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J’ai testé pour vous… faire de l’autostop en solitaire

Faire du stop, une pratique risquée, obsolète, inconsidérée ? Eh bien non ! Voici le témoignage d’une jeune femme ayant 6000km de pouce levé à son actif.

— Publié le 30 novembre 2013

Du plus loin que je m’en souvienne, les voyageurs vagabonds que je regardais faire du stop par la vitre arrière de la voiture de mes parents m’ont toujours fascinée. Mon père, philantrope, s’arrêtait souvent pour eux, et impressionnée, je les regardais vivre un instant, animée par l’intime désir de faire partie un jour de cette grande tribu.

Faire du stop stop à plusieurs…

stop

J’ai commencé à faire du stop comme beaucoup d’autres : quelques dizaines de bornes avec un copain pour rentrer de la plage. Et de rencontres en rencontres, j’ai croisé le chemin d’un routard avec qui j’ai traversé une première fois la France du Sud au Centre, de lacs en lacs, et avec qui nous sommes partis faire un tour de l’Europe Centrale un été.

Beaucoup d’autres voyages ont suivi : en couple, avec les copains, pour les vacances, pour un week-end… J’ai fait de l’autostop comme pas mal de jeunes en font, avec un esprit d’aventure et de liberté en tête. Mais ce n’est pas exactement le sujet de cet article.

Faire du stop en solitaire

Je voudrais vous parler des trajets que j’ai fait en stop seule, en tant que jeune femme de 20 ans.

Je me souviens très bien de mes premières discussions sur le sujet avec un ami qui faisait pas mal de trajets, et dont la soeur « stoppe » aussi. Il me disait que je pourrais, moi aussi, traverser la France seule en stop, sans problème, et je lui rétorquais qu’il disait ça uniquement parce qu’il n’est pas une fille, qu’il ne peut pas savoir ce que ça fait, lui, d’être regardée comme un bout de viande, alors en plus à tendre le pouce, sur le bord de la route, à la merci des psychopathes, très peu pour moi ! Je souris en y repensant, maintenant…

stop2

Il m’a aussi fait prendre conscience que faire du stop, pour les garçons, comporte aussi des risques (bagarre, vol, agression…), même s’ils sont différents. Et que oui, faire du stop, c’est accepter un certain niveau de risque, exactement comme fumer, conduire, boire régulièrement, ouvrir son coeur à quelqu’un… Comme la vie, quoi !

Faire du stop sur 6000km… et ne pas avoir une égratignure

On va commencer par les bonnes nouvelles : c’est un peu dur à estimer, ne me souvenant plus de tous les trajets, mais je pense avoir fait dans les 6000 kilomètres en stop, seule, depuis un an et demi, en France en Belgique. Et il ne m’est rien arrivé : pas de vol, pas d’agression, ni même de drague relou.

En fait si, il m’est arrivé plein de trucs ! J’ai rencontré des gens qui viennent de milieux que je ne fréquente pas, que je n’aurais jamais rencontrés autrement, avec qui j’ai eu des discussions enrichissantes, des gens qui continuent à m’inspirer, d’autres avec qui j’ai rudement débattu, d’autres autostoppeurs venus d’un peu partout… Mais pas un seul problème en 6000 kilomètres, en dix-huit mois.

stop3

À chaque fois que je finis un trajet que je fais en stop, à chaque fois que je descends d’une voiture, ma foi en l’humanité est renforcée. Oui, je peux faire du stop en tant que jeune femme, être respectée pour ce choix, et pas vue comme une pauvre chose faible sur le bord de la route.

Les gens qui me prennent en stop me considèrent comme une personne qu’ils aident le temps d’un trajet, en échange d’une conversation partagée, souvent comme une égale malgré l’apparente subordination que pourraient induire l’autostop et mon jeune âge.

Le risque du viol ? Il est partout, pas qu’en faisant du stop

Mais comme je l’ai dit, faire du stop c’est accepter un certain niveau de risque. Pour l’avoir pratiqué, je juge ce niveau de risque faible, comparé à l’opinion générale qui l’imagine souvent très élevé. Et soyons clair-e-s, le risque auquel on pense tou-te-s, c’est l’agression physique et le viol…

Oui, en faisant du stop seule, je « risque » d’être violée par un conducteur. Oui, ça peut choquer. La société intègre difficilement qu’on puisse accepter ce risque, tant le tabou autour du viol reste encore important.

Un viol est un crime ignoble, terrible, extrêmement grave. Je ne cherche en aucun cas à minimiser l’impact qu’il peut avoir sur la vie d’une victime, ni à être irrespectueuse envers la souffrance qui en découle. Ce que je voudrais dire, c’est que je pense que ce risque fait partie de notre vie quoi qu’on en fasse.

viol

En France, une femme sur 10 a été violée ou le sera au cours de sa vie. Aux États-Unis, une femme sur quatre dit avoir été victime d’agression sexuelle durant ses années d’études. Dans 80% des cas, l’agresseur est connu de la victime, ce qui démonte en partie le cliché de l’autostoppeuse qui va se faire agresser par un psychopathe (au passage, selon Amnesty international (2007), 90% des violeurs ne présentent aucune pathologie mentale).

Si je dois faire avec en attendant que les choses changent, et en faisant ce que je peux pour que ce changement arrive vite, je refuse de me priver de réaliser mes rêves de voyage comme je l’entends.

Faire du stop quand on est une femme  : le monde nous appartiennent aussi !

Je ne veux pas attendre qu’on m’apporte la sécurité, je veux la conquérir un peu plus à chaque fois. En étant à chaque trajet plus assurée (je crois profondément que les choses fonctionnent par attraction : avoir peur attire le danger, être sure de soi l’écarte quelque peu), et en essayant de faire changer les regards sur les gens qui font du stop en général (dont les conducteurs se méfient souvent), sur les autostoppeuSES en particulier.

J’en discute avec les conducteurs sceptiques (combien de fois ai-je entendu « Si j’étais ton père, je ne te laisserai jamais faire ça ! » : ah bon, et si j’étais ton fils ?), et en montrant que les femmes qui font du stop existent, qu’on a ce droit, et qu’on le prend. Je crois que si nous sommes de plus en plus visibles, que les conducteurs s’habituent à notre présence, qu’elle se banalise, les regards sur cette pratique changeront, et on assènera moins aux filles dans chaque guide de voyage: « Une femme ne devrait jamais faire de l’autostop toute seule ».

Au-delà du droit à faire de l’autostop en tant que femme seule, c’est le droit à voyager « à la vagabonde » que je revendique.

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Il y a encore beaucoup de choses que je m’interdis de faire quand je voyage seule, alors que je les adore : faire du stop dans un pays dont je ne parle pas la langue, arriver dans une ville sans savoir où je dors le soir… Toutes ces choses me paraissent être des barrières infranchissables, des limites sacrées gardiennes de mon intégrité physique.

Alors j’essaie à chaque fois de me rappeler à quel point me paraissait impensable l’idée de faire du stop seule il y a encore trois ans, et je souris. C’est un long chemin vers mes grands rêves sur lequel j’avance à mon rythme, et je veux croire que ce chemin est accessible à toutes celles qui souhaiteraient l’emprunter !

Pour les autostoppeuses confirmées ou débutantes :

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Les Commentaires
26

Avatar de Soomaya
28 janvier 2018 à 15h11
Soomaya
Étant une auto-stoppeuse de longue date (quelques fois seules, souvent avec une copine fille ou mon mec) je trouve aussi que l'article est assez léger niveau sécurité...
Je n'ai jamais eu de très mauvaise expérience personnellement (à part des gens qui conduisent mal, vite, bourré ou carrément des dealers une fois qui n'allait nul part et qui nous avaient amenés spécialement à l'endroit où on voulait aller après avoir fait demi tour pour nous emmener... Quand on y repense avec ma copine on se dit qu'on a probablement servît de couverture pour que la voiture est l'air plus banale).
Mais j'ai déjà eu des amies qui ont eu des propositions douteuses, du genre un mec qui avait dit à une copine "tu me fais une fellation où je te laisse là" et qui l'avait déposé en pleine campagne.
Une personne m'ayant pris en stop m'avait également raconté avoir été menacée au couteau par un auto-stoppeur.

Pour garantir au mieux ma sécurité j'évite de faire du stop de nuit, avant de monter dans une voiture je prends (ou fait semblant de prendre ) en photo la plaque d'immatriculation si la personne à l'air pas nette, je ne met pas de panneau et demande d'abord à la personne où elle va pour pouvoir décliner poliement si je la sens pas. Et une fois dans la voiture je cale assez rapidement qu'on m'attends quelque part
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