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Mode

Le retour des années 2000 rappelle combien elles glamourisaient les troubles du comportement alimentaire

Jean taille basse et tube tops étaient célébrés dans les années 2000 surtout sur des corps ultra-minces à une époque où le body-shaming et les TCA étaient banalisés. La nouvelle génération peut-elle réécrire ces tendances avec conscience ?

C’est une réalité mode qui ne fait que prendre de l’ampleur : les tendances des années 2000 reviennent en force. Sauf que la réémergence du Y2K aujourd’hui permet de les revoir avec un nouveau regard plus éduqué aux questions de sexisme, de grossophobie, ou encore de santé mentale. Avec ce nouvel œil, on a vite fait de se rendre compte de ce qu’elles peuvent représenter d’un culte du jeunisme et de la minceur dérangeant

« Nothing tastes as good as skinny feels »

Certes, l’idéalisation de la jeunesse n’a pas été inventée en l’an 2000 et ne se cantonne pas au milieu de la mode, mais ce dernier la concentre d’une façon assez flagrante, comme vient de le souligner le média Harper’s Bazaar dans un récent article.

Puisqu’on était encore loin de l’avènement des réseaux sociaux, la pop culture se propageait sans laisser autant de place au contradictoire. Sur les podiums comme à la télévision, c’était un flot ininterrompu de femmes jeunes, minces, blondes, comme Paris Hilton, Nicole Richie, ou encore Kate Moss — qui pouvait blaguer sur le fait que « Nothing tastes as good as skinny feels » (« Rien n’est plus délicieux que d’être maigre ») auprès du WWD en 2009. Une phrase que la mannequin encore en grâce présentait comme un mantra, aussitôt repris par la multitude de forums pro-anorexie (ou « pro-ana » pour les intimes des troubles du comportement alimentaire) qui pullulaient au grand jour.

D’autant que les tendances vestimentaires de l’époque flattaient surtout un seul type de corps : blanc, cisgenre, grand, mince, jeune, tonique, et valide, sans que d’autres types de beauté puissent coexister et être également valorisés dans l’espace médiatique. 

Utiliser des ados pour donner envie aux adultes était banalisé

Ce n’est qu’en 2017 que LVMH et Kering, les deux groupes de luxe les plus puissants du monde — et donc aptes à impulser un mouvement dans la bonne direction — ont créé une charte pour améliorer les conditions de travail des mannequins, s’engageant notamment à ne pas travailler avec ces dernières si elles n’ont pas de certificat médical récent qui stipule qu’elles sont en bonne santé mentale et physique. D’après cette charte inédite pour l’industrie, elles doivent aussi faire plus qu’une taille 32, et avoir plus de 16 ans si elles participent à des défilés ou des campagnes s’adressant aux adultes.

Ce qui veut bien dire qu’avant, c’était tout à fait possible, et même monnaie courante qu’une fille de 14 ans puisse défiler pour donner envie à des adultes d’avoir les mêmes fringues qu’elle, afin de lui ressembler. Forcément, ça pouvait favoriser des problèmes d’image des deux côtés…

@laurenlicup

the things i would’ve done to be front page of j14 (ib @ageorama ) ##y2k ##popstar ##2000sfashion ##fyp ##TheChallengeAllStars

♬ Circus – Britney Spears

Pire, les autres morphologies étaient moqués de façon décomplexée, comme l’illustre violemment cet article du DailyMail de 2007 : Pourquoi toutes les femmes ont besoin d’avoir une amie grosse. La réponse : pour avoir l’air plus mince à côté, en comparaison, évidemment…

Vous avez dit grossophobie ? Ça effleurait à peine les esprits de l’époque. Pourtant, les conséquences sont là : d’après un article de la revue scientifique British Medical Journal, le Royaume-Uni a connu un pic des troubles du comportements alimentaires entre 2000 et 2009, par exemple. Et la tendance était probablement valable pour tout l’Occident, à cette période où les médias adoraient à la fois présenter comme des modèles de corps à copier et se moquer des silhouettes de Victoria Beckham, Mary-Kate Olsen, ou encore Jessica Alba, qui ont toutes trois reconnues souffrir d’anorexie. 

Les femmes non-blanches, invisibilisées dans les années 2000

À cette période étaient aussi complètement invisibilisées, pour ne pas dire marginalisées, les femmes non-blanches dans la culture mainstream — qui était alors une vaste réunion non-mixte blanche ne disant pas son nom.

Quasi inexistantes dans Friends, Sex and the City ou encore Sous le soleil, pour reprendre des séries populaires emblématiques de la période, elles n’avaient d’autre choix que de s’affirmer dans des sitcoms dédiées. Aux États-Unis, par exemple, des productions afro-américaines telles que Moesha, Ma famille d’abord, ou encore Tout le monde déteste Chris ont pu compenser en partie cette invisibilisation.

Mais on y retrouvait quand même des clichés participant à banaliser des problèmes d’insatisfaction corporelle, comme l’illustrent particulièrement le casting coloriste et les nombreuses remarques concernant le poids de la mère Janet dans Ma famille d’abord, utlisées comme un running gag. 

Les Zoomers vont-ils réécrire les tendances Y2K version body-positive ?

Que les tendances Y2K reviennent à la mode aujourd’hui permet donc de mieux prendre conscience de tout ce qui a changé depuis cette époque où le bodyshaming était un sport international, aussi décomplexé que complexant.

Mais c’est précisément parce qu’elles reviennent en force via les réseaux sociaux que ces tendances semblent commencer à être réécrites par une nouvelle génération, la Z (surnommée les Zoomers, par opposition aux Boomers), plus alerte sur ces questions !

C’est aussi parce qu’en 2021, différents modèles d’aspiration puissent co-exister qu’on peut assister à la célébration parallèle de différentes « esthétiques » (mermaidcore, cottagecore, regencycore, et autre dark academia), contrairement au début des années 2000 où seuls les médias dominants pouvaient dicter le bon goût, la bonne silhouette, et le bon look.

C’est cette pluralité des esthétiques possibles qui contribue au succès de TikTok, notamment — même si elle peut parfois s’avérer artificielle et récupérée à des fins marketing, comme l’explique la brillante vidéaste Amocide dans la vidéo ci-dessous.

L’ESTHETIQUE SUR TIKTOK (identité, sous-cultures et marketing)

En somme, peut-être que la génération Z (née après l’année 1995) va pouvoir réinvestir le Y2K pour en exploser les dimensions les plus normatives, afin qu’on puisse enfin s’habiller comme on veut plutôt que de se plier dans des vêtements qui ne nous vont pas !

À lire aussi : Comment TikTok accélère le jeu de dupes des tendances mode

Les Commentaires
46

Avatar de Ronronlepotiron
14 février 2022 à 10h27
Ronronlepotiron
Je trouve le sujet très très sensible mais certaines réactions sont très agressives, un peu choquée du topic je dois l'avouer ...
1
Voir les 46 commentaires

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