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Sexo

Je n’ai pas envie de sexe, faire l’amour ne me manque pas, suis-je normale ?

Cette semaine, Charlotte répond à une internaute qui s’inquiète de son absence de désir sexuel.

Une fois par semaine, Charlotte répond aux questions anonymes de nos lectrices et lecteurs et débunk les clichés liés à nos vies amoureuses.

Une question ? Écris-nous à [email protected].

« Chère Charlotte, 

Je suis une femme hétéro dans la trentaine et célibataire depuis plusieurs années. J’ai arrêté les dates depuis environ 1 an, lassée des applications, des coups d’un soir et des rencontres aussi éphémères que décevantes. Depuis, ma vie sexuelle est réduite à néant. Le problème, c’est que je n’ai pas du tout l’impression de subir cette absence de sexe, car en réalité, je n’ai plus aucun désir, et faire l’amour ne me manque pas du tout. J’ai un peu honte d’en parler à mes amies, et j’hésite à aller voir un sexologue pour régler le problème. Qu’en penses-tu ? Que faire pour retourner à la normale selon toi ? »

Chère anonyme, 

Rien. C’est ma réponse. Je pense que tu ne dois absolument rien faire à part accueillir ton désir de non désir. Je sais que la norme veut que l’on suive des schémas tout tracés, dont le couple et la sexualité font partie. Mais je vais t’avouer quelque chose : nous sommes nombreuses et nombreux à à ne pas coller à cette norme. La preuve : selon une étude l’IFOP publiée en janvier dernier, les français font moins l’amour qu’avant. En effet, 76% d’entre eux ont eu une relation sexuelle durant l’année passée, contre 91% en 2006. Et ils sont 59% à déclarer ne pas souffrir de cette absence de relations sexuelles !

Désirer à tout prix 

Finalement, au lieu de te donner mon avis, je vais plutôt te parler d’un livre que j’ai lu il y a quelques années et qui a chamboulé ma façon d’appréhender mes relations avec les autres. Je ne peux que te le conseiller, tant il répond parfaitement à ta question. En le lisant, j’ai moi-même eu la sensation que quelqu’un posait enfin les mots justes sur mon rapport instinctif à l’amour. Ce quelqu’un, c’est Tal Madesta, journaliste, militant et auteur de Désirer à tout prix, dans lequel il a écrit cette phrase, qui fait écho à ce que tu dis : 

« Nous sommes cerné·es de tous les côtés par une image émancipatrice de la sexualité, forcément désirable, et par l’idée que la non-conformité à cette norme est pathologique »

Et c’est juste : notre société considère la non-sexualité comme un problème à régler, tu le formules toi-même de cette façon dans ton message. L’injonction à la sexualité est partout : à la télé, dans les livres, les films, dans le couple, bien-sûr, et même jusque dans nos discussions entre amies. Et ce n’est pas un hasard, évidemment, non pas parce qu’elle est « naturelle » (sinon, ce ne serait pas une injonction) mais parce que de nombreux enjeux se cachent derrière : 

  • Des enjeux économiques, entre autres, car derrière la sexualité obligatoire, il y a une véritable économie de masse en pleine expansion : celle du bien-être sexuel. En effet, depuis la « révolution sexuelle » de mai 68, le capitalisme a transformé progressivement ce combat féministe, principalement axé autour des questions d’avortement et de contraception, en une vraie injonction pour servir ses intérêts. Voyez plutôt : aujourd’hui, acheter des sextoys, c’est cool, et ne pas en avoir chez soi, c’est has been. Même les discours de féminisme-washing appellent à une « sexualité libérée » pour « s’émanciper». N’importe quoi. 
  • Des enjeux politiques aussi, car le couple hétéronormé et le sexe sont la base de l’organisation de notre société, sans quoi elle ne tiendrait plus (coucou Macron et le réarmement démographique). C’est aussi le couple hétéro et l’injonction à la sexualité dans ce couple que s’exerce au plus fort le patriarcat, et bien-sûr, les plus puissants de notre société ont tout à gagner à faire en sorte que personne ne déroge à cette injonction pour préserver leurs privilèges. 

Bref, tu l’auras compris, il n’y a rien de vraiment problématiquement à ne pas avoir envie de sexe. Faire l’amour 10 fois par jour, c’est ok. Ne jamais faire l’amour, c’est ok aussi. Car le problème avec l’injonction à la sexualité, c’est le fait qu’il n’y ait pas d’autres possibilités de faire autrement. 

Célébrons les amours qui n’ont pas besoin de sexualité pour exister 

Pour passer outre cette injonction, Tal Madesta, toujours dans son livre, nous invite à célébrer les amours qui n’ont justement pas besoin de sexualité pour exister. Car même si notre société hétéronormée place l’amour romantique et sexuel au sommet de la hiérarchie relationnelle, l’auteur nous dit que l’amitié n’a rien à envier aux relations de couples et peut-être tout aussi nourrissante d’un point de vue humain, et je suis tout à fait d’accord avec lui : « Les liens d’amitié n’ont pas besoin de sexe pour se maintenir et pour grandir » Il va même jusqu’à parler de « passions amoureuses », parce que l’amitié selon lui peut elle aussi « contenir l’exceptionnelle intensité généralement attribuée aux relations amoureuses et sexuelles » et, une fois encore, pour l’avoir vécu, je suis tout à fait d’accord avec ça. De toutes les relations qui m’ont rendue heureuse, épanouie, mais aussi brisée le cœur, nourrie et transformée, ce sont certaines de mes amitiés qui arrivent en haut de la liste, et de très loin. Et je suis sûre que c’est le cas pour beaucoup d’entre vous aussi. 

Et même sans parler d’amitié : je crois en un amour sincère et honnête qui n’a pas besoin de sexe pour se maintenir. Même dans les amours hétéros. Car, même si elles sont régies par l’hétéronormativité, rien ne nous empêche de les repenser, en prenant exemple sur les marges, pour qu’une véritable révolution romantique commence enfin. 

Une question ? Écris-nous à, [email protected], avec l’objet « Chère Charlotte » ! 


Et si le film que vous alliez voir ce soir était une bouse ? Chaque semaine, Kalindi Ramphul vous offre son avis sur LE film à voir (ou pas) dans l’émission Le seul avis qui compte.

Les Commentaires

3
Avatar de Kesta
15 mai 2024 à 13h05
Kesta
Je réponds juste à la question posée dans le titre de l'article : oui, tu es normale
3
Voir les 3 commentaires

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