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Voyages

« J’ai ressenti un immense sentiment de liberté » : elles ont traversé l’Atlantique à la voile

Pour beaucoup, traverser l’Atlantique en bateau restera à jamais du domaine du rêve. Mais Marie, Thaïs et Anouk l’ont fait. Du Cap Vert aux Antilles et des Sables d’Olonne à la Guadeloupe, elles reviennent chacune sur leur « transat », entre galères, ennui et moments magiques.

« Ça me donnait parfois l’impression d’un jeu vidéo géant » : Marie sur un catamaran de luxe

Après ma toute première sortie sur un voilier il y a quelques mois, j’ai développé ce rêve de traverser l’Atlantique à la voile. J’en ai parlé à Léo, un proche qui aspire à devenir marin et il m’a proposé de le rejoindre pour une première traversée des Canaries au Cap Vert, un archipel au large du Sénégal, sur un bateau d’amis. Là-bas, on est restés bloqués trois semaines le temps de trouver un autre voilier qui accepterait de nous embarquer pour la transat.

On a appris qu’un bateau nous acceptait à bord le matin de son départ. Ça a été très soudain : on a juste eu le temps de récupérer nos affaires à l’hôtel, d’envoyer un SMS groupé à nos proches et on a pris le large.

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Nous avons donc embarqué sur un catamaran ÉNORME et extrêmement luxueux avec un étage principal qui comporte un grand espace à vivre cuisine/salle à manger avec un frigo américain qui fait des glaçons, et un autre en dessous avec les six cabines, chacune avec une salle de bain et toilettes privées. Enfin, il y avait un troisième étage au-dessus avec le cockpit, la barre et des banquettes. 

Ce bateau avait été commandé en France pour être livré à un client à Miami, mais l’idée de notre côté était de rester uniquement jusqu’à la prochaine escale, de l’autre côté de l’Atlantique, à Saint-Martin

À bord, nous étions sept : le capitaine, trois coéquipiers qui étaient partis de France, un autre équipier rencontré au Cap Vert, Léo et moi. C’était pratique car nous avons ainsi pu faire des petits quarts de deux heures. Il n’y avait pas grand chose à faire pendant ces quarts, car le bateau se naviguait pour ainsi dire tout seul grâce à ses équipements, et mis à part parfois changer légèrement le cap quand le vent changeait trop, je ne faisais pas grand chose. Perso, ça m’a un peu frustrée. Ça me donnait parfois l’impression d’un jeu vidéo géant. 

La vie en communauté et en vase clos a des bons et des mauvais côtés : même si j’ai rencontré des gens formidables, qu’on a passé de super moments ensemble, il faut que chacun réussisse à gérer ses humeurs, évidemment inégales sur une telle durée (un peu plus de deux semaines pour nous). J’ai découvert au fil des jours qu’il y avait déjà des mésententes au sein de l’équipage avant qu’on arrive…  

J’ai parfois eu du mal à trouver ma place, d’autant plus que j’ai découvert après notre départ que le capitaine avait des problèmes avec l’alcool, ce qui a développé chez moi un sentiment d’insécurité. Au-delà de ça, il était un peu macho et faisait régulièrement des réflexions misogynes soit disant sous forme de blague. C’était difficile car comme il est capitaine et qu’il y avait une certaine hiérarchie. Et comme on était coincés avec lui, j’ai vraiment beaucoup pris sur moi alors que d’habitude, je n’ai pas peur d’ouvrir ma bouche. 

« J’ai aussi senti un immense sentiment de liberté à regarder l’horizon sans rien faire des jours durant. » 

Marie

Heureusement, tout cela était compensé par des moments magiques, comme quand je me suis réveillée d’une sieste en apercevant par le hublot des dauphins jouer avec le cata. Ou bien la fois où on a rencontré un très, très gros poisson qu’on n’a pas pu identifier (était-ce un mammifère ?). La bête a tourné plusieurs fois autour du bateau, puis elle est repartie. Le capitaine a eu un peu peur que ce soit une orque car elles sont connues pour « interagir » et parfois couler certains bateaux.

Pour moi, c’est le genre de rappel qui montre que nous ne sommes que peu de choses face à l’immensité du monde. C’est ce que je cherchais dans ce voyage. J’ai aussi senti un immense sentiment de liberté à regarder l’horizon sans rien faire des jours durant. 

La transat était pour moi un rêve, mais c’est vrai qu’une fois arrivée, j’avais juste envie de passer du temps seule, isolée. Initialement, on s’était dit avec Léo qu’on continuerait à faire du bateau-stop jusqu’à la Martinique, mais j’ai décidé d’écourter là mon voyage, de remettre un pull et de rentrer en métropole. Je me suis écoutée, quoi ! 

À lire aussi : Entre red flags et concurrence féroce, pas simple de trouver un voilier pour traverser l’Atlantique

« C’était comme une sorte de méditation de 2 semaines » : Thaïs le Cam a traversé l’Atlantique en solitaire sur un bateau de 6 mètres 

Bercée par la course au large, j’ai toujours été attirée par la voile, la mer et la compétition.  C’est en 2015 que je commence à m’intéresser à la Mini Transat, une course transatlantique en solitaire et sans assistance à bord de voiliers de 6,50 mètre, mais les conditions ne sont pas réunies et je me dit alors que je réaliserai ce projet plus tard. 

Finalement, c’est sept ans plus tard que je monte le projet qui m’a amené à faire la Mini Transat cette année. C’est un projet collectif avec Julien Letissier et Valentin Noël pour construire deux voiliers sur mesure (des « protos ») qui concourent tous deux à la Mini. L’architecte est choisi, le projet est lancé et le bateau est mis à l’eau début juillet. 

Après ça s’enchaînent des courses, des qualifications et je peux enfin prendre le départ de la Mini Transat le 24 septembre 2023 des Sables d’Olonne. La première étape s’arrête à Santa Cruz de La Palma, aux Canaries. 

Le départ a été compliqué pour moi, car j’ai eu une collision avec un autre bateau 15 minutes avant le départ. Ça ne m’a pas mis dans les meilleurs conditions, j’appuyais sur la pédale de frein pendant les premières 48 heures, de peur qu’il y ait un risque structurel sur mon voilier, puis j’ai repris ma route. Puis j’ai eu de la casse au niveau du Cap Finistère… À l’arrivée de cette première étape, j’étais contente d’arriver mais très déçue sportivement. 

Suite à la première étape, j’avais les crocs sur le départ de la deuxième, la transat direction la Guadeloupe. J’étais beaucoup moins stressée, il faut dire qu’il n’y avait presque pas de vent au départ. Avant de partir, deux options radicales se dessinaient : partir chercher du vent au nord ou au sud. 

J’ai décidé de partir au nord pour aller chercher un système météo, du vent, qui…n’existait pas. Ce moment était très stressant, mais j’ai globalement suivi mon instinct. 

« J’avais tout le temps peur de tout casser. »

Thaïs le Cam

J’avais pris un bon départ, mais j’ai été très malade pendant les quatre premiers jours de course avec de la fièvre, des vomissements. Je ne savais pas ce que j’avais, si c’était l’eau à bord ou une maladie que j’avais chopé juste avant le départ. Heureusement j’ai commencé à aller mieux quand le vent est rentré.

Comme c’était une course, le plus dur était de trouver le bon compromis entre vitesse et préservation du bateau, car plus on va vite, plus on risque de l’endommager. J’avais tout le temps peur de tout casser. La course au large est réputée pour ses lois de Murphy : quand on commence à casser, c’est l’effet boule de neige. Dans mon cas, j’ai perdu mon hydrogénérateur et un mât de panneau solaire dans la foulée, deux outils qui me permettent de générer de l’énergie à bord. Je savais donc que j’allais devoir me concentrer sur la gestion de l’énergie à bord. 

La chaleur était aussi très dure à supporter, avec pas de possibilité de se mettre à l’ombre de 10 heures à 15 heures, et le soleil brûle. Dans le bateau, il faisait plus de 40°C sans air qui circule.

Après, même si c’est dur, une fois qu’on est parti, on est parti ! Donc on se rappelle l’objectif que l’on a : arriver. Et puis, j’ai adoré me retrouver seule, c’était comme une sorte de méditation de deux semaines. Un grand sentiment de liberté, où on doit rester humble face à Dame Nature.

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D’ailleurs, l’arrivée était magique. Je suis arrivée à 23 heures (heure locale) le samedi soir à Saint-François, en Guadeloupe. Il y avait un monde incroyable pour m’accueillir. J’avais un grand sentiment de fierté et j’étais tellement heureuse de retrouver mes proches, mes amis, ma famille, surtout ma sœur. Julien Letissier, avec qui j’ai monté ce projet, a fait une superbe quatrième place sur l’étape, et j’étais très émue de le serrer dans mes bras sur le ponton. De mon côté, je suis arrivée sixième sur la seconde étape. On a accompli une belle performance pour l’écurie Frérots Sailing qu’on a monté ensemble.

Vous pouvez suivre les aventures de Thaïs le Cam sur son compte Instagram

« Les traversées de plus de trois jours, ce n’est finalement pas trop trop mon truc » : Anouk a traversé l’Atlantique en couple  

Lors de premier stage de voile il y a cinq ans, je m’étais dit que j’adorerais traverser l’Atlantique. Je voyais ça comme une incroyable performance en accord avec des valeurs écolo. Aujourd’hui, je voyage en voilier depuis neuf mois, dont deux sur VaudOo, le voilier de mon chéri, Alex et force est de constater que les traversées de plus de trois jours, ce n’est finalement pas trop trop mon truc. J’ai un peu tendance à m’ennuyer et à avoir la bougeotte. Mais je rêvais de rejoindre les Caraïbes, et la transat était une étape nécessaire.

Nous avons largué les amarres le 20 janvier à 14 heures au départ du Cap Vert, direction Carriacou, une île au sud des Antilles. Je crois que même si Alex et moi avions du mal à réaliser, nous étions très fébriles. On a eu du mal à hisser la Grand-voile (manœuvre pourtant niveau débutant) et failli casser le hale-bas, l’un des cordages du voilier ! 

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Quand la nuit s’est couchée ce soir-là, nous ne voyions plus aucune lumière des côtes, seulement les étoiles. Nous étions désormais seuls au milieu de l’Atlantique. Pour les quarts, comme on n’est que deux, on fait surtout en fonction de l’état de chacun. En journée, on est tous les deux vigilants et co-responsables de la navigation.

La nuit, on commence un système de quart dès que l’un souhaite aller dormir. Parfois ça commence à 22 heures, parfois à 19 heures ! Si c’est une nuit calme, on fait 3 heures chacun notre tour, si elle est agitée, 2 heures. Sachant que même si ce n’est pas notre quart, on peut être appelé pour aider à une manœuvre ou donner son avis sur une situation… Bref, côté sommeil, on devient rapidement entraîné à faire de belles siestes en journée. 

Les deux premiers jours, le vent soufflait fort et nous filions super vite, on se félicitait en se disant que notre transat serait pliée rapidement, mais en fait pas du tout. Le troisième jour, le vent s’est franchement calmé, et il est devenu très instable, changeant sans cesse de direction.

Comme VaudOo a un pilote automatique fiable, c’est vrai qu’on ne barrait pas beaucoup. Je barrais quand même une ou deux heures par jour pour passer le temps, souvent en écoutant des podcasts. Sinon j’ai énormément lu, j’ai composé des sons, dessiné, fait des pâtisseries… Finalement, j’avais peur de m’ennuyer mais les deux premières semaines se sont passées de manière idyllique.

Il y a quand même eu cette petite frayeur quand après cinq jours de navigation, j’ai développé une cystite. Non traitée, ce genre d’infection peut dégénérer. Mais heureusement, ma médecin m’avait prescrit en prévention de ce genre de situation des antibiotiques que j’ai pu prendre immédiatement. Quand on part longtemps, c’est important d’avoir une pharmacie très complète à bord. 

« J’ai commencé à légèrement paniquer la veille de l’arrivée en pensant aux notifications, messages, mails que j’allais découvrir sur mon portable… »

Anouk

Un truc qui m’a étonné sur cette transat a été la pollution au large. Au beau milieu de l’océan, on a croisé des déchets flottants, et puis on s’est retrouvés dans un nuage de sable (qui a sali tout le bateau), sans parler des journées entourées d’un fog de pollution. On s’imaginait respirer l’air pur au large mais j’ai plusieurs fois eu la gorge irritée…

Quand on est arrivé au quinzième jour, il y a eu une grosse baisse de moral. Le vent, toujours faible, ne soufflait pas dans la direction attendue, et alors qu’avant de partir on pensait faire la transat en 16-17 jours, là on s’est bien rendu compte qu’il fallait encore faire au moins une semaine de navigation supplémentaire. On était très fatigués, frustrés, l’un sur l’autre, avec quasiment aucun contact avec l’extérieur (on pouvait quand même envoyer des SMS à nos proches via le téléphone satellitaire). C’était parfois difficile de gérer les humeurs, mais on n’avait pas vraiment le choix non plus, fallait bien continuer ! 

Ironiquement, j’ai commencé à légèrement paniquer la veille de l’arrivée en pensant aux notifications, messages, mails que j’allais découvrir sur mon portable…

Finalement nous sommes arrivés après 22 jours de navigation. C’était un peu bizarre de retrouver la civilisation et j’avais du mal à marcher normalement. Après 3 semaines à devoir compenser la houle à chacun de mes déplacements, ma démarche était super lourde.

Aujourd’hui, le plan est de profiter des Antilles quelque temps. Et pour la suite ? Je ne sais pas trop, mais c’est vrai que je rêve d’atteindre un jour les îles du Pacifique, et c’est quasiment deux fois plus long qu’une transatlantique…

Pour regarder la vidéo qu’on a faite pendant cette transat :

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