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« Vous voulez des enfants ? » : que répondre à cette question (pétée) en entretien d’embauche

Si vous êtes une femme en âge de procréer, il y a des chances que vous ayez déjà été confrontée à la fameuse question : « vous avez prévu d’avoir des enfants ? » lors d’un entretien d’embauche. Voici quelques conseils pour y répondre.

C’est fou à quel point nos utérus et ce qui s’y passe semblent intéresser les recruteurs ou recruteuses. Quand on est une femme âgée de 20 à 40 ans, il n’est pas rare de se voir demander en entretien d’embauche si on a des enfants ou si on prévoit d’en avoir dans les trois prochaines décennies années. Une question qui n’est étrangement jamais posée aux hommes en âge d’être pères…

À lire aussi : Contre la discrimination des personnes enceintes au travail, ce guide donne des billes précieuses

Que dit la loi sur les questions personnelles en entretien ?

Pourtant, légalement, on ne peut poser en entretien d’embauche que des questions ayant un rapport direct avec le poste proposé. C’est ce que précise l’article L1221-6 du Code du Travail.

« Les informations demandées au candidat à un emploi, sous quelque forme que ce soit, ne peuvent avoir comme finalité que d’apprécier sa capacité à occuper l’emploi proposé ou ses aptitudes professionnelles. Ces informations doivent présenter un lien direct et nécessaire avec l’emploi proposé ou avec l’évaluation des aptitudes professionnelles. »

On se demande donc bien en quoi le fait d’avoir des enfants ou non pourrait influer sur vos aptitudes professionnelles. À la rigueur, le recruteur ou la recruteuse pourrait vous annoncer qu’il y a des déplacements nécessaires ou des horaires décalés, et vous demander si c’est compatible avec votre vie personnelle, mais ça s’arrête là.

« Vous avez prévu d’avoir des enfants ? » : les RH en roue libre sur l’autoroute de l’illégalité

Précisons aussi tout de suite que discriminer quelqu’un à cause de sa situation de famille est bien sûr complètement illégal, selon les articles 225-1 et 225-3 du Code Pénal. Évidemment, ce n’est pas simple à prouver côté candidate, car les entreprises sont suffisamment malignes pour ne pas écrire un mail disant noir sur blanc : « on n’embauche pas les mères, déso ».

Toutefois, si vous pensez avoir été discriminée pour ce motif, n’hésitez pas à contacter la Défenseure des droits, qui pourra vous conseiller et vous accompagner dans vos démarches. Un petit manuel en ligne a aussi été créé pour donner des billes contre les discriminations envers les personnes enceintes.

Il existe aussi dans certaines villes des permanences juridiques gratuites, avec des avocats et avocates pouvant répondre à vos questions.

La théorie c’est bien beau, mais dans la pratique, comment peut-on se préparer à répondre à cette question ? Après tout, si vous rappelez sèchement qu’il est interdit de poser ce genre de questions, cela peut compromettre vos chances d’avoir le poste.

Si vous n’avez pas d’enfant, ni d’envie d’en avoir, vous pourriez être tentée de répondre simplement à la question en disant la vérité. A priori, cela ne vous desservira pas, mais ça risque d’entretenir le phénomène, avec des recruteurs et recruteuses qui continueront de poser cette question à toutes les candidates.

Mentir ou dire la vérité en entretien d’embauche ?

Si vous avez envie d’avoir des enfants dans un futur proche (ou si vous êtes déjà enceinte au moment de l’entretien), vous vous demandez peut-être si vous pouvez mentir sur ce point. Sachez déjà que vous n’avez aucune obligation de révéler votre grossesse ou votre projet de grossesse lors d’un entretien d’embauche. Cela ne pourra jamais être utilisé ensuite comme un motif valable de rupture de contrat par votre nouvel employeur.

Vous pouvez donc répondre en entretien que vous n’avez pas de projet de bébé pour l’instant, puis annoncer votre grossesse dès la fin de votre période d’essai, cela ne pourra jamais être utilisé contre vous pour vous licencier. Par contre, effectivement, les relations peuvent ensuite être un peu tendues au sein de l’entreprise, ou avec votre N+1.

En fait, c’est à vous de réfléchir : est-ce que vous avez vraiment besoin/envie de ce poste ? Est-ce que vous êtes prête à travailler dans une boîte pour qui la maternité est un problème et/ou avec un·e chef qui fera la gueule si vous lui annoncez votre grossesse dans six mois ? La réponse vous appartient, car chaque situation est différente.

Face à une question intrusive en entretien, recentrer la discussion

Toutefois, ce que je vous conseille vivement, c’est de ne PAS répondre à cette question, quelle que soit votre situation personnelle. C’est le conseil que m’a donné une recruteuse un jour et que j’ai trouvé hyper utile, donc je le partage avec vous. Quand on me pose une question en entretien qui n’a rien à voir avec mes compétences ou avec le poste, j’essaye de recentrer habilement le débat sur mes aptitudes professionnelles et ma motivation. Le tout avec un grand sourire, sans agressivité mais en restant ferme. Exemple :

– Est-ce que vous avez prévu d’avoir des enfants bientôt ?
– Ce qui compte pour moi en ce moment, c’est de décrocher ce poste pour lequel je pense être tout à fait compétente parce que blablablabla.

Non seulement je ne réponds pas à sa question déplacée, mais en plus, j’envoie le message qu’on est là pour parler de mes compétences. Si il ou elle insiste, je lui sors, avec un sourire de plus en plus grand, des variations autour de cette réponse.

Vous pouvez aussi retourner sa question au recruteur ou à la recruteuse en jouant la naïve. « Pourquoi me demandez-vous cela ? C’est la première fois qu’on me pose cette question, alors j’aimerais pouvoir y répondre du mieux possible ». Il y a des chances pour qu’il ou elle bafouille et passe à autre chose.

Jouer la naïve : « Des enfants ? C’est quoi ? »

La question directe « est-ce que vous avez des enfants ? » est un peu plus tricky. Vous pouvez tenter d’en sortir en reformulant :

« Peut-être que vous voulez savoir si je pourrais faire des déplacements dans le cadre de mon travail, ou rester tard certains soirs ? Je peux vous assurer que je m’engage toujours fortement dans mon travail, peu importe ma situation personnelle ».

Enfin, vous pouvez aussi dire que vous vous efforcez de toujours séparer vie pro et perso, et que celle-ci n’a pas d’impact sur votre capacité à mener à bien les missions qui vous seront confiées. Dans tous les cas, je vous conseille de répondre de façon vague et de ramener la discussion sur le sujet de vos compétences et de votre motivation, tout en évitant d’entrer dans la confrontation. Évidemment, c’est plus simple d’y arriver quand on se prépare à l’avance.

Utiliser cette technique vous donnera aussi des infos en plus sur le fonctionnement de l’entreprise. Est-ce que le recruteur ou la recruteuse insiste pour obtenir une réponse ? Ou est-ce que la conversation repart sur d’autres sujets ? Dans le premier cas, cela semble indiquer que la maternité est un vrai problème dans cette entreprise, et personnellement, cela déclenche un signal d’alarme dans ma tête.

Enfin, certaines amies m’ont confié se sortir de ces situations pourries en entretien avec une pirouette :

– Vous avez prévu d’avoir des enfants dans les prochaines années ?

– Pourquoi ? Vous voulez m’en faire ?

Et hop, c’est comme ça qu’on renvoie le malaise dans le camp de l’expéditeur.


Écoutez l’Apéro des Daronnes, l’émission de Madmoizelle qui veut faire tomber les tabous autour de la parentalité.

Les Commentaires

55
Avatar de Alzire
28 avril 2023 à 18h04
Alzire
@Vintage Phonic Je dirais que c'est encore mieux si c'est un recruteur homme, juste pour l'entendre bafouiller que lui a déjà des enfants mais que ça n'est pas gênant parce qu'il ne s'en occupe pas, enfin si mais pas assez pour que ça empiète sur son travail voyez-vous
Bon après, quand on cherche un boulot, on ne peut pas toujours se permettre ça.
9
Voir les 55 commentaires

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