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Féminisme

Comment l’autodéfense féministe a changé ma vie

J’ai peur des hommes. À 24 ans, je découvre l’autodéfense féministe : un moyen de me défendre émotionnellement, verbalement et physiquement contre les violences sexistes et sexuelles. En quelques heures, cette pratique transforme ma terreur en puissance.

Personne ne m’a jamais appris à me défendre. Je pense qu’un homme est forcément plus grand, plus fort que moi. S’il m’agresse, je ne pourrai rien faire. Je resterai pétrifiée. Il me violera et m’assassinera tranquillement. 

Ça, c’est ce que j’ai appris dans mon enfance. Dans les films, dans les livres, dans les conversations entre femmes. Ma grand-mère maternelle a peur de tout. Elle s’enferme à double tour chez elle. Ma mère me conseille de trouver un copain, « pour me défendre ». Dois-je attendre un homme pour me protéger des autres ? Et si c’est lui, l’agresseur ?

En 2018, je subis une tentative de viol dans les toilettes d’une bibliothèque parisienne, en pleine journée. Je me défends physiquement, je crie dans ses oreilles et j’échappe à l’agresseur. Pourtant, je me sens traumatisée après l’événement. Pendant un instant, avant de réagir, je suis restée pétrifiée. 

La sidération psychique est une réaction normale en cas d’agression. Beaucoup de victimes culpabilisent de n’avoir pas bougé, de n’avoir pas crié… Mais comment nous défendre dans une société qui nous apprend que nous sommes des victimes par défaut, trop faibles pour échapper aux violeurs, quels qu’il soient ?

La technique des “trois phrases”

Après la tentative de viol, je décide de prendre en charge ma sécurité. Je m’inscris à un premier atelier d’autodéfense, à prix libre, lors d’un festival queer et féministe, en banlieue parisienne. Le thème de l’atelier : autodéfense verbale. J’apprends la technique des « trois phrases », dérivée de la communication non violente : décrire ce que j’observe, décrire ce que je ressens et décrire ce que je veux. Au besoin, je répète les deuxième et troisième phrases jusqu’à obtention d’un accord avec l’agresseur, tel un « disque rayé ».

Quelques mois plus tard, je subis du harcèlement sexuel de la part d’un collègue au travail. J’utilise cette technique pour me défendre et obtenir la fin du harcèlement. Elle fonctionne. Mais je me sens coupable après l’avoir utilisée : je me trouve agressive… Au travail, l’ambiance se détériore et j’alerte la direction sur le harcèlement dont j’ai souffert. Mes supérieurs protègent mon collègue, en CDI. Mon contrat à durée déterminée n’est jamais renouvelé.

Bien décidée à me relever, je commence une psychothérapie et je m’inscris à un « stage de base » d’autodéfense féministe, organisé par l’association Loreleï à Paris, sur deux jours. Je fais partie d’un groupe d’une dizaine de personnes très différentes, réunies pour un week-end en mixité choisie (sans homme cisgenre) avec une formatrice professionnelle.

Avec elle, nous apprenons l’autodéfense émotionnelle (exercices de méditation et de visualisation), l’autodéfense verbale (technique des “trois phrases” et bien d’autres) et l’autodéfense physique (mettre KO un agresseur par de multiples moyens).

Comment tourner un pénis

Cette dernière partie est la plus spectaculaire, mais les deux premières sont fondamentales pour prendre confiance en soi. Ce sont elles que j’utilise au quotidien. Heureusement, je n’ai jamais cassé un genou, tourné un pénis ou échappé à un étranglement depuis ma formation initiale en 2018. Mais je sais le faire. Et ça change tout.

Quand je sors dans la rue après le « stage de base », je n’ai plus peur des hommes que je croise (ni de personne d’autre). Je me sens confiante et puissante. Aussitôt, le harcèlement de rue diminue. Les gens me laissent tranquille. Dans l’intimité, je me fais aussi respecter. Quand mes parents me critiquent sans raison, je les remets à leur place. Quand un partenaire sexuel ne m’écoute pas, je le mets dehors.

Quelques mois après ce stage fondateur, je participe à un autre stage animé par la formatrice de l’association Loreleï, cette fois dédié à l’autodéfense en autostop. Depuis quelque temps, je pratique le stop lors de mes voyages et beaucoup de gens m’alertent sur les dangers de ce mode de transport. Le temps d’une journée, j’apprends avec d’autres autostoppeur·ses à me défendre en cas de conducteur·ice violent·e, à arrêter une voiture en marche, à me servir de mon corps dans un petit habitacle. 

Dès lors, je voyage beaucoup plus sereinement et j’utilise l’autostop régulièrement. Je me lance dans un tour de France à pied, le Survivor Tour. Je dors seule sous ma tente, dans la forêt, toutes les nuits. Je ne crains plus d’être violée ou agressée. Si un « grand méchant loup » se pointe, je saurai le dissuader de m’atteindre, en discutant ou en le mettant KO… Peu importe mon genre ou ma taille. Maintenant, j’arrive à embrouiller les rares hommes qui me harcèlent dans la rue.

La peur change de camp

J’utilise aussi fréquemment la technique de la fuite, utilisée depuis la nuit des temps, par tout le monde. Oui, c’est une stratégie d’autodéfense très intelligente, dans de nombreux cas. D’ailleurs, l’autodéfense féministe, à la différence de nombreuses méthodes de combat comme le krav maga (entre autres), s’adresse à tous les publics.

De nombreuses associations en France et ailleurs proposent des stages ou des ateliers plus courts pour les personnes handicapées, pour les enfants, pour les personnes âgées, pour les personnes LGBTQIA+… En fin d’article, vous trouverez des ressources pour vous former, si vous le souhaitez, dans la ville la plus proche. Les tarifs des stages s’adaptent le plus souvent aux moyens des personnes qui y participent.

Il existe aussi des ouvrages formateurs, comme le formidable Non c’est non, guide écrit par la spécialiste Irene Zeilinger en 2018. Personnellement, je prends le temps de revoir les bases tous les trois ou quatre ans, à l’occasion d’un nouveau « stage de base », proposé par une association féministe. Car je pratique peu l’autodéfense physique au quotidien, et ça s’oublie vite !

Imaginez un peu un monde dans lequel personne ne craindrait autrui, quel que soit son genre, sa corpulence ou son état de santé ? Si la peur change de camp, les agresseurs nous laisseront tranquilles, pour sûr.

Ressources utiles

Associations : 

Livres : 

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Les Commentaires

1
Avatar de isis_le_milan
18 avril 2024 à 11h04
isis_le_milan
merci pour cet article très intéressant
mais un commentaire de l'auteur me pose un soucis :
D’ailleurs, l’autodéfense féministe, à la différence de nombreuses méthodes de combat comme le krav maga (entre autres), s’adresse à tous les publics.
j'aimerais beaucoup savoir sur quelles bases elle s’appuie pour indiquer ce genre de chose.

car je fais du krav maga depuis quelques années et avant je faisais du ju jitsu et je peux dire que j'ai appris plus de choses en terme d'auto défense aussi bien en action physique qu'en gestion d'environnement avec le krav qu'avec le ju jitsu.
j'ai conscience que ma fédération met beaucoup l'accent sur le self defense et que j'ai excellent instructeur qui nous donne toujours des exemples concrets mais je trouve cette phrase très réductrice.
Mon avis personnel est que quelque soit le sport de combat que tu pratiques ce qui est important c est la façon dont on te l'enseigne, si on te l'enseigne a but purement compétitif ça sera forcément difficile de le transposer dans la rue si on te l'enseigne à but défensif là il gagnera en efficacité.
après je suis d'accord qu'il n'y a pas tout le côté défense verbale et émotionnelle qui peut être très utile mais partir du principe que parce qu'un sport est dit violent (et oui le krav maga l'est),il est forcément inadapté aux différents publics moi je dis : tout dépend du professeur. il faut trouver celui qui vous convient en terme de méthode et d'intensité
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