Agissons pour le climat comme nous agissons face au coronavirus

Face aux mesures drastiques prises pour contrer la pandémie de Covid-19, Caroline se demande pourquoi l'urgence climatique, elle aussi dévastatrice, n'a pas le droit au même traitement.

Agissons pour le climat comme nous agissons face au coronavirus@MarkusSpiske

Publié le 5 mai 2020

Quand la pandémie de coronavirus a commencé à être sérieuse, et que les gouvernements (français notamment) se sont dit que la situation devenait critique, des mesures plutôt radicales ont été prises.

En cas de crise, les États sont visiblement prêts à faire beaucoup de sacrifices. Pourquoi est-ce qu’il n’en va pas de même pour l’urgence climatique, qui elle aussi menace grandement l’humanité ?

Les mesures importantes prises face au coronavirus

Les gouvernements font tout leur possible pour maîtriser la pandémie de Covid-19. Les chercheurs s’évertuent à trouver un vaccin, les pays sont soumis à de nouvelles règles strictes pour limiter la propagation du virus…

Face à la menace du coronavirus, alors même que l’économie allait en souffrir à coup sûr, elle est devenue presque secondaire : l’urgence, c’était la santé.

Certes, les conséquences des mesures mises en places vont être très graves pour l’économie et de nombreuses personnes vont devoir gérer une précarité qui est, elle aussi, dangereuse. Je ne le nie pas.

Cependant, ces décisions difficiles ont été prises, puisque ne rien faire entraînerait probablement des conséquences encore plus graves.

C’est là qu’une question se pose dans mon esprit. Pourquoi l’État n’est-il pas aussi affolé en ce qui concerne l’écologie ?

Pourquoi des mesures aussi drastiques que celles dues au Covid-19 n’ont-elles jamais été prises pour l’environnement ? Pourquoi le problème de l’urgence climatique semble-t-il secondaire ?

Tu me répondras peut-être que la seule solution pour la planète serait de sortir du système capitaliste, et tu as probablement raison. Mais en attendant, il y a quand même des choses bien concrètes qu’on peut faire. Qu’il faut faire.

L’urgence climatique, trop souvent ignorée

Si aucune des mesures mises en place pour contrer la pandémie de coronavirus n’est aisée, si toutes ont leur lot de conséquences, il s’est révélé indispensable de les prendre. Car l’humanité est menacée.

C’est pourquoi je n’arrive pas à comprendre pourquoi l’écologie n’est pas prise autant au sérieux que cette pandémie, ne serait-ce que MOITIÉ moins au sérieux…

Cela fait des années, des décennies même, que la planète va très mal, de plus en plus mal, pourtant le statu quo persiste dans beaucoup de secteurs.

Paradoxalement, le coronavirus mène le gouvernement français à prendre des décisions qui prouvent que s’il veut, il peut être plus vert, plus écologique.

C’est ainsi que la France a imposé à Air France (qui a perdu beaucoup d’argent à cause du confinement et du coronavirus) de limiter ses vols « remplaçables par le train » pour obtenir un soutien financier du gouvernement.

En effet, le ministre de l’Economie a expliqué d’après BFMTV quAir France devait « devenir la compagnie aérienne la plus respectueuse de l’environnement ».

En plus de limiter les vols internes, l’entreprise doit réduire de moitié ses émissions de CO2 par passager et par kilomètre d’ici 2030, et baisser de moitié également son volume d’émissions de CO2 sur ses vols métropolitains d’ici 2024.

Seulement voilà, sans la pandémie, Air France n’aurait pas perdu d’argent, et ces mesures écologiques ne lui auraient pas été imposées… Sans la pandémie, les questions écologiques n’étaient pas mises en avant.

Ce que j’en déduis, c’est que l’État peut exercer une pression écologique s’il le souhaite.

Toujours dans les mesures écologiques entraînées par le coronavirus, Anne Hidalgo, a décidé d’interdire aux voitures de circuler sur plusieurs grands axes parisiens, dont la rue de Rivoli.

La mairie de Paris travaillerait même à aménager de nouveaux parkings relais aux portes de la capitale, qui seraient reliés au réseau cyclable.

Elle a déclaré à l’AFP, d’après LeFigaro :

Je m’opposerai à ce que Paris soit envahie de voitures, synonymes de pollution. La pollution conjuguée au Covid-19 est extrêmement dangereuse.

Toutes ces actions ont pour but premier de limiter le contact humain et d’empêcher la propagation du virus.

Mais il se trouve qu’elles entraînent aussi des habitudes plus écologiques.

La réduction de la circulation et la diminution de la présence humaine ont même eu pour conséquences d’amoindrir la pollution des canaux de Venise ; plus proche de nous, la concentration de dioxyde d’azote a chuté de 20% à 30% en région parisienne en mars 2020…

Évidemment, prendre ces lourdes mesures a un prix. Mais pour protéger les populations, elles ont été mises en place.

Il est donc possible de prendre ces mesures, s’il le faut.

Alors, pourquoi avoir attendu une pandémie ? Parce que ce n’était « pas urgent » avant ? Mais pourquoi ça ne paraissait « pas urgent » avant ? Ce n’est pas faute de l’avoir dit.

Ce n’est pas faute d’avoir défilé dans les rues pendant la grève du climat tous les vendredis pendant des semaines, d’avoir porté plainte contre la France (entre autres pays) avec la bénédiction de l’Unicef pour inaction face à l’urgence écologique.

Ce n’est pas faute d’avoir eu pour portes-paroles, et ce depuis des décennies, des scientifiques et experts tentant de prévenir les dirigeants qu’ils doivent se tourner au plus vite vers des économies plus vertes, ou expliquant concrètement les dangers de la déforestation

Et la liste des exemples pourrait continuer longuement.

Réagir à l’urgence climatique comme on réagit au coronavirus

L’avantage de l’écologie, c’est que les mesures n’ont pas besoin d’être aussi précipitées que pour le coronavirus, bien que la situation soit de plus en plus critique.

Mais si on ne fait rien, elle le sera toujours de plus en plus. Elle ne va pas se mettre sur pause ni reculer, du moins j’en doute.

Rien ne va s’arranger tout seul. Alors il faut bien commencer un jour.

Végétaliser les villes, multiplier les voies cyclables, ce sont déjà de très gros investissements, c’est ambitieux, je ne dis pas le contraire. Mais en y allant petit à petit, c’est faisable.

Notamment en s’inspirant des solutions proposées par le film Demain et sa suite Après demain, par exemple.

C’est à dire, pour citer quelques exemples : semer des légumes et planter des arbres fruitiers dans les rues, sur lesquels tout le monde peut venir se servir, s’organiser de façon autonome pour que la nourriture dépende le moins possible du transport et donc du pétrole, pratiquer l’agroécologie, plus rentable que la monoculture qui appauvrit la terre et dépend du pétrole, des engrais et des pesticides…

Couvrir les toits de panneaux solaires et aligner des éoliennes, prendre exemple sur Copenhague où les habitants vivent à 300 mètres maximum d’un espace vert et où la moitié de la population se déplace à vélo.

Dans la même lignée, il serait bon d’aménager des pistes cyclables plus sûres, moins éparpillées et dangereuses que dans beaucoup de villes françaises.

Personnellement, j’aimerais bien prendre le vélo pour me déplacer, ce serait beaucoup plus agréable que le métro. Mais je ne me sens absolument pas en sécurité à circuler sur un deux-roues dans Paris !

Il y a des choses qui ne me paraissent pas impossibles à mettre en place.

À commencer d’ailleurs par proposer plus souvent, voire tous les jours, des plats végétariens dans les cantines scolaires.

Bien sûr, je m’imagine déjà des parents râler du fait que l’on impose à leurs enfants d’être végétariens. Déjà, si on va par là, on impose depuis toujours aux végétariens d’être omnivores ! Et puis je parle d’option. De choix.

(En plus, les plats végétariens sont compatibles avec toutes les religions, donc ça simplifie la vie de pas mal de personnes, enfants comme adultes.)

Pourtant, cette simple initiative pourrait avoir un énorme impact, puisque la production de viande et de produits laitiers émet la moitié des gaz à effet de serre liés à l’alimentation dans le monde.

En éliminant la viande de notre alimentation, ou au moins en limitant sa consommation, imagine à quel point on pourrait provoquer un changement positif !

– 76 milliards d’animaux ont été abattus pour nourrir la population humaine (sans compter les poissons)

– Si on ne fait rien pour y remédier, l’agriculture pourrait être responsable de 52% des émissions mondiales de gaz à effet de serre dans les prochaines décennies…

– …dont 70% seront liées à la production de viande et de produits laitiers.

Tu vois ? Une mesure qui me paraît dans le champ des possibles, celle d’un repas végétarien dans les cantines scolaires, peut faire un effet boule de neige qui va dans le bon sens. Car la consommation actuelle de viande est un réel danger.

Pourquoi le coronavirus est traité différemment de l’urgence climatique

Les dégâts du coronavirus sont plus immédiats, plus visibles, ça se passe sous nos yeux, sur nos écrans, en boucle. La pandémie est rapide et il est impossible de l’ignorer.

L’état de ma planète s’empire plus doucement MAIS sûrement, et les conséquences seront elles aussi désastreuses.

Pour te citer quelques exemples de ce désastre…

  • L’ONU prévoit une hausse du niveau des océans de 84 centimètres environ d’ici à 2100.
  • Les premières victimes de l’augmentation du niveau de la mer seront les archipels du Pacifique, mais de nombreuses grandes villes pourraient également être envahies par les eaux, rapporte CNews.
  • Les ouragans et les cyclones seront d’une intensité de plus en plus grande, balayant davantage de monde sur leurs passages. Les feux de forêts seront de plus en plus fréquents et dévastateurs.
  • La multiplication des épisodes caniculaires emportera les plus fragiles, les maladies se répandront plus facilement sous l’effet de vagues de chaleur et d’inondations…

Cet article n’est pas une énumération de catastrophes, alors je vais m’arrêter là pour les exemples relatifs à l’humain. Et finir avec des chiffres sur les espèces menacées.

Le nombre d’espèces menacées d’extinction augmente à chaque degré Celsius gagné. D’après des experts américains ayant publiés une étude dans Sciences Advanced, la 6ème extinction animale de masse a débuté, et c’est la plus grosse que la planète ait connue depuis plus de 66 millions d’années.

Si les gouvernements n’avaient pas pris de mesures pour le coronavirus, ils seraient passés pour des insensibles qui se foutent du peuple : c’est impensable de ne pas agir face à une pandémie mondiale.

Mais apparemment, ne pas prendre au sérieux l’écologie semble possible… peut-être car on a l’impression que ça ne touche pas directement l’humain de manière directe et instantanée ? Alors que si.

Est-ce qu’après le confinement, le gouvernement va se concentrer davantage sur l’écologie après s’être rendu compte que quand il faut, il peut le faire ? Ou est-ce que tout va être sacrifié au nom de l’économie ?

C’est ce que craint le leader d’Europe-Ecologie-Les Verts Yannick Jadot, qui a déclaré à France 2 :

Il y a un risque évident qu’on dise « l’environnement, on met ça de côté, ce sera pour plus tard, on refait l’économie telle qu’elle était ».

Il émet ses préoccupations face à une tendance au relâchement des normes environnementales à l’étranger comme en France. Pour lui, il faut :

Sauver l’économie, sauver l’emploi et la survie de l’humanité. On peut le faire en même temps.

Le coronavirus et l’urgence climatique sont liés

D’ailleurs, certains pensent que le coronavirus et le manque de réaction face au dérèglement climatique marchent de concert.

Cette pandémie et l’écologie sont liées : le virus semble venir du pangolin, parce que cet animal a été capturé, consommé par des humains.

Sébastien Moncorps, directeur du comité français de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature), explique au JDD :

L’épidémie mondiale du Covid-19 trouve en effet son origine dans les pressions que nous exerçons sur la biodiversité.

Le virus a émergé depuis un marché de Wuhan en Chine en mettant en contact des animaux sauvages, des animaux domestiques et la population humaine.

Il est vraisemblablement issu d’une recombinaison virale impliquant plusieurs hôtes sauvages, parmi lesquels des chauves-souris et des pangolins.

Il illustre les dangers de la surexploitation des espèces sauvages, considérée comme la 2e grande cause de disparition de la biodiversité dans le monde, à la fois pour la survie des espèces elles-mêmes et pour les humains.

Un rapport de 2016 du PNUE expliquait d’après Ouest France que les maladies zoonotiques (qui viennent des animaux) sont souvent associées aux changements environnementaux, eux mêmes le résultat d’activités humaines.

Anne Larigauderie, secrétaire exécutive de l’IPBES  (panel des experts de l’ONU sur la biodiversité), confirme :

Le processus qui conduit un microbe, tel qu’un virus, d’une population de vertébrés – chauve-souris par exemple – dans laquelle il existe naturellement, jusqu’aux humains est complexe.

[mais] Les actions humaines créent l’occasion pour les microbes de s’approcher des populations humaines.

Toujours sur Ouest France, Gwenaël Vourc’h, Epidémiologie des maladies animales et zoonotiques, invite les dirigeants à revoir leur modèle économique en prenant davantage en compte l’environnement :

Au-delà de la seule réponse indispensable à chaque épidémie, il faut réfléchir à notre modèle. [Il faut] repenser notre relation avec les écosystèmes naturels et les services qu’ils rendent.

Jane Goodall, éthologue et anthropologue, met des mots plus tranchés sur cette situation. Pour elle, ce qui cause la pandémie, ce n’est autre que :

Notre mépris de la nature et notre manque de respect pour les animaux avec lesquels nous devrions partager la planète.

Au-delà de ça, il y a des raisons de penser que la crise engendrée par le coronavirus aurait été moins dévastatrice si des mesures écologiques avaient été prises plus tôt.

Agir pour la planète en produisant par exemple de manière plus locale n’est même plus seulement nécéssaire pour contrer l’urgence climatique elle-même, mais également pour préserver l’économie en temps de crise, qui est tellement mondialisée que beaucoup d’entreprises en souffrent actuellement.

J’évoquais ce point quand je te parlais de la Fashion Revolution. L’industrie de la mode est une bonne illustration des limites de la délocalisation.

Certaines entreprises ont prévu le coup, comme par exemple les Brooks Brothers à New York qui ont leur propres usines de cravates à Long Island, alors que d’autres grosses maisons qui sont en contrat avec des usines indépendantes souffrent grandement depuis la fermeture des frontières engendrée par le coronavirus.

Et je te parle ici de la mode, mais ça vaut pour tous les secteurs ! Paolo Guidetti, directeur du laboratoire Ecoseas de socio-écologie marine, spécialisé en écologie marine fondamentale et appliquée, explique à France 3 :

Il n’est pas clairvoyant de dépendre des autres pour des secteurs vitaux, tels que l’alimentation et la santé. C’est pourquoi nous devons notamment réévaluer les activités de production locale.

La crise sanitaire doit inciter l’Homme à produire et consommer différemment.

L’économie semble, pour les gouvernements, plus importante que l’écologie. Mais il serait peut-être temps de comprendre que l’un ne va pas sans l’autre.

Que prendre des mesures écologiques ne signifie pas mettre un frein à l’économie, mais au contraire la rendre plus performante, et nous préparer davantage à des temps de crise.

Il n’est pas question de faire un choix entre sauver l’économie ou sauver la planète. Les deux sont étroitement liés.

Peut-être que c’est le moment de prendre ça en compte afin de prévenir une prochaine crise, plutôt que de se dépêcher de colmater celle-ci sans penser au futur ?

La planète mérite le même intérêt que celui porté au coronavirus

À une autre échelle, tout cela me rappelle les mobilisations incroyables qui ont eu lieu lorsque Notre-Dame a brûlé.

Les feux n’étaient même pas éteints que les dons pleuvaient. Greta Thunberg avait alors rappelé que la planète méritait elle aussi un tel intérêt.

Telle Greta mais sans son influence, j’aimerais appeler les gens et surtout l’État à se mobiliser pour la planète avec la même ardeur que face au coronavirus.

Je devrais peut-être faire de cet article une lettre et l’envoyer à Macron, mais je doute qu’elle parvienne jusqu’à lui…

Cependant, je continue d’espérer (faiblement) que les gouvernements feront leur possible pour ne pas oublier l’importance du développement durable malgré cette crise.

Ça devient extrêmement frustrant de ne pas se faire entendre. Relancer l’économie, c’est une chose, mais lorsque le réchauffement climatique nous aura décimés, il n’y aura plus personne pour trouver des vaccins !

Tu sais, quand tu es dans un rêve et que tu veux crier, mais qu’aucun son ne sort de ta bouche ? C’est ce que je ressens quant aux appels à la mobilisation écologique.

Les gens (pour certains) se mobilisent, manifestent, font des efforts, passent au végétarisme, au végétalisme, au local, au zéro déchet, au bio, choisissent de moins consommer…

Mais il arrive un moment où l’on a beau faire des efforts, les plus gros facteurs de pollutions ne peuvent être contrés que par les décisions de l’État.

Ce qui ne veut pas dire qu’il faut arrêter de faire des efforts ! Eh non : je vous vois venir, les pessimistes… Si tu arrêtes ce que tu fais, ça sera pire. Et si tu continues dans cette voie, ça ne sera que mieux.

Mais si les dirigeants suivent, alors on a peut-être une vraie chance de s’en sortir.

Comme je te le disais au début : à terme, il est fort probable que l’espèce humaine ne puisse vivre en harmonie sur cette Terre qu’en changeant de paradigme. Le capitalisme à tout prix semble atteindre ses limites.

Mais avant de changer un système régissant le monde entier (ce qui n’est pas impossible, mais serait très long), de réelles mesures sont possibles, et sont urgentes.

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Caroline Arénas

Caroline Arénas

Carotte est rédactrice Mode. Elle aime tout ce qui est les chiots, les graines et l'automne. C'est aussi elle qui écrit cette description à la troisième personne.

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