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Féminisme

Pourquoi je pars faire le tour de France à pied contre les violences sexistes

Aventurière et journaliste féministe, Marie Albert a entrepris depuis trois ans un tour de France à pied appelé le « Survivor Tour ». Ce 1er juillet, elle entame pour trois mois sa traversée des Pyrénées en solitaire pour se réapproprier l’espace public et lutter contre les violences sexistes.

Les gens me trouvent « courageuse » mais je n’en mène pas large. Depuis des semaines, j’ai une boule dans la gorge et mon cou est bloqué. Je me sens terrorisée par ce nouveau départ. Je m’apprête à traverser les Pyrénées en solitaire. Je vais marcher et dormir sous la tente pendant trois mois. Les autres me mettent en garde contre les « ours » et les « agresseurs » mais j’ai juste peur du dénivelé. Je n’ai encore jamais randonné en haute montagne. Et si je me prends des orages et de la pluie pendant des jours ? Mon petit poncho n’y résistera pas. J’ai déjà souffert du froid en expédition et ça m’a traumatisée.

J’ai déjà marché 3 000 kilomètres

Mon tour de France à pied a commencé il y a trois ans. Après un chemin de Compostelle parcouru en solitaire, j’ai eu la brillante idée de longer les côtes et les frontières françaises. Je suis partie de Dunkerque (Nord) le 1er juillet 2020, pour une première étape de trois mois qui s’est achevée à Lannion (Côtes-d’Armor) après 1 500 kilomètres. J’ai donné à ce voyage un sens politique en l’appelant « Survivor Tour », en français « Tour de France d’une survivante ». Car j’ai survécu à de multiples agressions sexuelles pendant ma courte vie et je me définis aujourd’hui comme féministe.

Âgée de 29 ans, basée à Cherbourg (Manche), je suis une aventurière, journaliste et autrice féministe. Entre 2016 et 2019, j’ai marché seule de Paris à Compostelle et dédié les derniers 700 kilomètres aux victimes de féminicides, ces femmes tuées en raison de leur genre. En 2019 aussi, j’ai fait le tour du globe sur un cargo et publié un livre féministe à ce sujet qui s’appelle La Puissance. Avec mon Survivor Tour actuel, j’entends lutter contre toutes les violences sexistes et sexuelles.

Je dis que je me réapproprie l’espace public car je marche pendant des mois sans protecteur masculin. Chaque soir ou presque, je dors seule sous ma tente, malgré les avertissements des personnes que je croise, qui craignent que je sois « violée et assassinée » dans les bois. Le mythe du petit chaperon rouge et du grand méchant loup a de beaux jours devant lui. Je n’affirme pas que je suis en parfaite sécurité sur les chemins de randonnée car il existe des agresseurs partout, en ville comme à la campagne. Mais je ne crains rien la nuit car personne ne compte s’aventurer dans une forêt sombre à ma recherche. Je déclare à qui veut l’entendre que ma sécurité est davantage menacée à mon domicile avec un potentiel conjoint violent qu’au fond des bois.

Depuis le début du Survivor Tour en 2020, j’ai marché un total de 3 000 kilomètres entre Dunkerque et Hendaye (Pyrénées-Atlantiques). J’ai rencontré des centaines de personnes, dormi chez des inconnu·es et longé toute la côte atlantique. J’ai affronté un homme exhibitionniste qui s’est masturbé devant moi sur le bord d’une route, un randonneur harceleur contre qui j’ai dû porter plainte pour me débarrasser et des personnes sexistes qui m’ont donné des conseils non sollicités. 

Depuis le début de l’aventure, j’utilise l’autodéfense féministe (émotionnelle, verbale et physique) enseignée par des formatrices professionnelles à Paris pour survivre. Je pratique la fuite en cas d’agression, je dis « non » aux propositions gênantes et je visualise d’autres ripostes dans ma tête. En conséquence, je n’ai plus peur des bruits suspects, fréquents la nuit dans la forêt. Je dors sur mes deux oreilles, dix heures de suite. 

Une traversée de 3 mois, de Hendaye à Montpellier

Cet été, je vais traverser les Pyrénées pour la troisième étape du Survivor Tour. Je compte marcher du 1er juillet au 30 septembre 2023. J’espère parcourir 1 500 kilomètres de plus, dont 922 kilomètres sur le sentier de grande randonnée GR10. Je vise la Méditerranée et même Montpellier pour la fin de cette étape. Je vais raconter toutes mes aventures sur les réseaux sociaux. Je vais témoigner oralement des événements marquants et des potentielles violences subies dans mon podcast Sologamie. Casquette « FEMINIST » sur la tête et tatouage « NON » dans le cou, je compte user de mes bâtons de randonnée pour survivre aux vertigineuses montées et descentes.

Dans quelques années peut-être, je viendrai à bout des 10 000 kilomètres du tour de France à pied. Malgré mon stress actuel, j’apprécie la randonnée solitaire car elle me donne confiance en mon corps. Je me prends pour une athlète de haut niveau. Mes jambes sont musclées car je marche environ 20 kilomètres par jour. Je fais un jour de pause après trois jours de marche. Je me repose dans les campings que je trouve sur mon chemin.

Après des mois d’effort, j’acquiers une endurance à toute épreuve. Je n’avance pas très vite mais j’évite l’épuisement et la blessure. Cette lenteur est un luxe qui me permet d’apprécier mon environnement. Je trouve la nature si belle en été. Tous les jours, je fais des rencontres et je distille un peu de mon féminisme aux personnes croisées sur le chemin. Je me sens forte et fière en tant que femme, en tant que victime de violences sexistes, en tant qu’aventurière. Bref, j’espère chasser ma boule dans la gorge et mon vilain torticolis en survivant à cette troisième étape du Survivor Tour. C’est parti !

Où suivre le Survivor Tour ?

En attendant le prochain épisode du carnet de route de Marie Albert, vous pouvez la suivre sur son compte Instagram, où elle documente son Survivor Tour.

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