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Mère et atteinte de TDAH : « J’ai longtemps tenté de masquer mes difficultés quotidiennes »

Le TDAH est un trouble qui toucherait autant d’hommes que de femmes. Il est d’autant plus douloureux que ses manifestations s’opposent à un idéal féminin et maternel encore largement véhiculé par la société. Je vous raconte mon expérience.

TDAH, ce sigle semble avoir envahi nos réseaux sociaux depuis quelques années. Certains parlent même de mode et d’épidémie. Deux termes qui témoignent paradoxalement d’une totale méconnaissance du sujet.

Le Trouble Déficitaire de l’Attention avec ou sans Hyperactivité est un trouble du neurodéveloppement qui altère les fonctions attentionnelles et exécutives, censées piloter nos gestes routiniers. Il se manifeste notamment par des oublis constants, des retards ou encore la perte régulière d’objets du quotidien.

L’hyperactivité est présente dans un peu plus de 50 % des cas, elle s’accompagne souvent d’impulsivité et de désinhibition.

Le TDAH n’est pas une invention des lobbies pharmaceutique ni une conséquence regrettable de nos modes de vie sédentaire. Il s’agit d’un trouble du développement qui n’a pas attendu les années 2000 pour émerger et touche entre 2,5 et 2,9 % des adultes. Dans l’imaginaire collectif, ce sigle concerne surtout des petits garçons turbulents dont on se demande s’ils n’auraient pas seulement besoin d’un recadrage. Si on sait désormais que les filles aussi sont touchées, on pense plutôt aux TikTokeuses de la génération Z qui dansent avec des oreilles de chat. Ou à nos héroïnes de pop culture, généralement décrites comme instables et volubiles, mais pétillantes, fun et sexy.

Le TDAH, un trouble spécifique au genre

Les femmes atteintes de TDAH ne sont pas toutes des Pixie Dream Girls. Parmi elles, on trouve aussi beaucoup de mères de famille lambda, soit une population qui n’est pas historiquement célèbre pour son fun et sa spontanéité.

Si personne ne remet en cause l’existence de ce trouble chez des femmes qui ont des enfants, on parle encore très peu des défis caractéristiques au genre, et d’autant plus à la maternité.

Chez les femmes, l’hyperactivité et l’impulsivité caractéristiques sont moins présentes, ou mieux intériorisées. Elles pourraient avoir développé de meilleures stratégies de compensations, pour mieux répondre aux attentes réservées à leur genre.

Les symptômes féminins incluent plutôt de l’inattention et de la distraction. Peu gênants pour le groupe, ils sont largement ignorés. Selon les travaux et les biais appliqués, un homme a entre 2 et 9 fois plus de chance d’être diagnostiqué qu’une femme. Autant de chances en plus de recevoir un traitement qui fonctionne, d’apprendre à gérer le trouble, développer des stratégies adaptées et vivre correctement.

La femme TDAH et neuroatypique et la société

Souillon, brouillon, patapouf, demeurée, stressante, brusque, gloutonne, et je vous épargne les plus moches. Ceux qui m’ont tuée, comme on disait autrefois. Ces quolibets conditionnent l’image que l’ont fini par avoir de soi-même. Pendant des années, je me suis sentie comme le gros pied de Javotte, la sœur de Cendrillon, tentant d’entrer dans la pantoufle délicate.

J’ai longtemps tenté de masquer mes difficultés quotidiennes, mais je ne suis jamais parvenue à faire illusion. Or, comment peut-on expliquer qu’une femme adulte, et visiblement munie d’un cerveau en état de marche, ne parvienne pas à accomplir des gestes tous simples ? Soit toujours en retard ? Ne tienne pas en place ?

Face à cette paresse et ce manque de volonté évidents, le monde extérieur s’est toujours autorisé à commenter mon existence. Ce détartrage sans anesthésie pour « m’apprendre à prendre soin de mes dents ». Ce coiffeur et ses collègues qui se moquent de mes cheveux, alors que je pleure de honte. Ce colocataire qui déboule dans ma chambre sans frapper avant de me traiter de souillon. Ce superviseur qui refuse de s’asseoir à côté de moi, parce que je suis trop speed.

Comme beaucoup de femmes atteintes de TDAH et de neuroatypie en général, j’ai accumulé des dettes et j’ai eu des conduites à risques. J’ai aussi fait la joie de prédateurs sexuels et j’ai imputé ces incidents à ma consommation d’alcool. Tant pis pour moi.

En moyenne, les femmes atteintes de TDAH sont diagnostiquées entre 30 et 40 ans. Elles vivent donc en moyenne entre 30 et 40 ans dans la peau d’une énergumène gaffeuse, inadaptée, instable, impolie, désordonnée et brouillonne (ou psychorigide), distraite, inconsistante et possiblement toxicomane et dépravée.

Lorsqu’elles deviennent adultes, puis parfois mères, elles sont déjà très abîmées par des années d’adaptation laborieuse, de quotidien imprévisible et d’image de soi lamentable.

Le point de rupture

Je n’ai jamais été aussi heureuse que lors de ma première grossesse. J’avais toujours rêvé d’avoir des enfants. J’étais certaine qu’ils résoudraient toutes mes difficultés : une fois mère, je serais OBLIGÉE de fonctionner normalement, pour eux.

Je savais d’avance que je n’aurais pas le courage de me plier à certaines des recommandations les plus exigeantes, mais j’étais prête à l’assumer. J’avais la chance inouïe de graviter dans un milieu bienveillant, qui favorisait l’équilibre plutôt que la perfection. De fait, la naissance de l’enfant a correspondu avec l’entrée dans une période de stabilité qui perdure encore aujourd’hui.

Pendant plusieurs années, j’ai tenu le coup, sourire désolé aux lèvres et excuses minables plein la bouche. Je zappais les journées portes ouvertes de l’école. L’enfant portait des chaussettes dépareillées et un legging trop petit prêté par la crèche. Nous ne pouvions pas inviter d’autres enfants à cause du désordre. Le papa n’était pas beaucoup plus assidu que moi, mais lui, il avait le droit. À cette époque, j’en riais volontiers. J’étais en adoration totale devant mon bébé avec qui j’avais réussi à nouer une relation merveilleuse et le reste m’importait peu.

Puis mon fils est né et la charge supplémentaire de cet humain, au demeurant extraordinaire, m’a fait vaciller.

Mère cool et épanouie à l’arrache, je suis devenue une mère qui vrille et qui s’égosille à la moindre contrariété. Je ne supportais plus cette épée de Damoclès toujours prête à s’abattre et à bouleverser un quotidien déjà si fragile. Une seconde d’inattention et tout pouvait s’effondrer. Certes, mes erreurs ne me coûtaient pas (toujours) trop cher, mais j’ai tant de fois perdu mes papiers d’identité qu’on m’a soupçonné de me prêter à un trafic de faux passeport. C’est une histoire vraie. C’est ça notre vie.

Les difficultés avérées du TDAH quand on est mère

En devenant mère, l’équilibre précaire et durement atteint s’effondre sous le poids de la nouvelle charge mentale, alors que des enfants qui nous ressemblent viennent éprouver notre résistance. Les manifestations du TDAH génèrent de l’anxiété et de l’épuisement qui se manifestent souvent via de la colère et des burnouts. Des caractéristiques particulièrement regrettables pour une mère de famille qui désespère de répondre aux attentes de ses marmots et de la société.

Tout retenir, se concentrer, patiemment, ne pas oublier, écouter attentivement, être constamment dédiée à une autre personne que soit, ces injonctions déjà épuisantes, sont simplement intenables pour les mères qui souffrent de TDAH.

Quand la batterie est vide, le moteur explose. Je suis consciente de l’inexactitude de cette métaphore, mais elle résume l’épuisement et les bouffées d’angoisse et d’irritation de plus en plus fréquentes, qui m’ont enfin menée au diagnostic.

J’avais 34 ans quand j’ai finalement mis un mot sur cette sensation de mal de mer mental permanent. Cela m’a permis de faire le deuil d’une guérison inopinée, et d’envisager la vie différemment, avec des solutions adaptées à ma famille. On fonctionne au principe de cuillère, on accepte et on communique beaucoup, en attendant d’arrêter de hurler toutes seules dans nos coins.

À lire aussi : « Ça m’inquiète de faire subir ça à mon enfant » : les mères bipolaires témoignent


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Les Commentaires

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8 mai 2024 à 14h05
Kettricken
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