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Féminisme

Je crois que j’ai empêché un viol en soirée. Et si je n’avais pas été là ?

En pleine soirée, cette lectrice a remarqué une fille trop ivre pour consentir et un garçon qui s’apprêtait à abuser d’elle. Ne rien faire était impensable pour elle : elle raconte comment elle a réagi.

Le 29 mai 2018

C’était une soirée comme il y en a régulièrement. Des parents absents, une quarantaine d’ados dans la maison, de l’alcool, des joints

L’étage étant interdit aux invités, nous étions installés au rez-de-chaussée et dans le jardin.

Par conviction religieuse, je ne bois pas d’alcool. Certaines de mes amies non plus, mais nous n’étions qu’une poignée à rester sobre. Très vite, tout le monde s’est retrouvé sous l’influence d’une substance ou d’une autre, y compris l’organisatrice.

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Helena Yankovska / Unsplah

L’arrivée de Sarah, déjà éméchée

Autour d’une heure du matin, Sarah est arrivée. C’est une fille que je connais de loin, je ne dirais pas qu’on est proches, mais dans mon petit bled du Sud-Ouest, les inconnues sont rares.

Sarah arrivait d’une autre soirée, et était déjà très éméchée. Elle sentait fort la vodka, jusque dans ses cheveux, et quelqu’un a carrément du aller la chercher pour qu’elle ne se trompe pas de maison !

Dès son arrivée, Mickaël s’est mis à tourner autour d’elle. Tout le monde a remarqué qu’elle l’intéressait et apparemment, il l’avait déjà repérée sur les réseaux sociaux.

Il s’avère que Mickaël lui aussi était totalement bourré. Je pense qu’à lui tout seul, il avait déjà tombé au moins deux bouteilles de vin, sans compter les bangs qu’il fumait depuis le début de la soirée.

« Sarah continue à enchaîner les verres. Et Mickaël ne la quitte pas d’une semelle. »

Je deviens la « maman » de la soirée

Sarah est une meuf costaude et une sportive très douée en gymnastique. Embrumée par l’alcool, elle a commencé à vouloir faire des figures acrobatiques !

Parce qu’on veut lui éviter de tomber et de se faire mal, on se met à plusieurs pour la retenir, de temps en temps. Je la perds de vue un instant, et quand je tourne la tête, qui vois-je ?

Sarah, debout sur les épaules de Mickaël, qui se marre en tanguant comme pas permis…

Je décide d’intervenir, et monte sur une chaise pour la faire descendre en lui disant de faire gaffe.

En fait, je deviens un peu la maman de la soirée, avec mes potes qui ne boivent pas. On amène des verres d’eau aux gens qui commencent à vomir, à s’assoupir un peu partout…

Sarah continue à enchaîner les verres. Et Mickaël ne la quitte pas d’une semelle.

Quand je ne ne la vois plus, je suis prise d’un mauvais pressentiment. On me dit qu’elle est dans le jardin avec lui, derrière un buisson. Je jette un œil par une fenêtre.

Mickaël touche Sarah, la saisit… je commence à stresser mais elle est encore lucide. Je l’entends lui dire « Laisse-moi tranquille ! », avant de le repousser et de revenir dans la maison.

La soirée prend une tournure désagréable

Le reste de la soirée a un drôle de goût.

Des abrutis ont glissé de l’alcool dans les verres d’une de mes amies, qui ne peut pas boire à cause d’un problème de santé. C’est à moi et mes potes de la prévenir, de nous occuper d’elle quand elle panique…

L’organisatrice de la fête ne nous aide pas vraiment. Elle est ivre, et quand je lui dis que Mickaël est relou avec Sarah, elle ne réagit pas. Je la soupçonne de le « protéger » parce que c’est le meilleur ami de son frère, et ça me gave.

Je ne suis vraiment pas sereine mais dans ma campagne, je ne peux pas vraiment rentrer chez moi à pied. Autours de cinq heures du matin, nous nous installons donc comme on peut pour dormir, en partageant les quelques couchages du rez-de-chaussée.

Et là qui je vois, en m’allongeant ? Sarah, qui tente de monter l’escalier (alors que c’est interdit) et commence à se casser la gueule !

J’arrive in extremis à la rattraper pour limiter la casse, et la voilà qui s’endort. Sur les marches. La tête sur un pack de jus d’orange. Clairement, son corps a lâché prise.

Ma meilleure amie et moi, on décide d’aller voir Loubna pour lui demander de faire un peu de place à Sarah. On va pas la laisser sur l’escalier quand même !

« Laisse-moi tranquille… »

Je vais chercher un oreiller… et là encore, le temps que je me retourne, catastrophe. Sarah a disparu.

J’entends sa voix venant d’une chambre à l’étage, là où Mickaël, en sa qualité de « meilleur ami de », a le droit de dormir. Je distingue :

« Non mais laisse-moi, laisse-moi tranquille… »

Je fonce chercher l’organisatrice de la fête et je lui demande de les séparer. J’ai peur de m’interposer : je connais pas ce mec, il est ivre, j’ai peur qu’il s’en prenne à moi.

Elle est dure à convaincre, je pète un plomb.

« Là, il va la violer. Je te jure. Elle est pas en état. »

Elle finit par y aller en traînant des pieds, sous la pression de mes amies et moi. Elle redescend, suivie de Mickaël. Je suis hors de moi, je lui chope et je lui dis :

« Tu comptais faire quoi là ? T’allais violer Sarah ? »

Il me répond « Non, tu mens », mais il a un petit sourire. Et d’un coup, j’ai très peur. Très peur de lui.

On récupère Sarah, on l’installe près d’une de mes amies. Ce n’est que lorsqu’elle sombre que je m’autorise à dormir, persuadée que ça ira : Mickaël est remonté, on est plusieurs, on se protège.

Le lendemain, aucune conséquence

Le lendemain (ou plutôt quelques heures plus tard), Sarah ne se rappelle de rien. Pas juste de rien à l’étage : toute la soirée lui a échappé. L’alcool a effacé sa mémoire.

J’essaie de lui parler, mais elle ne me croit pas vraiment. Surtout face à l’organisatrice de la soirée, qui continue à dire qu’« il s’est rien passé ça va », en insistant un peu trop fort.

J’explique que j’ai pas de raison de mentir, mais je ne sais pas quoi faire de plus…

Et j’en suis là. J’ai peut-être empêché un drame, un crime, au moins pour une nuit. Mais je n’irai plus à ce genre de soirées, c’est sûr.

Maintenant j’ai repris ma vie, je me concentre sur le bac et mes résultats Parcoursup… Mais j’ai eu très peur. Et j’espère qu’il y aura des gens comme moi dans toutes les soirées.

Pour aller plus loin…

Ce témoignage est d’utilité publique. Voici quelques ressources pour ne pas s’arrêter en si bon chemin :

À lire aussi : L’État français condamné pour faute lourde dans une affaire de viols sur mineure : qu’est-ce que ça veut dire ?

Crédit photo : Julia Larson / Pexels

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Et si le film que vous alliez voir ce soir était une bouse ? Chaque semaine, Kalindi Ramphul vous offre son avis sur LE film à voir (ou pas) dans l’émission Le seul avis qui compte.

Les Commentaires

29
Avatar de Lqool
14 octobre 2021 à 09h10
Lqool
Sinon, d'une manière générale, je comprends pas cette envie de se bourrer la gueule à tout prix...C'est quand même incroyable que les gens d'aujourd'hui ne sachent pas s'amuser sans être déchiré. Je trouve ça assez triste en fait. Je veux dire, à quel point ta vie est à chier pour que tu sois obligé de te bourrer la gueule afin de t'amuser ?
Bah dis donc, c'est un peu dur et condescendant, surtout la fin de la citation...
Quand on est ados, une grosse partie de l'adolescence est de transgresser les regles et de jouer avec l'interdit. Pour certain.e.s, surtout dans une culture ou l'alcool est omnipresente, ce n'est pas surprenant que ca passe par des cuites.
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