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Amour

Les lassées de l’hétérosexualité témoignent : « Les relations avec les hommes se ressemblent toutes »

01 oct 2021 36

Elles ont entre vingt et cinquante ans, ne viennent pas de la même ville ni du même milieu, mais ont une chose en commun : elles ne se reconnaissent plus dans le couple hétérosexuel classique qui, selon elles, rime avec domination. Rencontre avec ces femmes qui ont envie d’autre chose. 

Si le couple hétérosexuel est pendant un temps resté un point d’ombre des théories féministes les plus en vue, le sujet est désormais au centre de toutes les attentions. En témoignent le succès du podcast Le Cœur sur la table par la journaliste Victoire Tuaillon ou le lancement spectaculaire du dernier essai de l’essayiste Mona Chollet, Réinventer l’amour : comment le patriarcat sabote les relations hétérosexuelles.

C’est même à une véritable rentrée littéraire dénonçant les travers de l’hétérosexualité qu’on assiste : l’activiste Juliet Drouar a sorti le 21 septembre Sortir de l’hétérosexualité tandis que la journaliste Lucile Quillet publie le 6 octobre son premier essai Le prix à payer, ce que le couple hétéro coûte aux femmes.

Et au-delà de la théorie, il y a la pratique. Bon nombre de femmes refusent le modèle classique du couple hétérosexuel et sont de plus en plus nombreuses à imposer leurs conditions aux hommes qu’elles fréquentent, à repenser leurs relations ou à privilégier les romances entre femmes. Rencontres.  

Des couples toxiques empreints de domination masculine

La lassitude de la vie de couple, elles sont nombreuses à l’avoir expérimentée et à estimer a posteriori qu’elle recèle plus d’inconvénients que d’avantages. Sylvaine est l’une d’elles.

Après plus de vingt années de mariage, cette bibliothécaire dans le domaine musical a décidé de se séparer de son mari qui, avec le temps, représentait plus une charge qu’un compagnon de route : « à mes amis, je blaguais en disant que j’avais trois enfants : mon fils, ma fille et mon mari ».

La blague prend un goût amer quand la cinquantenaire explique ensuite, d’un ton léger, qu’elle prenait en charge l’ensemble des tâches ménagères de la maison. Par manque de temps, elle avait été contrainte de renoncer à la plupart de ses loisirs — tandis que son mari, lui, ne manquait jamais une soirée avec ses amis, « entre hommes ». 

Pour Sylvaine, qui est restée célibataire pendant plusieurs années après son divorce, retrouver un homme est une chose envisageable, mais à une condition : « j’ai envie d’être indépendante — pour autant, je veux quand même vivre une histoire d’amour » analyse-t-elle. 

L’impression de subir une forme de domination au sein même de son couple, Galina affirme l’avoir ressentie, elle aussi. Du haut de ses vingt-deux ans, cette étudiante en master d’anglais a déjà vécu une relation qu’elle n’hésite plus à qualifier d’abusive :

« J’étais avec un garçon qui insistait toujours pour que l’on ait des relations sexuelles, même quand je n’en avais pas envie. Avec le temps, j’ai réalisé qu’il s’agissait de chantage affectif. » 

Les mots choisis sont faibles : faire pression sur quelqu’un pour qu’il ou elle cède à une relation, c’est une violence sexuelle.

Le violentomètre, un outil féministe pour déceler les éléments toxiques d’une relation.
Le violentomètre, un outil féministe pour déceler les éléments toxiques d’une relation.

Ne plus vivre sous le même toit qu’un homme

Une autre solution, adoptée par certaines femmes, serait de ne plus franchir le pas, important au niveau de l’indépendance, d’habiter avec un homme — « Voir quelqu’un de temps en temps », résume Sylvaine.

Une relation plus épisodique où chacun aurait son espace et permettrait donc d’en finir avec la charge mentale qui échoit toujours aux femmes, tout en partageant les bons moments. 

« J’aime beaucoup l’expression “sortir avec quelqu’un” » abonde Julie, quarante-quatre ans. Pour cette proviseure dans un lycée du Sud-Ouest de la France, avoir une relation qui fonctionne nécessite d’entretenir de sains rapports avec la solitude.

« J’ai souvent observé que les personnes autour de moi étaient plus enclines à accepter des relations dysfonctionnelles pour ne pas se retrouver seules. »

En conséquence, la quinqua ne partage pas son appartement avec l’homme qu’elle fréquente depuis quelques mois :

« Ça n’est pas parfait, mais au moins on se voit seulement lorsque l’on a du temps à accorder à l’autre. Je suis souvent prise par mon travail et donc peu disponible, je n’ai pas envie de faire subir ces moments à quelqu’un avec qui je vivrais. »

« Je ne m’aventure plus dans des relations longues »

Pour d’autres femmes, souvent plus jeunes et nées avec un féminisme plus présent, le couple hétérosexuel représente une impasse. Galina explique :

« Je ne sais pas de quoi demain sera fait et je ne me ferme pas la porte définitivementmais j’ai le sentiment que les relations avec les hommes se ressemblent toutes et je n’ai pas envie de ça pour le moment. »

De l’autre côté de la table, Marie-Léa, vingt-trois ans, hoche la tête. « J’ai remarqué que j’étais toujours attirée par des garçons qui ne sont pas bien dans leur peau et que je finissais toujours par jouer les infirmières », détaille cette diplômée d’une licence en arts du spectacle.

Pour ne plus être confrontée au problème, elle privilégie les relations courtes, plus éphémères, dans lesquelles elle se sent moins obligée de se projeter :

« Ce qui est certain, c’est que je ne m’aventure plus dans des relations longues, qui ne marchent jamais. »

Pour la comédienne féministe Typhaine D, la question s’est posée autrement :

« J’ai longtemps été dans une relation avec un homme, devenue égalitaire parce que je l’ai éduqué au féminisme. Mais je ne souhaite à aucune femme de consacrer autant de temps à l’éducation d’un homme. »

Typhaine D sur Instagram
Typhaine D sur Instagram

À mesure qu’elle s’engage pour les causes féministes, cette militante trentenaire prend conscience de son attirance pour les femmes, qu’elle n’avait jamais envisagée auparavant, « probablement à cause du manque de représentations ». 

« Je pense que tout le monde est plus ou moins bisexuel, que le prisme est plus large qu’une simple binarité entre hétéro et homosexualité. » 

Typhaine se sépare finalement de son compagnon par amour pour une autre femme. Pas par « purisme », précise-t-elle, « il ne s’agit pas de nier mon expérience d’hétérosexuelle ». Mais parce qu’elle a la « chance » d’être bisexuelle, elle fait aujourd’hui le choix de ne plus avoir de relations avec des hommes.

« Par féminisme, je fais maintenant le choix de ne sortir qu’avec des femmes. Évidemment, tout n’est pas parfait, mais les relations sont souvent plus riches qu’avec les hommes — notamment parce que l’investissement émotionnel est partagé. »

Sylvaine, Galina, Marie-Léa, Julie, Typhaine font leur chemin, tout en sachant qu’il n’existe pas de solution clef-en-main pour débarrasser le couple hétérosexuel des mécaniques de domination. Il faudra pour cela le réinventer — ce que beaucoup de femmes font, chacune à sa façon.

À lire aussi : « Les féministes hétéros devraient s’intéresser à l’injonction à l’hétérosexualité »

Crédit photo : Jazmin Quaynor / Unsplash

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Les Commentaires
36

Avatar de All those Pages
9 octobre 2021 à 03h00
All those Pages
Vraiment (...) culpabilité si on la ressent.
C'est vraiment ce que j'ai pensé en voyant certains commentaires et la tristesse face à tant de personnes de l'ombre qui ont liké les comms allant dans ce sens, vraiment
0
Voir les 36 commentaires

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