Comment aider une victime de harcèlement de rue ? On répond à vos questions !


Vous vous posez des questions sur le harcèlement de rue ? Mymy Haegel, la rédac chef de madmoiZelle, et Emanouela du compte @disbonjoursalepute y répondent !

Comment aider une victime de harcèlement de rue ? On répond à vos questions !Delia Giandeini / Pexels

En partenariat avec Stand Up (notre Manifeste)

Le harcèlement, on le connaît ; les moyens d’y réagir… c’est une autre histoire. Que ce soit lorsqu’on est soi-même victime ou lorsqu’on est témoin de harcèlement de rue (ou dans les transports, dans un lieu public, etc.), on se retrouve souvent à court d’armes et d’idées pour se défendre ou aider autrui sans empirer les choses.

C’est pour cela que Mymy, la rédactrice en chef de madmoiZelle, et Emanouela, du compte militant @disbonjoursalepute, ont suivi la formation Stand Up, disponible gratuitement en ligne, qui permet d’apprendre à utiliser les « 5D », à savoir cinq actions pour réagir lorsqu’on est témoin de harcèlement de rue.

La formation Stand Up contre le harcèlement de rue

Créé par L’Oréal Paris, en partenariat avec l’ONG Hollaback! et la Fondation des Femmes, le programme Stand Up a mis au point une formation basée sur la méthode des « 5D », testée dans les campus américains. En voici la liste :

  • Distraire
  • Déléguer
  • Documenter
  • Diriger
  • Dialoguer

Vous apprendrez grâce à la formation Stand Up à les utiliser pour désamorcer les situations de harcèlement et en protéger les victimes, via des mises en situation et des explication détaillées.

Vous vous dites peut-être que le harcèlement de rue est un problème moins urgent en ces temps de confinement. Pourtant, il continue à mettre en danger les personnes, notamment les femmes, qui font leurs courses, leur jogging, promènent leurs chiens, vont au travail ou chercher leurs enfants… Et avec moins de monde dans l’espace public pour les aider, il est encore plus essentiel de pouvoir agir si on est témoin de harcèlement !

Le live Instagram sur le harcèlement de rue

MadmoiZelle vous avait proposé de poser vos questions sur le harcèlement de rue, afin que Mymy et Emanouela, qui ont réalisé la formation Stand Up, vous répondent dans un live Instagram dont voici le replay ! On reprend le tout à l’écrit juste en-dessous.

Je suis témoin de harcèlement sexiste au travail, comment réagir ?

Mymy et Emanouela ont commencé par l’histoire d’une madmoiZelle qui se demande comment elle aurait pu réagir face à du harcèlement sur son lieu de travail :

« J’étais au boulot, dans le bar où je travaille, et un homme âgé a commencé à parler à une jeune fille qui était là avec des amies. Au début, elle l’a recalé en lui disant “Merci monsieur, mais j’ai un copain”, ce genre de choses, sauf qu’il est devenu insistant puis insultant : “Retourne dans ta cuisine, salope” et autres.

Je crois que ses amies n’ont rien vu, elles parlaient entre elles. Je me suis vraiment rendu compte à ce moment que ça peut arriver à n’importe qui, n’importe quand — pourtant je suis une femme !

J’ai dit à l’homme de sortir, et il s’est mis à m’insulter. Pendant ce temps, la jeune femme s’est dirigée vers la sortie, sauf que l’agresseur a décidé de la suivre. J’ai demandé à un collègue de me remplacer pour que j’intervienne, mais ce dernier, qui avait assisté à toute la scène, m’a dit : “Elle n’avait qu’à l’ignorer, ou mieux s’habiller”.

Notez qu’elle avait un pantalon large et un t-shirt classique ! C’est ça, “s’habiller provoc”, aujourd’hui ?!

Bref, je n’ai pas su quoi répondre, ni quoi faire. Aurais-je dû suivre la jeune femme (qui a fini par partir), au risque de perdre mon emploi ? Ou remettre en place mon collègue ? J’ai hésité à appeler la police, mais qu’auraient-ils pu faire ? »

La première chose à dire, c’est : ne culpabilisez pas. Cette madmoiZelle a réagi et c’est déjà beaucoup : elle a su lire la situation et venir en aide à la jeune femme, en utilisant la technique « Diriger ». C’est plus que ce que font la plupart des gens !

On peut cependant lui conseiller, à l’avenir, d’essayer de garder la victime sur place en expulsant plutôt le harceleur. Cela envoie un signal clair : les agresseurs ne sont pas les bienvenus ici, c’est à eux de quitter les lieux.

La police peut d’ailleurs être contactée, et si besoin intervenir pour déloger l’indésirable. Depuis 2018, la loi reconnaît le délit d’outrage sexiste, et dans ce cas-là il y avait clairement injure à caractère sexiste par-dessus le marché. Même si l’homme part du bar, les forces de l’ordre peuvent le retrouver et plusieurs personnes sont en capacité de l’identifier.

Emanouela a ensuite rappelé que la personne qui témoigne étant sur son lieu de travail, elle se trouve dans un endroit privé qui doit garantir la sécurité de sa clientèle. Plusieurs bars ont mis en place des techniques pour protéger leurs clientes, à l’image des « codes secrets » Angela disponibles dans les toilettes des femmes. Pourquoi ne pas suggérer à la direction d’implémenter des pratiques similaires, tout en formant le personnel à ces questions ?

Est-ce légal d’user de violence physique face au harcèlement de rue ?

La question est revenue plusieurs fois, sous diverses formes. Et il est un peu délicat d’y répondre globalement, tant il existe de situations différentes lorsqu’on parle de harcèlement dans l’espace public.

Au sujet de la légitime défense, la loi dit :

« Pour que la légitime défense existe, les 6 conditions sont les suivantes :

  • L’attaque doit être injustifiée, c’est-à-dire sans motif valable
  • La défense doit se faire pour soi ou pour une autre personne
  • La défense doit être immédiate
  • La défense doit être nécessaire à sa protection, c’est-à-dire que la seule solution est la riposte
  • La défense doit être proportionnelle, c’est-à-dire égale à la gravité de l’attaque
  • La défense d’un bien ne doit pas avoir pour conséquence un homicide volontaire, c’est-à-dire entraîner la mort d’une personne. »

Sauf dans des cas extrêmes, ni Mymy ni Emanouela ne vous encouragent à user de violence physique. C’est souvent illégal, c’est toujours dangereux, et ça peut aisément se retourner contre vous.

Elles conseillent plutôt d’utiliser les 5D pour gérer la situation, ou de s’en extraire aussi vite que possible.

Pendant le live, un internaute a demandé s’il n’était pas plus simple de tirer la victime par le bras pour la mettre immédiatement en sécurité, plutôt que de dialoguer. Il est important de rappeler qu’il s’agit d’une personne peut-être choquée, probablement effrayée, qui vit déjà une intrusion dans son espace personnel en étant harcelée : autant ne pas en rajouter ! Elle peut vivre très mal un contact physique non désiré, même si vos intentions sont bonnes. Privilégiez le contact visuel et une approche verbale pour commencer, sauf en cas de danger imminent.

Focus sur les tasers, bombes au poivre et armes d'autodéfense

De nombreuses personnes ont demandé s’il était recommandé de s’équiper avec des tasers, des bombes lacrymogènes (parfois dites « au poivre ») et autres accessoires d’autodéfense.

Sachez que ces objets sont considérés par l’État comme des armes de catégorie D, qu’il est illégal de porter sur soi et/ou de transporter sans motif légitime.

Le fait d’être une femme dans l’espace public n’est pas un motif légitime, vous pouvez donc être hors-la-loi si vous avez un taser dans votre sac. De plus, ces armes peuvent facilement être récupérées par l’agresseur qui les retournera contre vous, alors prudence !

Emanouela, par contre, conseille vivement l’utilisation d’un bouton anti-agression comme celui-ci qui, lorsqu’on le presse, émet une forte alarme sonore alertant les personnes alentour et pouvant faire fuir le harceleur ou l’agresseur.

Réagir au harcèlement de rue… et risquer la colère de l’agresseur

C’est malheureusement courant : une situation commence par du harcèlement verbal, parfois déguisé en « drague », et dégénère totalement dès lors que la victime ou une personne témoin se rebelle, a l’audace de répondre, voire ignore simplement les invectives. Le harceleur se change en en agresseur, usant de la violence verbale voire physique.

C’est le fameux enchaînement :

— Heeeey t’es mignonne toi !

[Silence, doigt d’honneur ou autre réaction]

— Sale pute, tu perds rien pour attendre, je vais te choper.

Il suffit de l’avoir vécu une fois pour que le doute s’installe : si je réponds à ce mec, si je protège cette victime, est-ce que le harceleur va péter un plomb et devenir violent ? Comment le savoir avant d’agir ?

Emanouela a un conseil très clair, et Mymy partage son avis : écoutez votre instinct. Faites-vous confiance. Prêtez attention à la petite voix, à la boule au ventre, à tout ce que vous indiquent votre corps et votre esprit.

Si vous pensez que c’est trop dangereux d’agir en solo, les 5D vous aideront à mobiliser du monde. Si c’est vous qui êtes en danger, extrayez-vous de la situation aussi vite que possible et demandez de l’aide autour de vous.

Comment savoir si je suis en train de harceler ?

« Comment on fait pour ne pas harceler dans la rue ? C’est comme si regarder une fille plus de trois secondes, parce qu’on la trouve jolie, c’était devenu du harcèlement, enfin c’est l’impression que j’ai… Du coup, je les regarde de loin, je détourne les yeux, ou je me dis que j’ai l’air d’un pervers.

J’ai du mal à comprendre ce qui est et ce qui n’est pas du harcèlement de rue. »

Ah, la grande question. À la fois si simple et si compliquée.

À ceux qui ont peur de harceler sans s’en rendre compte, Emanouela et Mymy conseillent d’utiliser leur bon sens et de se répéter la maxime « Quand y a un doute, y a plus de doute ». C’est-à-dire que si vous vous dites que vous mettez peut-être mal à l’aise une personne, alors considérez que c’est le cas et changez de comportement.

Rappelez-vous enfin de ce que vivent les femmes. De la façon dont elles sont traitées dans l’espace public. Rappelez-vous que même si vous êtes sympa, vous passez après toute une vie de connards irrespectueux qui nous ont rendues méfiantes. Et prenez cela en compte.

Découvrez le programme Stand Up contre le harcèlement de rue

Si vous souhaitez aller plus loin et vous former face au harcèlement dans l’espace public, notamment grâce à la méthode des 5D, la formation Stand Up n’attend que vous. Pour rappel, elle est gratuite, vous prendra 15 minutes maximum, et peut faire toute la différence !

Vous souhaitez participer à une formation live, animée par des expertes ? Stand Up propose également de découvrir la méthode des « 5D » en participant à des webinars gratuits durant une heure, et organisés chaque semaine : inscrivez-vous ici.

Pour finir, Mymy et Emanouela insistent sur un point : ne culpabilisez pas. Ce n’est ni aux témoins, ni aux victimes d’avoir honte, mais bien aux harceleurs et autres agresseurs !

La Rédaction

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Commentaires

Justinemacaron

"comment on fait pour ne pas harceler dans ma rue". Bah c'est simple : tu essaie de t'assurer que la personne consent à une interaction. Souvent, les femmes qui ne sont pas consentantes ne vont pas le dire car elles ont peur de la réaction de l'autre. Alors le mieux, si tu veux draguer qqn, c'est de tourner la chose en question, genre "ça te dit qu'on aille prendre un café?", enfin quelque chose qui va lui permettre de répondre par "oui" ou par "non", d'exprimer son consentement. Si elle dit oui, c'est super, si elle dit non, garde la pêche et dis toi que tu ne lui auras pas fait passer un moment bien pourri.
 

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