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Déclic

Sandrine, 48 ans : « J’en demandais plus à mes filles qu’à mon fils pour les tâches ménagères »

Dans Déclic, des personnes nous parlent de leur prise de conscience féministe et ce que cela a changé pour elles. Aujourd’hui, Sandrine raconte comment l’écriture lui permet de défendre les victimes de violences sexistes et sexuelles.
  • Prénom : Sandrine
  • Âge : 48 ans
  • Occupation : Auteure et conférencière
  • Lieu de vie : Pantin

Comment décririez-vous votre rapport au féminisme ?

Le féminisme a été pour moi un éveil tardif. Un ras-le-bol d’avoir moins que les hommes, de devoir en faire toujours plus simplement parce que je suis une femme. 

 Je ne me considérais pas féministe, cependant quand j’ai pris ma place, et ce de façon entière, j’ai commencé ce combat d’égalité et j’ai surtout développé la sororité ; une des clés pour moi. Ensemble nous sommes plus fortes.

À quand remonte votre déclic féministe ?

À la quarantaine bien tassée. Auparavant, je rentrais dans le moule sociétal. J’en faisais toujours plus pour essayer de tout gérer : le foyer, le travail, la vie perso. J’étais un bon petit soldat qui assume tout, toute seule, étant maman solo de 3 enfants.

Étant très curieuse de nature, je lis beaucoup et ai été marqué par le combat de celles qui ont ouvert la voie, celles qui se sont battues pour nos droits. J’ai fait un grand travail de recherche pour mon 2ᵉ livre, qui est en cours d’écriture, et portera sur les violences conjugales, cette pandémie de l’ombre qui bafoue la dignité humaine de centaines de milliers de femmes. Cela m’a ouvert les yeux.

Comment le féminisme infuse-t-il votre vie aujourd’hui ?

Je n’ai plus du tout la même vision du monde aujourd’hui. Je suis beaucoup plus attentive aux comportements négatifs, sexistes et autres. Je me suis formée à la fresque du sexisme junior et adulte pour sensibiliser et ainsi déconstruire la mécanique sexiste que j’ai moi-même alimentée inconsciemment en faisant des différences entre mes 2 filles et mon fils.

J’en demandais plus à mes filles pour les tâches ménagères par exemple. Ce que la cadette dénonçait dès toute petite. Mon fils était un petit roi par rapport à ses sœurs. Chose que je regrette aujourd’hui car je ne l’ai absolument pas préparé à être égalitaire. Mon fils pouvait aussi sortir plus facilement que mes filles. J’avais toujours peur qu’elles se fassent agresser. J’ai appris à surveiller mes filles mais pas à éduquer mon fils à l’égalité.  Là encore, la charge de l’éducation est sur les épaules des femmes. 

J’ai dû faire aussi un gros travail de déconstruction des injonctions patriarcales, par exemple pour partager la charge mentale et ne plus tout porter. Il est dommage qu’il n’y ait pas plus d’hommes investis dans ce combat égalitaire, plus d’hommes qui prennent parti, qui dénoncent. Plus d’hommes publics qui mettent leur notoriété au service de la déconstruction du sexisme. Malheureusement, la plupart des hommes ne souhaitent pas perdre leurs privilèges sur les bancs de l’égalité. Il y a encore beaucoup à faire.

La boîte à outils féministes de Sandrine
  • Combattre leur violence (documentaire produit par Melissa Theriau)
  • 125 et des milliers de Sarah Barukh (Livre)
  • Nos pères, nos frères, nos amis : Dans la tête des hommes violents de Mathieu Palain (livre)
  • Vivantes de Sarah Barukh (film)
  • UNIVERSELLES pièce de théâtre de l’association IMANI

Avez-vous laissé de côté certaines habitudes, déconstruit certaines croyances, ou posé de nouvelles limites ? 

Je n’accepte plus du tout les manquements masculins et sociétaux. J’ai dénoncé le harcèlement moral, la charge mentale, les violences conjugales, les injonctions sociétales sur notre corps menant à la dysmorphophobie, aux troubles du comportement alimentaires, à l’obésité et à la grossophobie dans mon premier livre.

Je m’investis depuis un an en tant que bénévole engagée dans l’association IMANI qui lutte contre toutes les violences faites aux femmes. Je suis également ambassadrice de TI3RS, l’application de communication sécurisée dans un contexte de violences. Je suis une survivante de 21 ans de violences conjugales, je suis passée d’ancienne victime à femme engagées dans la lutte des violences conjugales.

Je me suis aussi pardonnée le fait d’avoir moi-même alimenté la mécanique sexiste en reprenant ma place de femme libre. Je suis beaucoup plus solitaire, car j’ai appris à poser mes limites et sors de ma vie ceux qui ne les respectent pas.

Évoluez-vous aujourd’hui dans des cercles féministes ?

Je vais à de nombreux évènements et interviens quand l’occasion se présente. Ma dernière conférence a été pour La Causerie Femmes Modèles Actives dans la communauté Haïtienne où il y a beaucoup de violences conjugales qui sont tues.

Je suis très active pour mettre en avant les potentiels féminins, pour défendre les femmes de toutes sortes de violences par le biais de mon écriture et mes interventions. Mon second livre comportera des témoignages de survivantes de violences conjugales d’origines et de milieux socio-professionnels ainsi que de professionnels qui lutte contre ce fléau pour sensibiliser et surtout pour ne pas dire « Je ne savais pas ». Il est de notre responsabilité de reprendre notre pouvoir de femme libre. Le silence est la force des personnes violentes, libérons la parole des victimes. J’ai témoigné dans plusieurs podcasts pour partager mon parcours et ainsi montrer que la résilience se cultive.

Avez-vous l’impression d’être arrivée au bout de votre éveil féministe ?

Non, même si je fais ma part de petit colibri de l’égalité pour un monde plus sécure et égalitaire. Nos droits sont toujours menacés et nous devons les défendre chaque jour. La citation de Simone de Beauvoir est malheureusement toujours criante de vérité : « Il suffira d’une crise politique, économique et religieuse, pour que les droits des femmes, nos droits, soient remis en question. Notre vie durant, vous devrez demeurer vigilante ».


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