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Je suis bisexuelle, et j’en ai assez des idées reçues sur la bisexualité

Être bisexuel ou bisexuelle est souvent considéré comme une zone floue, coincée entre hétérosexualité et homosexualité. À l’occasion de la Journée de la bisexualité, ce témoignage montre bien qu’il s’agit d’une orientation sexuelle tout aussi légitime.

— Article publié le 26 juillet 2013

Je tiens tout d’abord à dire que je ne parle que de mon expérience propre et ne généralise en aucun cas mon ressenti à l’ensemble des personnes bisexuelles.

Être bisexuel ou bisexuelle, c’est quoi d’abord ?

Je ne peux pas vous parler de la façon dont les autres vivent ce que certaines mauvaises langues appelleront le fait « d’avoir le cul entre deux chaises ».

Cela dit, comme beaucoup d’hétéros et d’homos me posent régulièrement la question, je me suis dit que ce ne serait peut-être pas une si mauvaise idée que ça de parler de ce que peut signifier le fait d’être bisexuelle quand on a 22 ans.

Selon moi, ça signifie être potentiellement attiré•e par (mais aussi tomber amoureuse de, avoir envie de sauter sur, vouloir se marier avec…) chaque être humain de plus de 18 ans vivant sur la planète (non, je n’ai pas le sens de l’exagération, c’est faux !).

En somme, c’est surtout ne pas avoir de barrière liée au sexe et/ou au genre.

Figurez-vous que ça peut surprendre !

On me dit souvent qu’être bisexuel, c’est être bipolaire, c’est ne pas savoir ce qu’on veut, ne pas savoir choisir, que ce serait même à la limite du dédoublement de personnalité pour certains (rien que ça).

Moi, j’ai toujours vu ça comme des milliers d’opportunités en plus : être bi, c’est justement avoir le choix non pas d’un sexe mais d’une personne, et ce choix est bien plus large pour moi que pour les hétéros et les homos.

Encore une fois, cette remarque est purement subjective, je ne veux froisser personne dans l’assistance !

En général, c’est là qu’on te regarde avec de grands yeux en te disant « Haaaan mais en fait c’est génial d’être bi ! » et bizarrement, c’est la fille hétéro sur laquelle tu as craqué par erreur — ou pas, parce que t’es un peu con et que tu craques toujours sur des meufs hétéros — qui te dit ça.

Si elle veut ouvrir son esprit, c’est quand elle veut !

atomic blonde bisexualite
Atomic Blonde – Universal Pictures International France

Être bisexuelle : comment ça nous tombe dessus, ce truc ?

Précision importante : je me fiche éperdument de savoir si le fait d’être hétéro, bi, gay ou trans, vient du père, de la mère ou du Saint Esprit.

Je pense vraiment que ça nous tombe dessus, peut-être que c’est le destin, peut-être que c’est dans notre ADN, je n’en sais rien, et le débat ne m’intéresse guère parce que personne n’est jamais d’accord et que de toute façon, on ne saura jamais qui a raison ou tort.

Je ne vais donc pas entrer dans le récit — pourtant hautement passionnant — de ma vie mais je peux vous dire que je ne l’avais pas vue venir, celle-là !

Je pense être un cas particulier parce que j’ai été physiquement attirée par une jolie brune avant de tomber raide dingue d’une autre (brune aussi, quand je vous dis que ma vie est passionnante).

Le cas, dit « classique », serait plutôt celui d’avoir des sentiments pour une personne du même sexe avant de se rendre compte que c’est bien plus que de l’amitié ou de l’admiration.

Du moins, c’est ce que j’ai pu constater chez les autres et par « autres », j’entends surtout mon entourage à tendances déviantes (ceci est une blague) !

Être bisexuelle, comme si ma vie n’était pas assez compliquée !

L’une des premières choses dont je me souviens quand j’ai compris que j’étais aussi attirée par les filles, c’est m’être dit :

« Putain, dans quel merdier tu t’es encore foutue ? Tu trouvais que ta vie n’était pas assez compliquée et t’as voulu en rajouter une couche ? ».

Bon… peut-être pas avec ces termes exacts, mais il faut bien avouer que même si j’ai la chance d’avoir une famille gay-friendly qui m’a élevée dans le respect de chacun, dans ce cas de figure, on sait d’avance qu’on part dans la vie avec des complications en plus !

Je tiens cependant à dire que c’est quelque chose que je ne pense absolument plus. J’avais 17 ans quand ça m’est tombé dessus sans crier gare et l’adolescence mélangée à tout le reste m’ont fait voir le côté négatif de la chose en premier lieu.

Heureusement, j’ai rapidement vu tout ce que ça pouvait m’apporter. C’est peut-être même la meilleure chose qui me soit arrivée dans la vie !

Être bisexuel ou bisexuelle : mais alors… je deviens homo ?

J’ai d’abord cru à une transition de l’hétérosexualité vers l’homosexualité.

J’ai grandi avec les amis gays de ma mère, mais voilà, ils étaient gays ! Tous ! Pas un bisexuel à l’horizon ! Pour moi (comme encore pour beaucoup), il n’y avait pas d’entre-deux : soit on est hétéro, soit on est homo, point barre.

Du coup, quand je voyais que j’étais toujours attirée par les mecs malgré tout, j’ai vraiment cru que j’étais dans une sorte d’évolution, genre celle des Pokémon lorsqu’ils clignotent d’une forme à l’autre avant de devenir la nouvelle et d’abandonner pour toujours l’ancienne (noooon Salamèèèèche, reviiiiiens !).

Eh bien non ! Je suis heureuse de vous annoncer que je clignote toujours, et ce même des années ans après !

Accepter et apprivoiser le fait d’être bisexuelle

N’ayant aucun modèle réel à qui me référer, j’ai appris sur le tas ce qu’être bisexuelle pouvait vouloir dire. Je sortais d’une relation d’un an et demi avec un mec, que j’avais aimé et j’étais sur le point de tomber amoureuse d’une fille.

La transition n’est pas si étrange que ça : je pense qu’il faut le vivre (ou être convaincue par l’expérience des autres) pour comprendre à quel point être avec l’un ou l’autre n’est pas si différent.

C’est moi qui n’agis pas exactement de la même manière si je suis face à un homme ou une femme mais ça pourrait ne pas être le cas. On s’adapte à la personne qu’on a en face je pense. Et c’est tout.

Alors oui, évidemment, l’un comme l’autre n’est pas exaaaactement « fait » de la même manière mais d’un : c’est tant mieux ! Et c’est aussi pour ça que la bisexualité existe, hein, on est un peu des explorateurs qui s’ignorent en fait.

Encore une fois, on s’adapte ! On s’adapte au caractère comme au physique, comme tout un chacun le fait finalement.

les chansons d’amour
Les Chansons d’amour – Bac Films

Être bisexuelle : « Et sinon, toi t’es du genre 50/50, 25/75, comment ça se passe ? »

La grande question qu’on me pose souvent est la suivante : « As-tu des préférences ? » : OUI ! J’en ai ! Voilà, c’est dit ! Mais — trois fois « mais » — elles sont variables.

Parfois je vais principalement regarder des mecs, parfois ce sera plus des filles, un jour elles seront brunes et bien en chair et le lendemain rouquines et minces, un jour ils seront blonds et bodybuildés et le lendemain bruns et l’air intello…

Vous avez compris l’idée : ça dépend de mon humeur du moment ! Encore une fois, cela ne tient qu’à moi mais je pense qu’on est quelques•un•es à se retrouver dans ce schéma.

« ÊTRE BISEXUEL, ÇA N’EXISTE PAS ! »

Évidemment, je suis souvent confrontée à cette fameuse affirmation.

Je vous arrête tout de suite, ce n’est pas parce que Julien préfère les garçons aux filles qu’il en n’est pas moins bi. À dire vrai, je n’aime pas mettre les gens dans des catégories. Je pense qu’être bi, c’est couvrir un peu toutes les diversités sexuelles.

Ce n’est pas purement du 50/50 (même si ça existe pour de vrai) et ce n’est pas forcément passer vraiment à l’acte. Je pense que Morgane peut être bi si elle fantasme sur une fille. Nul besoin de passer à l’acte pour savoir qu’on peut être attiré par le même sexe.

Après, être bi, selon moi et plus exactement selon mon vécu, englobe le fait de pouvoir tomber amoureux de n’importe qui — pas forcément de n’importe quoi, on va s’arrêter à deux catégories si vous le voulez bien, ça fout déjà assez bien le bordel comme ça ! — et de pouvoir être attiré•e par n’importe qui.

Je trouve très con — et encore, je suis polie — que des gens, homos et hétéros confondus, tiennent à mettre des barrières partout : parce que j’ai été en couple avec une femme pendant trois ans et demi, je suis devenue lesbienne, maintenant que je « sors » presque qu’avec des mecs, je suis « peut-être redevenue hétéro finalement ».

MAIS BIEN SÛR.

Vous l’avez compris, c’est quelque chose qui m’énerve. Et les « oui mais si tu restes avec ta copine pendant 20 ans, tu seras lesbienne » ont tendance à me donner des envies de meurtre plus qu’autre chose.

Je suis bisexuelle, c’est tout !

Cette « dualité », c’est un peu mon équilibre à moi — et non, ce n’est pas parce que je suis avec un mec pendant 10 ans que les filles vont me manquer, et inversement.

Je hais cordialement ceux qui me disent qu’être bisexuel ou bisexuelle, c’est être inconstante : j’ai 22 ans, je suis restée pendant 3 ans et demi avec mon ex, je pense qu’il y a pire dans la vie comme inconstance (et non, je ne l’ai pas trompée) !

À mes yeux, être bi, c’est aimer l’être humain tout simplement. Peu importe comment, pourquoi, ou pendant combien de temps on préférera un genre à l’autre.

Ce n’est pas mieux que d’être d’un seul bord sexuel mais ça offre encore plus de surprises et d’aventures (à mon sens). Je sais bien que ça sonne un peu comme une chanson Disney mais je le pense vraiment et surtout, je le vis chaque jour de cette manière là.

Oh et pour finir sur une note moins gnangnan et plus réaliste : pouvoir baver sur Henry Cavill avec ses amies et sur Olivia Wilde avec ses amis, franchement, ça n’a pas de prix !

À lire aussi : Entre relations à distance et invisibilisation, les lesbiennes et les bisexuelles galèrent Cpour draguer à la campagne

Crédit photo : Emma Rahmani via baseimage (Canva)

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25 septembre 2022 à 14h56
Griffith
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