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Se maquer avec sa BFF, l’ultime solution pour lutter contre le patriarcat
Amour

Bien plus qu’une colocation : des BFF décident de former des couples platoniques, voire de se marier

Si de plus en plus de femmes renoncent à la cohabitation pour alléger leur charge mentale au sein des couples hétéros, d’autres ont opté pour une solution plus radicale : celle de s’unir autrement, par exemple à travers des partenariats platoniques plus épanouissants.

Alors que nos vies amoureuses peuvent être ponctuées de ruptures plus ou moins douloureuses, nos amitiés semblent former un espace où entretenir des relations réconfortantes, sereines et, surtout, durables. C’est sur ce constat qu’April et Renee, originaires de Singapour et amies depuis l’âge de 12 ans, ont décidé de devenir partenaires de vie et de s’installer ensemble. Et c’est bien plus qu’une simple colocation :

« Au moment du confinement, alors que nous vivions une amitié longue distance entre Singapour et Los Angeles, nous avons réalisé que nous ne pouvions pas vivre l’une sans l’autre et que nous voulions être davantage impliquées dans nos vies respectives. J’ai donc proposé à Renee de me rejoindre à LA pour commencer une nouvelle vie à deux. »

Dans cette vidéo TikTok, April Lexi Lee raconte comment elle fonctionne avec sa partenaire de vie platonique (ce qu’elle appelle PLP pour Platonic Life Partner) concernant leurs relations amoureuses respectives.

« Faire couple ensemble autrement »

Une décision mûrement réfléchie, précédée de longs mois de déconstruction et de questionnements à propos des traditions et des pratiques culturelles qui balisent nos vies affectives, mais également sur les attentes que fait peser la société sur les femmes concernant la vie de couple et de famille :

« Nous avons réalisé que, en tant que bisexuelles peu intéressées par le mariage, nous n’avions pas à suivre le schéma classique, à savoir rencontrer un homme, se marier et avoir des enfants. Que nous pourrions faire couple ensemble autrement, et être heureuses ainsi, loin des normes imposées par la société.

Un partenariat basé sur une amitié forte, la colocation, ou encore la gestion partagée de leurs finances, mais sans vie sexuelle. Un peu comme beaucoup de couples traditionnels après quelques années de vie commune, en fait…

Dans cette vidéo TikTok, April et Renee s’amusent des réactions des gens quand elles annoncent vivre en partenariat platonique.

Plus qu’une colocation, un partenariat de vie

Cette union, April et Renee sont même sur le point de l’officialiser afin d’être reconnues par les institutions comme un couple à part entière. En plus d’être partenaires domestiques et financières à l’échelle de leur vie, elles souhaitent avoir des enfants ensemble (puisqu’elles forment déjà une famille à elles deux), et ouvrir un fonds de retraite en commun.

D’ailleurs, aux États-Unis, certains États, comme le Maine, le Maryland et le Colorado, autorisent des amis à obtenir une reconnaissance légale en s’enregistrant en tant que partenaires domestiques, comme le relève cet article du média The Conversation, « Des amis se disent « oui » – mais ne comprennent peut-être pas les risques juridiques de leurs mariages platoniques ».

Dans le reste du pays de l’Oncle Sam – et même une grande partie du monde, dont la France – c’est beaucoup plus compliqué. Notamment parce que l’union de deux Best Friends Forever peut être perçue juridiquement comme un mariage blanc. On notera au passage combien cette définition peut s’avérer excluante des personnes asexuelles : historiquement, le fait de ne jamais avoir eu de relations sexuelles peut être utilisé pour faire annuler un mariage.

C’est pourquoi les potes qui le font ne le crient pas sur tous les toits, par peur des répercussions juridiques et de sanctions pénales. Cela explique également la difficulté à quantifier le phénomène. Les mariages platoniques sont-ils vraiment en croissance et/ou TikTok permet d’y apporter davantage de visibilité ?

« — Quel est le présupposé que les gens ont autour de vous qui s’avère faux ?

— Que je suis amoureuse de mon épouse. Attendez, attendez, nous sommes mariées de façon platonique. Elle est ma meilleure amie depuis des années et nous nous sommes mariées afin de pouvoir élever ensemble notre enfant adopté. Nous sommes parents ensemble, partageons nos finances, nous vivons dans la même maison, partageons notre lit, mais nous ne sommes pas amoureuses l’une de l’autre et n’avons pas de relations sexuelles ensemble. »

Pour en revenir au cas d’April et Renee, ni l’une ni l’autre ne souhaitent renoncer à sa vie romantique et sexuelle. Si elles comptent bien continuer à vivre pleinement leur vie amoureuse en dehors de leur partenariat, il n’est pas question de mettre fin à ce dernier :

« Notre partenariat représente un espace de liberté pour nous. Nous l’avons choisi car il n’engendre aucune attente sociétale, ne nous assigne aucun rôle genré et ne fait porter aucun poids sur la mesure de notre engagement respectif. »

Une relation dont elles évoquent les modalités sur un compte Tiktok dédié (@psychottie). À en croire le succès grandissant du hashtag #platoniclifepartnership sur le réseau social chinois, cela trouve de plus en plus d’échos, surtout chez les femmes et la communauté LGBTI+. Une popularité qu’April explique notamment par le fait que ces minorités sont davantage amenées à déconstruire certaines normes.

Sur Instagram, le journaliste français et queer Stéphane Durand documente son quotidien partagé avec sa meilleure amie, depuis qu’ils ont décidé d’avoir un enfant ensemble dans le cadre de leur relation platonique.

Désacraliser le sexe au sein du couple

Même si elle peut paraître révolutionnaire aux yeux de certaines personnes, cette mise à distance de la vie sexuelle au sein du couple ne date pas d’aujourd’hui. Selon la sexologue et militante féministe Lucie Groussin, elle fait partie intégrante du combat féministe :

« Il y a un courant de pensée fort dans le féminisme qui me semble très intéressant sur le fait de vivre sans relation sexuelle, et qui va de pair avec une plus grande valorisation des relations affectives dans leur ensemble. »

Un sujet déjà abordé publiquement par certaines femmes, notamment en 2011 par l’écrivaine et journaliste Sophie Fontanel, dans son livre L’envie, qui traite de l’insubordination à l’obligation à la sexualité et de la libération que celle-ci peut procurer d’un point de vue affectif.

« Je suis dans un mariage platonique et je suis confuse. Quand, pourquoi, et comment a-t-on décidé que l’amour romantique était la forme d’amour la plus importante. […] Pourquoi serait-il la seule possibilité pour faire famille, et le seul lien assez pur de connexion entre deux personnes ?

J’ai trouvé mon âme sœur à travers ma meilleure amie. Elle et moi fonctionnons si bien ensemble que je ne pense pas que ça puisse être le cas avec qui que ce soit d’autre. Mais je ne veux pas de relation physique avec elle, je ne veux pas l’embrasser, je ne suis pas amoureuse d’elle. Au même niveau que ma relation avec notre enfant, la connexion que j’ai avec elle est la plus importante à mes yeux.

Ça me frustre que les gens aient tant de mal à comprendre que je puisse prioriser une relation platonique à une relation romantique. D’autant que cette dernière repose en partie sur des procédés chimiques qui s’émoussent au fil du temps. »

La sexualité obligatoire, l’arme absolue du capitalisme et de l’hétéropatriarcat ?

Ce discours visant à désinvestir la sexualité, en dissonance avec notre société hypersexualisée, peut être perçu par les personnes sexisées comme une porte de sortie émancipatrice. Une vision partagée par l’auteur, activiste féministe trans et journaliste Tal Madesta dans son livre Désirer à tout prix, dans lequel il explore d’autres façons de faire intimité, notamment à travers l’amitié et la famille choisie :

« Créer de l’intimité de multiples façons et au-delà du sexe est un pré-requis de l’ordre de la survie pour les femmes et/ou les personnes LGBTI. Notamment dans le rapport à la famille, lieu de normalisation des violences LGBTIphobes et vecteur de l’enfermement et de la soumission des femmes. »

Désirer à tout prix

Dans son livre, Tal Madesta évoque également l’injonction à la sexualité comme une des armes de l’exploitation sexiste et économique des femmes par les hommes. Cependant, pour l’auteur, la sortie de la sexualité ne représente pas un outil de lutte collectif, mais plutôt une solution à titre individuel :

« La révolution sexuelle adviendra réellement lorsqu’on aura réglé la question économique et la question de la répartition de la charge mentale, ou encore celle de la famille. Déconstruire le couple, qui plus est le couple hétérosexuel, ne sert donc pas à grand-chose selon moi. Il s’agit plutôt de revenir sur l’existence de ces cellules sociales qui ont des fonctions clés sous le régime capitaliste. »

En d’autres termes, on aura beau épouser notre BFF, le patriarcat ne tombera pas pour autant. À moins qu’on s’y mette toutes ?

À lire aussi : Comment l’extrême droite attire le vote gay

Crédit photo de Une : pexels-jessika-arraes-12126197

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Les Commentaires
26

Avatar de AngeleLN
18 août 2022 à 14h16
AngeleLN
@L'Oeil de la Lune L'adultère peut être considéré toujours comme une faute civile (violation de l'article 212 du Code Civil) même en cas d'absence de relation physique (drague avérée et répétée sur des sites de rencontres par exemple).
L'adultère peut conduire à un divorce aux torts exclusifs d'une des parties si il réunit 3 conditions :
1-La faute rend le maintien de la vie en commun insupportable (art. 242 du Code Civil)
2-La faute constitue une violation grave ou renouvelée aux devoirs et obligations du mariage
3-L'absence de réconciliation (pas de maintien ou de reprise de la vie commune par ex).
Si ces 3 conditions sont réunies (et il faut y'aller quand même pour réunir les 3), la partie lésée peut demander des dommages et intérêts et peut perdre le bénéfice de la prestation compensatoire.
De ce que je peux lire seulement 10% des divorces sont des divorces pour faute, donc c'est loin d'être la majorité. Il faut savoir que ce type de divorces est long et coûte plus cher qu'un divorce à l'amiable.
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