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Critiquée sur TikTok, @SubwaySessions risque de percer dans la mode, ou comment le hate-watching crée des stars // Source : Captures d'écran TikTok
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Critiquée sur TikTok, @SubwaySessions risque de percer dans la mode, ou comment le hate-watching crée des stars

Depuis un mois, Kristina Avakyan alias @SubwaySessions poste ses looks clivants sur TikTok, que des gens republient sur Twitter pour la critiquer. Au point de faire d’elle une micro-célébrité, prête à monétiser cette soudaine viralité typique de la façon dont le hate-watching peut servir d’accélérateur de visibilité.

Si TikTok a compris que vous aimiez la mode, le réseau social chinois vous a peut-être suggéré le profil de @SubwaySessions. Kristina Avakyan de son vrai nom poste régulièrement des vidéos de ses looks loufoques depuis le quai du métro new-yorkais. Et c’est peut-être parce qu’une grande partie de l’Occident s’ennuie et qu’il ne se passe plus rien sur sa petite sphère mode, que l’allure farfelue de la barmaid apprentie styliste a pu devenir virale sur TikTok depuis ce 31 juillet 2023. En particulier à cause d’un de ses derniers looks, composé d’un body en dentelle couleur chaire bien transparent porté par-dessus un soutien-gorge noir, une culotte taille haute de la même couleur, un short de basket orange vif roulotté sur les hanches, et une paire d’escarpins rose.

On peut crier au génie ou à l’horreur stylistique, toujours est-il que cette allure clivante a suscité tellement de réactions et de commentaires que cela a participé à faire de Kristina Avakyan alias @SubwaySessions une petite star controversée de TikTok et au-delà.

Republié par des haters sur Twitter, ce TikTok a fortement contribué à faire percer @subwaysessions.

Comment la TikTokeuse Kristina Avakyan alias @SubwaySessions a percé grâce aux haters

En effet, 1,6 million de vues sur TikTok en seulement quatre jours (notamment dues à des republications d’haters sur Twitter), Kyan Ki pour les intimes commence déjà à être sollicitées par des médias concernant son style si singulier. D’autres personnes avisées l’avaient prédit : l’art de susciter l’indignation et des commentaires haineux peut faire de vous une star. À vous de tenter de prolonger votre « quart d’heure de célébrité théorisé » par Andy Warhol. C’est ce que note notamment Shelby Ivey Christie, historienne de la mode et des costumes dans un tweet particulièrement cynique :

« À force de tweet, cette femme blanche décoiffée du métro va se retrouver dans des éditoriaux mode, puis au premier rang de la fashion week. Je ne veux pas d’articles de réflexion sur la médiocrité blanche et l’ascension quand cela adviendra. »

Alors qu’on peut croiser tous les jours des looks toujours plus loufoques dans les transports en commun des grandes villes, ceux de Kristina Avakyan se démarquent peut-être moins par leur excentricité que par la volonté de la barmaid-styliste de les affirmer comme dignes d’intérêt public. D’où leur mise en scène quotidienne sur TikTok. C’est ce que la Gen Z pourrait appeler « vivre pour les caméras » ou se prendre pour le personnage principal de l’existence, ou juste de l’égocentrisme. Mais quand on est une grande femme blanche, mince, valide, qui répond à la plupart des critères de beauté dominants, cela peut suffire à devenir une icône de mode, aussi controversée soit-elle.

Le média The Cut a interviewé Kristina Avakyan qui enchaîne d’abord les poncifs :

« L’habillement est mon art. J’ai aussi mentionné que mon corps est une toile. C’est comme la peinture. Chaque fois, cela sort différemment, mais cela reflète votre émotion et ce que vous ressentez.

J’aime provoquer l’émotion chez les autres. J’aime aussi me ressentir ; si ce que je mets ne me donne pas d’émotion, je ne peux pas le porter. De nos jours, tout est si fade. »

Kristina Avakyan alias @SubwaySessions décrit son style comme « un accident de voiture »

Alors qu’elle a commencé à poster sur TikTok depuis seulement un mois, c’est justement la republication par un hater sur Twitter qui l’a aidée à percer, puisque sa vidéo avec le short de basket cumule sur le réseau racheté par Elon Musk et rebaptisé X y compte 57 millions de vues. Bien consciente que la fascination qu’elle suscite procède du caractère clivant de ses looks, elle définit donc son style comme volontairement accidentel :

« Je pense que c’est comme un accident de voiture. Il y a quelque chose qui ne va pas, et il y a quelque chose de fascinant. C’est faux, mais cela vous fait ressentir quelque chose, ça vous fait vous demander ‘Qu’est-ce que c’est que ça ?’ Vous ne pouvez pas mettre le doigt dessus, et c’est ce qui m’intéresse. Je n’aime pas mettre une belle robe et juste être une belle fille, c’est trop simple. J’aime mettre les choses ensemble. La peau est la meilleure partie d’une tenue, à mon avis, donc j’essaie toujours de la montrer si je peux. »

Dans cette interview pour The Cut, la TikTokeuse Kristina Avakyan alias @SubwaySessions raconte surtout qu’elle s’éclate avec ses vêtements et c’est le plus important. Elle ajoute par ailleurs qu’elle n’a jamais vécu de réactions négatives dans la vraie vie, mais bien seulement en ligne, et c’est précisément ce qui est en train de faire d’elle une star des réseaux.

L’indignation en ligne, un accélérateur de visibilité à monétiser

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Les #subwaysessions de la TikTokeuse Kristina Avakyan dépassent les centaines de milliers de vues, mais cumulent les commentaires haineux.

Qu’on trouve son style de bon ou de mauvais goût, digne des cadavres exquis de Carrie Bradshaw ou de la dernière micro-trend ketamine chic n’est pas la question. Le plus fascinant dans cette histoire réside peut-être plutôt dans la façon dont le hate-watching et le hate-commenting d’une partie d’Internet toujours prompte à juger a pu faire d’elle une créatrice de contenus qui pourra désormais monétiser cette soudaine viralité. Car l’indignation en ligne reste le meilleur des accélérateurs de viralité qu’on peut toujours plus facilement transformer en monnaie sonnante et trébuchante.

À lire aussi : #SubwayShirt : quand les femmes portent un t-shirt par-dessus leur tenue contre le harcèlement dans le métro

Vous connaissez sûrement, ou êtes peut-être vous même, une personne qui adore détester des contenus culturels populaires, allant parfois jusqu’à les consommer afin de pouvoir mieux les critiquer. Que ce soit sur les réseaux sociaux, ou dans les commentaires sous un article, voir un forum de média, créant des conversations qui ne font que booster le contenu honni.

De la télé-réalité à Emily in Paris, en passant par Barbie, la pratique du hate-watching et du hate-commenting, qu’on désigne souvent en France pour se donner une contenance intellectuelle par « regarder de manière ironique » ou « second degré » un programme, a le don de prolonger la durée de vie de productions médiocres tant elles savent susciter l’indignation, donc l’intérêt. Alors qu’on pourrait simplement laisser mourir ce qu’on juge sans intérêt, certaines personnes préfèrent donc s’époumonner, ou plutôt s’exciter sur leur clavier, pour étaler leur supériorité esthétique, morale et intellectuelle. Pour le plus grand bonheur des finances des personnes qui produisent le contenu en question. Qu’importe, ceux qui aiment @subaysessions prendront le train.


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Les Commentaires

1
Avatar de BravoCharlie
3 août 2023 à 13h08
BravoCharlie
Je l’ai beaucoup vue circuler sur les réseaux et bien que je trouve ses looks affreux, je trouve ça rafraîchissant de voir des modeuses (ça se dit ?) avec des styles différents qui tranchent avec les tendances mainstream (je pense exactement la même chose de Maoui de St Denis)
1
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