moins de bruit.

Comment financer une web-série sur les poils ?

On a de la chance d’être dans une école de communication qui met plein de matériel pro à disposition. Mais c’est vrai qu’il y a quand même pas mal de petites dépenses auxquelles on doit faire face.

Pour l’instant, nous avons avancé toutes les dépenses de notre poche mais on compte lancer un financement participatif sur KissKissBankBank, en septembre 2019.

Un projet aussi conséquent demande de l’argent, même si on dirait pas !

Un peu d’aide financière nous permettra notamment d’engager un ingé son pour retravailler le mixage de notre web-série et à imprimer nos photos en grand format pour un évènement qui aura lieu à Bruxelles fin octobre.

Prendre en photo des femmes et leurs poils pour Instagram

Le véritable lancement du Sens du Poil a commencé quand une association féministe belge, le Poisson sans Bicyclette, a relayé notre appel à témoignage sur sa page Facebook.

Une semaine plus tard, notre boîte était inondée de plus d’une centaine de mails de femmes ultra motivées avec des témoignages touchants.

C’est à ce moment-là qu’on a compris que ce qu’on comptait faire n’était pas inutile et que ce sujet ne touchait pas que nous personnellement.

Au fil des échanges de mails, 25 femmes ont continué à montrer leur intérêt et leur motivation pour notre projet.

Après les avoir rencontrées toutes, individuellement, chez elles (oui, ça nous a pris un temps de dingue !) on a commencé notre première salve de shootings.

On ne remerciera jamais assez nos premières modèles qui nous ont fait confiance alors que notre page n’était pas encore lancée.

Pour avoir une image de comment se passe un shooting, il faut s’imaginer :

  • Un studio pro mais un peu cassé (logique, ça appartient à notre école, beaucoup d’élèves l’ont utilisé avant nous)
  • Une cabine d’essayage assez bancale (on l’a construite avec les moyens du bord)
  • De la musique (souvent)
  • Des cookies maison et autres gourmandises
  • Ainsi que plein de bonnes ondes parce que honnêtement, on se marre bien en studio.

Par exemple, une fois, on a shooté une maman, qui n’avait pas le temps de déposer ses enfants quelque part avant de venir. On s’est improvisées en garderie et c’était super marrant !

Comment participer au compte Instagram Le Sens du Poil ?

Depuis l’ouverture du compte, nous avons mis notre adresse mail en lien et toute personne qui veut participer peut nous envoyer un mail.

Nous ne faisons pas de casting, parce qu’on veut montrer le maximum de profils, de femmes*, de corps, de poils et d’histoires différentes.

Il faut juste être disponible et savoir se déplacer sur Bruxelles et bien vouloir raconter son histoire du poil.

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[1/3] @eveissickofadam Je me suis épilé-e régulièrement pendant un temps quand j’étais adolescent-e, parce que c’est ce qui semblait être la norme. J’avais l’impression d’être beaucoup plus poilu-e que les autres filles, et ça a été longtemps quelque chose de honteux pour moi. Je ne trouvais même pas ça beau, la peau épilée. Surtout les aisselles. Je le faisais vraiment uniquement pour essayer de correspondre à une image de la beauté que je voyais partout autour de moi. Quand j’ai arrêté, c’est les réactions de mon entourage qui ont été les plus blessantes. Ils/elles associaient les poils à la saleté, et ne comprenaient pas pourquoi je ne faisais pas tout simplement comme tout le monde. Maintenant, leur gêne me fait rire. Une après-midi, pendant une fête de famille, mon cousin de dix ans a répliqué devant tout le monde : « Regarde papa, Léa elle est encore plus poilue que toi ! ». Le silence qui a suivi n’avait pas de prix ! . . . #lesensdupoil #poils #onveutduvrai #januhairy #bodyhair #féminisme #feminism #émancipation #empowerment #girlpower #moncorpsmonchoix #bodypositive #allwomenarebeautiful #futureisfemale #thefutureisfeminist #antisexismacademy #maipoils #toutesensemble #bruxelles #cabaretmademoiselle #dragqueen #drag #queerqueen

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Après notre première série de shooting, on s’est rendue compte que ce ne serait pas possible de continuer à rencontrer chaque personne individuellement (même si on a eu plein de discussions géniales qui resteront gravées dans nos mémoires).

On essaye donc de prendre le temps juste avant le shooting pour se présenter, expliquer le projet et apprendre à mieux connaître la personne.

Les réactions au compte Instagram Le Sens du Poil

On reçoit beaucoup de remerciements, c’est dingue. On s’attendait à beaucoup plus de haters, mais on ne reçoit quasi que des réactions positives !

On se sent pousser des ailes. On comprend que ce projet était une évidence, voire nécessaire pour certaines.

On commence à sentir de l’entraide dans notre communauté, nos followers se répondent dans les commentaires, se conseillent, etc. On aime beaucoup voir ça !

Ça nous donne la motivation et l’énergie nécessaires pour bosser comme des tarées, même pendant nos vacances.

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[3/3] Cela fait plus ou moins 1 an que j’ai arrêté de m’épiler, mis à part les jambes de temps en temps car j’ai beaucoup de mal à m’habituer à leur présence, contrairement à mes poils d’aisselles. Je pense que ce sont certaines rencontres qui m’ont permis petit à petit de changer mon regard sur la pilosité des femmes en général. De voir des femmes danser en petite robe, bouger leur corps avec grâce et aisance, tout en affichant leurs poils, j’ai trouvé ça tellement beau ! Je me suis rendue compte que la beauté n’était PAS une question de poils ou pas poils, de poids, de couleur de peau, ou que sais-je, tout ce qui rend une personne singulière finalement. La beauté est la manière dont on va rayonner quelque chose de notre intériorité. Puis la vision du « Beau » est quelque chose de tellement malléable et influençable ! Pourquoi d’une année à l’autre peut-on trouver trop « fashion » de porter des lunettes rondes et trois ans après, trouver ça trop ringard ? Je me suis dit que j’étais donc capable d’influencer moi-même mon regard par rapport aux poils en général. Puis puisque la nature en a mis sur mon corps, j’ai décidé de les aimer, mes petits poils 😊 . . . #lesensdupoil #poils #onveutduvrai #januhairy #bodyhair #féminisme #feminism #émancipation #empowerment #girlpower #moncorpsmonchoix #bodypositive #allwomenarebeautiful #futureisfemale #thefutureisfeminist #antisexismacademy #maipoils #toutesensemble #bruxelles

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Ce qui est drôle aussi, c’est qu’on ne s’attendait pas à un engouement si rapide de la part de nos followers… ni de la part des médias ! On a lancé le compte Instagram fin mai et les interviews et articles arrivaient déjà en juin.

Du coup, on finissait par plus se concentrer sur les questions des journalistes et l’avancée de notre compte qu’à étudier pour nos examens de juin… C’était très marrant.

(Mais heureusement on a quand même réussi notre année !)

Plus de poils sur Instagram, et Internet en général

C’est une bonne chose, forcément ! C’est important que la parole se libère que les représentations changent.

Non, les femmes* ne sont pas imberbes, certaines veulent garder leur pilosité, pour x ou y raisons. Et on se doit de montrer ça, d’être représentatifs, inclusives.

Cependant, même si ce contenu est déjà bien présent sur Instagram, ce qui est génial, plusieurs personnes disent être contentes de voir d’autres types de poils.

C’est-à-dire les poils « invisibles » aux yeux des médias, ceux encore moins représentés : les poils aux tétons, les poils du dos, le duvet au-dessus de la bouche, etc.

Quel avenir pour Le Sens du Poil ?

Il y aura un évènement à Bruxelles fin octobre qui diffusera notamment notre web-série et qui exposera nos photos mais on préfère garder une petite part de surprise pour le moment.

On prévoit de toute façon de faire encore des shootings pour pouvoir publier une personne par semaine jusqu’en juin.

Après juin, nous serons toutes diplômées et on prendra probablement des chemins de vie différents, c’est donc assez difficile pour l’instant de savoir très précisément l’avenir de notre grand projet…

Ce qui est sûr, c’est qu’on l’aime énormément et qu’on n’a pas envie de l’abandonner !

Merci à Sophia, Alice, Margot, Charlotte et Laure pour leur temps ! Rendez-vous sur @lesensdupoil pour ne rien rater de leurs aventures.

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Mymy

Mymy

Mymy est la rédactrice en chef de madmoiZelle et gère la rubrique masculinité (dont fait partie son podcast, The Boys Club). Elle est aussi dans la Brigade du Kif du super podcast Laisse-Moi Kiffer. Elle aime : avoir des opinions, les gens respectueux, et les spätzle.

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