Les mères imparfaites vous emmerdent, merci pour elles


Manon en a marre d'être culpabilisée en permanence sur son rôle de mère. Elle te donne quelques astuces pour prendre du recul sur la pression de la maternité, et essaye de t'aider à avoir confiance en toi.

Les mères imparfaites vous emmerdent, merci pour elles

Bon ok, je suis bien consciente que je ne jette pas du tout un pavé dans la mare en énonçant cette info toute évidente : être mère, c’est chaud.

Pour certaines, ça commence avant même d’accoucher, dès le moment où elles sentent qu’elles partagent leur corps avec quelqu’un d’autre, façon Alien mais sans le côté trop trash (quoi que). Pour d’autres, ça leur tombe dessus à l’accouchement, quand elles tiennent leur héritier ou héritière dans les bras.

Et enfin il y a les autres, comme moi par exemple, qui ne réalisent qu’elles sont maman que plusieurs jours, semaines, voire mois plus tard, une fois qu’une routine s’installe et qu’elles arrivent à prendre conscience de tout ça. Bonjour le tsunami émotionnel hein.

Tu vois, déjà dès le début, on est toutes différentes dans la maternité. Alors pourquoi culpabiliser, toujours, tout le temps, parce qu’on ne fait pas comme les autres ? Et surtout, pourquoi on accepte d’être culpabilisées par les autres, les tiers, ceux qui gravitent autour de notre vie de mère ?

Les injonctions et les paradoxes de la maternité

Si tu es enceinte ou que tu as déjà la chance d’avoir un môme qui te bouffe l’intégralité de ton PEL, tu as sans doute remarqué que les conseils plus ou moins bienveillants sortent très rapidement de la bouche de ceux qui te côtoient. C’est presque instinctif chez eux, à croire qu’ils se sentent obligés de te balancer leurs avis sans que tu n’aies rien demandé.

Tu as peut-être pu constater assez rapidement qu’en tant que responsable d’un mini-être humain, on te demande souvent de faire des choix et de prendre position.

Cododo ou chambre à part ? DME (Diversification Menée par l’Enfant) ou diversification basique ? Jouets en bois ou en plastique ?

Couches lavables ou jetables ? Pouce ou tétine ? Tu comptes retravailler ou rester chez toi à t’occuper de ton bébé ? Pas d’écran, ou un dessin animé de temps en temps ?

Et la plus tendax des interrogations, celle qui peut vraiment faire clasher les mères entre elles : allaitement maternel ou lait industriel ?

Faire le deuil de la mère parfaite

Parce que (attention : spoiler) elle n’existe pas, cette mère parfaite. Ouaip.

Tu as sûrement été biberonnée toi aussi dans le mythe de cette daronne idyllique, que dis-je, cette sainte, qui est totalement dévouée à ses enfants qu’elle aime quoi qu’il se passe, qui a un travail qui lui plaît et dans lequel elle s’épanouit, le tout dans une maison propre avec du linge lavé/repassé/plié/rangé. Genre. 

Celle qui n’oublie jamais de faire les rappels des vaccins de ses mômes, qui connaît exactement le nombre de cuillères qu’il faut mettre dans le bib sans regarder les instructions sur la boîte CHAQUE matin, celle qui connaît le poids de son bébé par cœur et qui n’a pas besoin de le peser à chaque fois qu’il doit gober du Doliprane. 

Celle qui ne lui fait que des plats maison, bio, avec des légumes frais du marché. Celle qui prépare toute seule les gâteaux du goûter. Celle qui a le temps d’assister à toutes les réunions parents-profs et les spectacles de fin d’année et qui EN PLUS s’y intéresse (alors qu’en vrai, est-ce qu’il existe un truc plus chiant au monde que ça ?).

Celle qui a pu allaiter jusqu’au 1 an de l’enfant sans que ça ne soit JAMAIS une contrainte, celle qui ne crie pas sur ses mômes — ces derniers ne faisant d’ailleurs jamais de crises à se rouler par terre dans les allées du supermarché (tmtc). 

Je ne te parle même pas du rôle du père là-dedans, parce que la mère parfaite n’a pas besoin d’un binôme pour tout gérer ! Elle, elle sait. Elle a eu son bébé livré avec le mode d’emploi, et elle a pas voulu faire tourner l’info.

Tu l’auras compris, cette mère, cette femme-là, n’existe pas. Tu peux savoir faire des tonnes de choses, tu peux être douée dans plein de domaines, mais tu ne peux pas TOUT faire. Parce que si tu essayes, tu risques de te péter un peu la margoulette (oui, cette expression est géniale, y a pas de débat à avoir).

C’est sûrement pour ça qu’on culpabilise toutes à donf pour tout et pour rien, alors qu’en vrai, à quoi tu t’attendais ? Evidemment que tu ne peux pas tout faire, tout gérer. Pourquoi as-tu besoin de te culpabiliser alors que c’est quelque chose d’impossible à atteindre ?

Mais alors, pourquoi les mères culpabilisent pour tout ?

Je ne fais que des suppositions, mais peut-être que cette culpabilité constante vient du fait qu’on a été garante du bon développement de la vie du bébé in utero. Cette responsabilité, énorme, ne part pas après l’accouchement, et la pression exercée par la société et le corps médical ne fait que rajouter de l’anxiété.

Ne pas prendre trop de poids pendant la grossesse, ne pas en perdre non plus, ne pas boire, ne pas fumer, ne pas stresser, ne pas porter de trucs lourds… Tu vois le topo hein.

Si jamais tu avais le malheur de t’allumer une clope en étant enceinte, tu pouvais, au choix, soit te taper les pires réflexions de ceux qui te voyaient faire, soit te culpabiliser toute seule comme une grande, sans l’aide de personne.

Alors oui bien sûr, fumer enceinte c’est pas bien, tout le monde le sait… Mais est-ce que le faire remarquer à une femme enceinte qui a follement envie de s’en griller une va l’aider d’une quelconque manière ? 

Ayant fumé moi-même occasionnellement quand j’attendais ma fille, je peux te dire qu’aucune des réflexions que j’ai pu recevoir ne m’a aidée.

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Ça a tout simplement renforcé mon sentiment de culpabilité déjà énorme, a décuplé mon angoisse (c’était d’ailleurs pour ça que je m’allumais une clope de temps à autre), mais ça n’a rien changé. Mon propre regard sur moi est devenu horrible, mais les faits n’ont pas bougé, je fumais quand même de temps en temps.

Je SAVAIS que ce que je faisais n’était pas bien, mais on me demandait de penser à un être qui, pour moi, n’était pas encore personnifié, et je me devais d’agir en conséquence, pour lui. Et oui, parfois, j’en étais incapable.

Merci Jean-Michel-j’ai-un-avis, mais tes réflexions sur ce sujet ne m’ont jamais aidée, comme quoi tu aurais pu la fermer, ça aurait été bien plus utile.

Un peu de bienveillance et de tolérance, c’est trop demander ?

Fais-toi confiance. Comme le dit la psychologue Ercilia Palacio-Quintin :

Une erreur ne perturbe pas un enfant, un doute constant, oui.

Tu peux avoir des tonnes de principes avant d’avoir des mômes, en te basant sur le mythe de la mère parfaite. Tu peux ne pas vouloir lui faire manger de produits transformés, allaiter autant que possible, ne pas le laisser passer plus de 10 minutes avec une couche sale, ne jamais vouloir faire semblant de ne pas l’entendre la nuit, laver ses fringues tous les jours plutôt que de renifler discrètement pour savoir si ça peut encore tenir une aprem ou deux, et j’en passe.

Tu peux vouloir être tout ça avant d’avoir un môme, avant d’être dans le concret, et puis peut-être que tu comprendras finalement cette phrase : « avant, j’avais des principes, maintenant j’ai des enfants« . Ne sois pas si dure avec toi-même, et essaye de relâcher la pression.

Demander de l’aide

Si jamais tu sens que tu n’y arrives pas, que c’est trop pour toi, que tu te retrouves dans une spirale infernale qui ne te permet pas de prendre suffisamment de recul pour savoir où tu vas : demande de l’aide.

Si tu as la chance d’avoir de la famille ou des amis qui peuvent te filer un coup de main : profites-en. Demander de l’aide n’est pas être une mauvaise mère, bien au contraire. C’est pas parce que tu dis « hey, je galère là, help » qu’on va te répondre « nan mais la meuf elle est pas foutue de gérer sa maternité toute seule, quelle boloss ». Non. Non. Non.

Si on t’envoie bouler, c’est peut-être parce que tu n’as pas trouvé l’interlocuteur en face, je dirais le miroir qui t’aide à avancer. (Si t’as la ref’ de cette dernière phrase, je t’offre des chouquettes).

Si tu n’as pas la chance d’avoir famille et amis qui peuvent t’aider, tu peux aussi traîner sur Internet, il n’y a pas que des vidéos de chatons qui se cassent la margoulette (oui oui, toujours cette expression, tu vas faire quoi ? ).

En cherchant, tu peux tomber dans des groupes Facebook, des forums d’entraide, qui peuvent vraiment changer la donne et te filer un vrai coup de main. Internet n’est pas qu’anonymat, ça peut être complètement l’inverse si tu cherches bien ce qui te correspond.

Parce que oui, nous y voilà : être mère ne s’apprend pas dans les bouquins. Tu as beau avoir été l’équivalent d’Hermione Granger pendant toute ta scolarité, tu peux très facilement ressembler à une poule qui a trouvé un couteau quand on te pose ton tout nouveau petit bébé dans les bras.

C’est pas livré avec le manuel, y a même pas de retour possible à l’envoyeur en cas d’incompatibilité d’humeur, bref c’est pas le meilleur investissement quoi.

Mais l’essentiel dans tout ça, c’est que tu te fies à tes valeurs, que tu crées ta propre définition de « maman », que tu écoutes les conseils bienveillants qui vont dans le sens de ces fameuses valeurs, et uniquement si tu les as demandés.

Fais-toi confiance bordel, après tout c’est toi qui l’a pondu ce petit machin !

 

Manon Portanier

Manon Portanier


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