Comment faire des voeux sur Parcoursup alors que le monde est en feu ? Quatre lycéennes racontent


Il est « dur d’avoir 20 ans » en 2021. Mais c’est aussi compliqué d’en avoir 17 ans et de préparer la prochaine étape de sa vie : le post-bac. Entre Parcoursup et l’incertitude de l’année prochaine, quatre élèves de terminale nous racontent comment elles vivent cette situation.

Comment faire des voeux sur Parcoursup alors que le monde est en feu ? Quatre lycéennes racontent

Les jeunes vont mal.

D’après le dernier baromètre de L’Étudiant réalisé mi-février, 74% des 15-20 ans ont perdu en motivation. Qui peut leur en vouloir ? Abandon par le gouvernement, isolement, précarité… Si les problèmes des étudiants et étudiantes sont souvent abordés, il ne faut pas oublier les lycéens et lycéennes en classe de terminale.

Le 11 mars 2021, ils et elles ont dû valider leurs vœux dans Parcoursup. Mais comment réussir à se projeter alors que l’incertitude règne ? En plus des révisions, ces jeunes doivent choisir où commencer la prochaine étape de leur vie. Arrivés à la fac (ou autre), vont-ils être abandonnés comme le sont actuellement leurs prédécesseurs ?

Quatre lycéennes nous expliquent comment elles vivent cette situation inédite.

Iness : « Sans la pandémie, le stress ne serait pas aussi lourd »

Iness va avoir 18 ans cet été. Ce passage à la majorité devait aussi être synonyme du début d’une nouvelle vie pour cette Nantaise en terminale ST2S (Sciences et technologies de la santé et du social). Mais cela fait un an que tout est devenu flou.

« Depuis mars dernier, quand le premier confinement a été annoncé, les lycéens font face à beaucoup de stress. Personnellement je ressens beaucoup de craintes et de questionnements par rapport à la suite. C’est dur de se projeter alors qu’on ne sait même pas comment l’année prochaine va se passer. Toute cette pandémie nous a un peu laissés en suspens. »

Joueuse dans l’équipe de foot de Rézé, Iness se dirige vers une licence STAPS. Mais il y a de grandes chances qu’elle doive s’éloigner de son cocon familial, une réalité qui n’est pas toujours facile à envisager.

« J’ai une grande sœur qui est étudiante à Paris. Quand je vois que pour elle, la situation peut être compliquée, j’ai du mal à m’imaginer l’année prochaine. Être loin de ma famille, dans mon appartement, avec des complications… Ça fait vraiment peur. Sans la pandémie, le stress ne serait pas aussi lourd. »

Camille : « Les personnes qui vont nous embaucher vont savoir qu’on a eu notre bac en contrôle continu »

[Camille n’a pas pu nous transmettre de photo, ce n’est pas un oubli !]

Camille est également en terminale ST2S. Cette lycéenne de 17 ans qui n’aime pas trop les cours en distanciel doit redoubler d’effort pour préparer le bac.

« Jusqu’à l’année dernière, je ne savais pas quoi faire après le bac. J’ai eu un accident de sport qui m’empêche de faire le métier que je voulais…

Durant la première étape de mon service national universel (SNU), j’ai discuté avec des infirmières-pompiers et j’ai décidé que je voulais être infirmière. Sauf que mes notes ne suivaient pas trop… Maintenant j’essaie de travailler mais je dois rattraper tout le retard toute seule. »

Camille s’interroge : est-ce que son diplôme va être légitime ?

« Les personnes qui vont nous embaucher vont savoir qu’on a eu notre bac en contrôle continu. Elles vont peut-être se dire “ce n’est pas un vrai bac parce qu’ils ont travaillé toute l’année”. Personnellement, je me demande si ça va nous pénaliser plus tard. »

Puis viennent d’autres questions plus pratiques comme celle d’un futur logement.

« Si je dois en avoir un, il faut le chercher rapidement. Sachant que je ne vais pas avoir de bourse l’année prochaine, ça va être compliqué. Être en distanciel et avoir un logement, ça ne vaut pas le coup… Enfin je ne sais pas en fait. »

Bref, c’est le flou.

Lison : « Si la situation ne change pas… j’ai peur de ne pas savoir gérer »

Lison est aussi une grande sportive. Fan d’équitation et de gymnastique, elle est en terminale générale option socialités, Sciences économiques et sociales (SES) et Sciences de la vie et de la terre (SVT) en Eure-et-Loir (28). Elle se dirige vers une licence STAPS et la pandémie n’a pas vraiment influencé ses choix.

« J’ai trouvé une fac sur Paris qui propose une licence STAPS option équitation. C’est mon premier choix. Je me suis dit qu’il n’y avait pas de raison que mes vœux changent par rapport à la crise sanitaire. De toute façon, la crise est passagère et va bien se terminer. »

Mais quand va-t-elle se terminer ? C’est la grande question.

« Pour moi, la crise sanitaire a été compliquée au début, moralement. Maintenant, je m’y suis faite — même si sortir et voir des amis, ça me manque. Mais je suis surtout angoissée par rapport à l’année prochaine : si la situation ne change pas… j’ai peur de ne pas savoir gérer. Je n’aime pas être seule et j’ai un moral assez fragile. J’ai peur d’avoir un coup de mou et que cela entraîne un décrochage. »

Pour Lison, le seul point positif de la situation sanitaire est le bac en contrôle continu. C’est une source de stress en moins.

« J’appréhendais vachement de devoir gérer Parcoursup et le bac. Mais étant donné qu’on n’a plus vraiment d’épreuves, ça change tout. On doit réviser à chaque cours parce que c’est le contrôle continu mais cela ne change pas vraiment de d’habitude. »

Jeanne : « J’ai l’espoir que tout va s’arranger et que les établissements apprennent de leurs erreurs »

Jeanne est en terminale générale (spécialité SES, histoire-géographie, sciences politiques et géopolitique) à Saint-Nazaire. Comme beaucoup, pour remplir la plateforme Parcoursup, elle a dû se débrouiller toute seule.

« Je me suis beaucoup renseignée sur Internet, sur des forums ou auprès de mon cercle familial et amical. On n’a pas été beaucoup accompagnés par les profs et je n’ai pas du tout pu voir comment sont les sites universitaires. On a eu quelques conférences vidéos avec des représentants de certains établissements mais ça restait assez flou. C’est difficile de se projeter. »

Au final, elle a décidé de se diriger vers des écoles IAE (de management), des licences de sciences politiques ou un DUT techniques de commercialisation. Mais Jeanne se veut optimiste quant à la prochaine rentrée scolaire.

« J’ai l’espoir que tout va s’arranger et que les établissements apprennent de leurs erreurs par rapport au déroulement de cette année. Pour l’année prochaine, je n’appréhende pas d’être seule parce que je sais que j’ai un bon cercle familial et amical qui m’aidera dans cette épreuve. »

On espère qu’elle a raison.

À lire aussi : « Plus les jours passent, plus j’ai du mal à me lever » : la détresse d’une étudiante en 2020

Marine Langlois

Marine Langlois


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Commentaires

Nienke

Plus ça va, et plus j'y vois des aveux de faiblesses de notre système scolaire. :dunno:
 

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