Les examens en ligne sont facteurs d’inégalités, et pourtant je ne suis pas contre

Cette madmoiZelle membre d'une fédération étudiante te livre son opinion sur les examens en ligne, qu'elle ne juge pas parfaits, mais qui selon elle restent la « moins pire » des solutions.

Les examens en ligne sont facteurs d’inégalités, et pourtant je ne suis pas contre


Hello, ici Faustine !

Sur madmoiZelle, j’ai récemment écrit un article sur une pétition dénonçant les inégalités causées par les examens en ligne pendant la crise sanitaire, et demandant leur suppression au profit d’une attribution automatique d’un 10/20 à toutes et tous.

À lire aussi : Les examens en ligne sont-ils un facteur d’inégalités entre les étudiants ?

Les examens en ligne, facteurs d’inégalités

Les arguments invoqués par les syndicats étudiants signataires de la pétition sont en majeure partie liés à la fracture numérique entre les élèves, rendant difficile un déroulement équitable des partiels en ligne.

Les inégalités numériques entre étudiants

Selon cet article de Diplomeo, 10 à 15% des étudiants n’ont pas accès à Internet et n’ont pas d’ordinateur pour pouvoir passer l’examen. Certains doivent passer leurs partiels sur leur smartphone.

D’autres habitent en zone rurale disposent d’une connexion Internet insuffisante.

Certaines universités prennent des mesures pour prêter des ordinateurs et des tablettes à leurs élèves. L’université de Montpellier a ainsi acheté du matériel pour ses élèves, selon L’Etudiant.

Des syndicats comme l’UNEF regrettent que la continuité pédagogique et les mesures d’aide aux élèves ne soient pas encadrées au niveau national.

Pourtant, s’il est impossible de nier que cette fracture numérique crée des inégalités, certaines voix s’élèvent pour défendre l’évaluation par le biais d’examens en ligne.

C’est le cas de cette madmoiZelle qui estime que les partiels en ligne restent moins inégalitaires que d’autres modes d’évaluation.

Je lui laisse à présent la parole.

Engagée au sein d’une fédération étudiante, je suis confrontée à la précarité étudiante

Cela fait maintenant 2 ans que je suis engagée au sein d’une fédération étudiante qui porte des projets contre la précarité étudiante.

Deux ans que je suis confrontée à la misère dans laquelle certains étudiants vivent. Et pourtant, quand on parle de précarité étudiante, on nous rit souvent à la figure :

« – Papa et maman sont derrière.

– Ils n’ont qu’à travailler à côté.

– Ils sont jeunes. »

Et si, en réalité, ce n’était pas si simple que ça ?

J’ai 21 ans, je suis étudiante à Paris et en mai, je passerai pour la première fois de ma vie des partiels en ligne.

Personnellement, dans mon 12 m² à Paris, seule et avec une box wifi qui fonctionne parfaitement, je n’ai pas à ma plaindre de ma situation : j’ai la possibilité de préparer mes partiels dans de bonnes conditions.

Les inégalités ne se cantonnent pas à la fracture numérique

J’ai lu pas mal de textes mentionnant le fait que les inégalités étaient déjà là avec les examens en présentiels, notamment en raison de la fracture numérique ; et qu’elles ne sont pas pire avec les examens à distance.

De mon point de vue d’étudiante : non seulement elles sont bien amplifiées, mais en plus elles sont bien plus vastes que le seul accès à Internet.

Quid des étudiants parents qui doivent garder leurs enfants ?

De ceux qui profitaient de la BU pour s’échapper de leur environnement familial trop peu propice au travail ?

De ceux qui avaient un job alimentaire et qui sont désormais sans revenus ?

Ou au contraire, de ceux dont les horaires de travail ont été modifiés et qui sont désormais à temps plein au supermarché ?

Alors oui, c’est vrai, on a pas tous et toutes le même accès à Internet et on a pas tous et toutes d’ordinateur. Oui, des mesures ont été prises pour permettre de réduire ce problème dans beaucoup d’universités.

Mais en réalité, les inégalités ne concernent pas seulement le numérique, et elles sont bien plus nombreuses et impactantes que ce que l’on croit.

Confinement et précarité étudiante

Dans son excellent article, Marie t’explique pourquoi le confinement aggrave la précarité étudiante, notamment parce que de nombreux étudiants ne peuvent plus travailler.

Le ministère de l’Enseignement supérieur a débloqué fin mars 10 millions d’euros dédiés à des aides spécifiques d’urgence attribuées par le CROUS, selon France 24, mais l’investissement est jugé insuffisant par des syndicats étudiants comme l’UNEF.

Si tu as besoin d’aide financière, il existe un numéro vert pour les étudiants en situation d’urgence : le 0 806 000 278.

Les examens en ligne, une solution inégalitaire… ou la moins pire des solutions

S’il y a une chose dont j’étais certaine quand la fermeture des Universités a été annoncée, c’est que cette crise sanitaire aurait forcément un impact important sur les étudiants.

J’ai tout de suite compris que nous ne serions pas tous à égalité dans cette crise, et que l’objectif était simplement de nous pénaliser le moins possible. On a tous pensé à des solutions pour réduire ces inégalités…

Faire du contrôle continu partout ? Ça ne s’applique pas à toutes les matières, c’est la porte ouverte à la triche dans beaucoup de cas, et ça n’enlève pas le soucis des différences d’environnement de travail.

Valider toutes les matières avec un 10/20 ?

Est-ce vraiment avantageux pour les étudiants qui ont besoin d’un bon dossier pour entrer en master, ou pour ceux qui n’ont pas le niveau pour passer dans l’année supérieure ? Quelle sera la valeur de la formation en fin de cursus ?

Les examens en ligne, c’est certes inégalitaire, mais ça reste une façon d’évaluer l’étudiant sur ses connaissances et sur ses compétences de manière fiable.

Pénaliser le moins possible les étudiants, ce n’est pas valider leur semestre sans les évaluer. A-t-on donc vraiment le choix sur la façon d’évaluer les étudiants en confinement ?

Des modes d'évaluation différents selon les universités

Si la plupart des universités ont opté pour l’organisation de partiels en ligne, il appartient à chaque établissement de choisir comment évaluer les étudiants et les étudiantes, comme le rappelle cet article de Studyrama.

Certaines universités ont opté pour le contrôle continu à 100% ou combiné avec une dose d’examens en ligne, comme celles de la Rochelle ou de Poitiers.

Les examens en ligne font partie d’un tout, et c’est pour ça que je préfère cette solution

Pour moi, les examens en ligne ne doivent pas être vus comme une décision prise à part, mais bien être intégrés à d’autres mesures pour qu’ils soient la meilleure solution.

En étant combinés à des aides financières et matérielles, en étant combiné à du contrôle continu éventuellement, en permettant la mise en place d’un vrai accompagnement pour les étudiants en difficultés, en organisant un jury d’examen à la fin de la session qui prennent en compte chaque situation et en adaptant au cas par cas…

Les examens en ligne ne sont pas la solution idéale, mais selon moi, on a la possibilité de rendre les choses bien moins pires en accompagnant et en prenant en compte chaque situation individuellement.

Et étant donné les autres possibilités que l’on a, je suis persuadée que c’est la meilleure solution.

À lire aussi : Mémoire universitaire : méthode, conseils et astuces

Faustine M

Faustine M


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Commentaires

Juub

De ce que j'ai compris, il ne s'agit absolument pas de donner la note de 10/20 à tout le monde mais de remplacer le contrôle terminal par un contrôle continu + des dm avec une note minimale de 10/20. C'est à dire que si vous avez jusque là 14 de moyenne ce semestre vous resterez à 14 de moyenne, vous n'allez pas être baissés à 10.
Et vraiment j'ai du mal à comprendre pous celleux qui s'inquiète pour les filières sélectives. Même en admettant que les universités décident pour ce semestre de donner la note de 10/20 à tous les élèves, ça me paraît logique que les filières en question soient au courant de la situation et que vous ne soyez pas pénalisé•es pour ça.
Je sais que c'est une période difficile et stressante, je suis moi aussi en pleine préparation de mes dossiers pour entrer en master, je sais aussi ce que c'est d'arriver difficilement à concilier études et santé mentale et donc à quel point beaucoup de choses peuvent changer d'un semestre à l'autre, je fais aussi partie de ces personnes dont le premier semestre à été catastrophique et qui s'attachait beaucoup au second pour s'assurer le master que je vise. Mais je pense qu'il est aussi important de se dire que la réussite de celles et ceux pour qui ces examens en lignes sont inconcevables est aussi importante que notre propore réussite. Iels ne sont pas moins motivés que nous à intégrer ces formations, seulement iels n'ont pas accès à internet, sont obligés de travailler, ont des proches ou sont eux même malades ... Est-ce qu'iels méritent d'être plus pénalisés que nous ? (Alors qu'encore une fois je le répète, dans tout ce que j'ai vu, même si je peux me tromper, il ne s'agit pas de faire baisser votre moyenne mais au moins d'assurer une moyenne à 10 pour les personnes qui sont le plus en difficulté pendant cette période)
 

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