« Plus les jours passent, plus j’ai du mal à me lever » : la détresse d’une étudiante en 2020


Si la décision de fermer les universités a été prise pour protéger la santé de toutes et de tous, elle n'en a pas moins créé une situation difficilement tenable pour les étudiants. Cette lectrice nous a confié son sentiment d'isolement, et l'impossibilité de son quotidien d'étudiante en confinement.

« Plus les jours passent, plus j’ai du mal à me lever » : la détresse d’une étudiante en 2020

Etudiante, je ne me suis pas assise dans un amphithéâtre depuis mars 2020.

Je sors d’un parcours brillant. Après avoir obtenu haut la main ma licence en histoire de l’art, c’est pleine d’espoir que j’ai été acceptée à l’école du Louvre.

Pour faire ma rentrée dans de bonnes conditions, j’ai fait un prêt étudiant et trouvé un appartement à Paris. J’ai débuté cette année scolaire 2020 galvanisée en pensant à tous les musées que j’allais pouvoir visiter, les nouvelles rencontres, les personnes avec qui je pourrais partager ma passion pour l’histoire de l’art et le patrimoine.

Les cours en ligne et les projets annulés

À la première pré-rentrée, tout s’effondre. Je réalise avec déception que le premier semestre va être entièrement dispensé à distance. En présentiel, nous n’aurons que 3 pauvres heures par mois pour discuter de notre mémoire.
A cet instant, un tas de questions fusent : « j’ai loué un appartement pour rien » ; « mon prêt à la banque ne sert à rien » ; « je vais être toute seule ».

N’étant pas de Paris, je n’ai aucune raison d’y rester et quitte la ville.

Contrairement à d’autres établissements, mes cours magistraux n’ont pas lieu en direct, sur Zoom, mais sont pré-enregistrés et mis en ligne sur une plateforme. Les professeurs parlent donc seuls devant un écran, et nous, étudiantes et étudiants, devons les visionner désespérément seuls depuis septembre.

Le 29 octobre 2020, le deuxième confinement est annoncé, et l’année qui commençait déja à être rude se complique encore. Je ne sais plus quoi faire pour décompresser, et l’angoisse me guette.

Derrière l’écran, la solitude

Je passe mes journées entières plongée dans mes pensées, assise devant mon ordinateur. J’écoute mes cours comme des podcasts, sans aucune interaction avec d’autres élèves ou mes professeurs.

Des phrases sautent, les micros grésillent et je ne peux même pas prévenir mon interlocuteur ou interlocutrice, qui est là sans l’être. J’essaye de suivre le rythme, mais mon chien aboie, le voisin mets de la musique. J’essaie d’écouter, puis un mot m’échappe alors je clique sur pause et j’essaie de comprendre ce qu’a dit le prof.

Je mets encore une fois la vidéo en pause, la wi-fi saute, je perds la page, et je revâsse. Je pense aux partiels qui approchent, à mes cours que je dois retranscrire et qui s’entassent. Finalement ces deux heures de cours me prennent la journée.
« Ça ira mieux demain » me dis-je, mais tous les jours se ressemblent et le temps passe vite…

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Vient enfin le moment du coucher. Je n’ai pas décompressé de la journée puisque je ne pense qu’à une chose : étudier, réviser, travailler. Mes temps de pause n’ont plus de saveur.

Être étudiant en 2020 : quelques chiffres

Dans une étude publiée en septembre, l’Observatoire national de la Vie Etudiante annonçait que près d’un tiers des étudiants avaient présenté des signes de détresse psychologique pendant le premier confinement.

Parmi les plus touchés, les étudiantes et étudiants en situation de précarité financière, les étudiantes et étudiants étrangers, et les femmes. Ce constat alarmant s’accompagne de difficultés d’organisation, pour 51% de la population étudiante, et de problème d’environnement de travail pour 25% d’entre eux. Les chiffres du deuxième confinement n’ont pas encore pu être collectés, mais peu de signes indiquent une amélioration quelconque de la situation.

L’épuisement et l’angoisse qui montent

Je n’arrive même plus à lire ou regarder un film puisque les écrans me font voir trouble et me donnent envie de vomir. Alors je me couche, j’essaie de méditer, mais un tourbillon de pensées obsessionnelles tournent dans ma tête. La lumière éteinte depuis 23h j’attends jusqu’à deux heures du matin que le sommeil me gagne. Dans ces conditions, comment me réveiller en forme le lendemain ?

Plus les jours passent, plus se lever devient difficile. Je n’arrive plus à ouvrir mon ordinateur, à me motiver à écouter mes cours, ou à suivre mon emploi du temps que je gère seule : je suis éreintée.

J’avais évidemment conscience de la difficulté du travail qui m’attendait cette année, mais la détresse psychologique dans laquelle je me trouve m’empêche d’avancer comme il le faudrait. Sans compter la situation anxiogène ambiante et la peur de tomber malade ou même de contaminer mes proches, que je ne peux plus serrer dans mes bras.

Il m’est maintenant presque impossible de me projeter vers un avenir radieux, et les messages stériles de la direction me font froid dans le dos. Cette « bienveillance » et ces « encouragements » qu’ils nous prodiguent ne servent à rien quand nous n’arrivons même plus à trouver la motivation de lire un article.

Les étudiants, population à risque au sein des adultes

Au mois de novembre, une étude relayée par Slate a démontré la fragilité de la population étudiante. Leur jeunesse, leur propension à avoir une estime de soi plus basse que la moyenne, et le stress généré par les performances académiques en font un groupe social particulièrement exposé à la dépression.

Le confinement et la crise sanitaire aggravent cette situation : dans ce contexte les étudiantes et étudiants présentent 50% de risques de plus que les autres adultes d’être sujets à une détérioration de leur santé mentale.

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Des dispositifs peu efficaces

J’ai envie de hurler ma colère quand on me dit de m’accrocher et de tenir le coup jusqu’aux partiels qui, eux, seront « en présentiel ».
Quel est le degré de « bienveillance » lorsque le seul contact que nous allons avoir avec l’école sera des partiels austères dans un amphi rempli de têtes masquées ?

J’ai bien conscience que les partiels permettent de garantir une équité entre les étudiantes et étudiants, mais pensez-vous vraiment que nous allons réussir à apprendre nos cours et à les mettre en application quand la transmission des connaissances a été faite de cette manière ?

Les dispositifs mis en place par l’école ne fonctionnent pas  : des textes obligatoires que nous devions reçevoir en début d’année sont reçus un mois avant les partiels, les professeurs ne montrent même pas leur visage pendant les cours enregistrés, les forums élèves sont inefficaces. Sans parler de la bourse que je n’attends même plus.

En tant qu’étudiantes et étudiants, nous faisons partie des oubliés de la pandémie, alors même que nous sommes supposés représenter l’avenir de la société. Cette situation nous épuise, et je ne sais pas si je vais réussir à finir l’année en bonne santé physique et mentale.

J’aurais énormément de choses à ajouter mais le temps passe, et je dois me remettre au travail devant mon écran.
Je ne sais pas si ma lettre servira à quelque chose, mais il me semble nécessaire d’interpeller le plus grand nombre sur la situation actuelle. Elle ne me semble plus vivable, quelles que soient nos conditions de travail.

Si vous aussi vous avez des inquiétudes liées à la situation sanitaire et vos études, que vous vous sentez seule, ou que vous souhaitez simplement parler un peu, sachez que la FAGE prend en charge des visio-consultations avec une psychologue. Leur site propose aussi un référencement des possibilités d’aide et d’accompagnement par académie d’étude. En cas de besoin, vous pouvez aussi contacter le Fil Santé Jeunes au 32 24. 

Aïda Djoupa

Aïda Djoupa


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Commentaires

Januhairy

Je suis totalement déprimée j'arrête pas de pleurer d'angoisser j'ai aucune source de joie j'arrive pas a étudier. Mes partiels en présentiel lundi je dois prendre le train demain j'ai aucune envie. Je fais que de bader je me vois aucun avenir j'ai aucune motivation j'abandonne tout ce que je fais au bout de 10min.
 

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