Grève pour le climat : la mobilisation étudiante démarre le 15 février

La grève scolaire lancée en Suède par Greta Thunberg arrive en France : ce vendredi 15 février, des collectifs étudiants et lycéens organisent la première grève pour le climat.

Grève pour le climat : la mobilisation étudiante démarre le 15 février©Photo by Daniel Olah / Unsplash

Publié le 15 février 2019

Grève du 15 mars 2019

Greta Thunberg, la jeune Suédoise qui a lancé les grèves scolaires dans son pays, a été rejointe un peu partout en Europe et dans le monde.

La date du 15 mars 2019 a été retenue pour organiser une grève pour le climat. En France, plusieurs collectifs étudiants et lycéens ont décidé de lancer un mouvement de mobilisation en amont, chaque vendredi.

Le rendez-vous est donné à 14 heures, vendredi 15 février, devant le Ministère de la Transition écologique et solidaire, 246 boulevard Saint-Germain à Paris.

Selon l’événement Facebook qui sert d’appel à la grève, cette première mobilisation veut littéralement « tirer la sonnette d’alarme » :

« Au lieu de nous contenter d’attendre de nos dirigeants qu’ils alertent massivement sur la gravité de la crise climatique et écologique, nous vous suggérons de vous y substituer…

Nous proposons que chacun, chacune ait un moyen de diffuser sur son téléphone ou sur une enceinte portable un bruit de sirène, à déclencher tous ensemble !

Nous vous encourageons par ailleurs à apporter tous les moyens d’expression dont vous disposez (pancartes, banderoles, instruments), et à montrer que notre mobilisation ne se résume pas à une écologie du compromis. »

Je me suis entretenue au téléphone avec Antoine Soulas, fondateur du collectif Désobéissance Écolo Paris, l’une des deux associations co-organisatrices de la mobilisation :

« Cet appel s’inscrit dans la lignée des mouvements qui émergent un peu partout dans le monde.

Après la Suède, les Pays Bas, l’Australie, la Belgique, il était temps que la France rejoigne cette dynamique ».

Pourquoi une grève étudiante et lycéenne pour le climat ?

Antoine fait référence à la mobilisation lancée par la jeune Suédoise Greta Thunberg : la grève scolaire.

Cette lycéenne a décidé de ne plus aller étudier tant que les dirigeants suédois ne prendront pas la mesure de leur responsabilité dans la crise climatique, et ne mettront pas en oeuvre les mesures nécessaires pour corriger la situation.

Depuis début janvier, des lycéen·nes belges ont également importé le concept et se mobilisent chaque jeudi pour protester contre le manque d’action concrète de la part de leur gouvernement.

La contagion a atteint la France fin janvier. À Jussieu (Paris), une Assemblée Générale étudiante (AG) s’est tenue vendredi 8 février : c’est à cette occasion que le lancement de la grève scolaire a été décidé.

Grève scolaire : à quoi ça sert ?

L’objectif de la grève scolaire, c’est d’interpeller directement les dirigeants politiques.

Je cite le texte de l’Ultimatum adressé au gouvernement français par les collectifs organisateurs de la grève étudiante :

« La jeune Suédoise Greta Thunberg appelle à la Grève mondiale de la jeunesse pour le climat le 15 mars prochain.

Nous, la jeunesse, consciente de l’urgence climatique, allons commencer sans attendre la mobilisation à Paris suivant le principe du mouvement mondial Fridays for future (Les vendredis pour l’avenir), en reconduisant la grève tous les vendredis à partir du 15 février.

À ceux qui s’appliquent à détruire ce monde et prétendent faire preuve de « pédagogie », nous entendons donner une leçon : chaque vendredi, nous présenterons une revendication impérative afin d’éviter le désastre écologique.

Vous, dirigeants et dirigeantes aurez des devoirs à faire, et nous donnerons une semaine à l’État pour mettre en place notre proposition.

Si ces devoirs ne sont pas rendus avant le vendredi suivant, vous serez sanctionnés : nous entrerons en résistance, car face à l’inaction politique la seule solution est la désobéissance civile.

Soyez prêt·es pour l’examen du 15 mars.

En parallèle, nous présenterons des alternatives citoyennes allant dans le sens de ces propositions et les mettrons en pratique. »

Grève scolaire, « Leçon numéro 1 » le 15 février 2019

Antoine (Désobéissance Écolo Paris) m’explique :

« Face à l’incompétence du gouvernement, nous entendons lui faire réviser ses bases en termes d’écologie.

Chaque semaine, nous adressons à nos dirigeants une revendication précise. Si la réponse n’est pas satisfaisante, nous répondrons par une action de désobéissance civile.

En clair, si la copie du gouvernement n’est pas satisfaisante, on la corrige et on sanctionne. »

La Leçon n°1 aura donc lieu ce vendredi 15 février, et la revendication clairement formulée est celle d’un « plan interministériel à la hauteur des risques encourus ».

En résumé, les collectifs font le constat que les problématiques posées par le dérèglement climatique touchent tous les aspects de la société.

Si la réponse à ces problématiques n’est pas coordonnée à travers tous les ministères, elle ne peut pas être satisfaisante, efficace.

Les bouleversements sociaux et environnementaux provoqués en conséquence de la crise climatique ne peuvent pas être examinés et résolus uniquement à travers le prisme d’un seul ministère.

Il faut décloisonner l’approche politique écologiste. Une revendication similaire était faite en 2014 à propos de l’égalité hommes-femmes.

Najat Vallaud-Belkacem, alors ministre des droits des femmes, avait été chargée d’une mission interministérielle, partant du constat que pour faire progresser l’égalité partout dans la société, il fallait que cette problématique soit abordée au sein de CHAQUE ministère, de manière coordonnée.

Pour un « état d’urgence écologique et sociale »

Il en va de même pour la crise écologique, et c’est ce que réclament les collectifs :

« Nous appelons le gouvernement français à prendre ses responsabilités et à déclarer l’état d’urgence écologique et sociale afin de débloquer un plan interministériel à la hauteur des risques encourus.[…]

Nous appelons le gouvernement à débloquer des moyens exceptionnels et contraignants pour s’engager dans la voie d’une réduction annuelle de 4 % d’émissions de gaz à effet de serre afin s’aligner sur l’Accord de Paris et de lutter contre le dérèglement climatique et ses conséquences sur notre monde.

Si le gouvernement persiste dans son manque de volonté et maintient ses notes aussi proches de 0, un conseil de discipline sera organisé pour envisager une réorientation. »

La Grève scolaire, contre « l’écologie du compromis »

Antoine insiste : la gestion de la crise écologique est inséparable de la crise sociale. En clair, une politique écologique volontariste qui ne prendrait pas en compte les questions économiques et sociales est vouée à l’échec.

L’appel à mobilisation de la Leçon n°1 exprime d’ailleurs un refus net de « l’écologie du compromis ». Pour Antoine, « on est loin de la prise de conscience » lorsque nos dirigeants s’évertuent à défendre et entretenir un système économique responsable en grande partie de la situation de crise écologique actuelle.

Le fondateur de Désobéissance Écolo Paris me cite une phrase qu’avait prononcée Nicolas Hulot, le jour de sa démission en direct sur France Inter, mardi 28 août 2018, et qui résume parfaitement sa pensée :

« On s’évertue à entretenir un modèle économique responsable de tous les désordres climatiques ! »

Et c’est face à cette dissonance que les étudiant·es mobilisé·es entendent placer le gouvernement. Effectivement, une action interministérielle correspondrait à reprendre là où Nicolas Hulot avait buté.

L’ancien ministre de la Transition écologique et solidaire avait rapporté, lors de son interview en direct sur France Inter, être confronté à d’autres ministres lui disant « t’es content, on a adopté telle ou telle mesure. »

Son témoignage dénotait assez clairement un manque de conscience collective des enjeux au sein du gouvernement.

Grève scolaire et mobilisation citoyenne, engagée, pédagogique

Le rejet de cette « écologie du compromis » n’est pas un rejet de la pédagogie en général. D’ailleurs, l’appel à mobilisation lancé par Désobéissance Écolo Paris et l’Association EcoCampus s’articulent en deux temps.

Le matin, des conférences, débats, ateliers de réflexion et de sensibilisation visent à attirer les curieux et les curieuses, intéressées pour mieux comprendre les problématiques et les enjeux.

L’après-midi est le temps de la manifestation, de la désobéissance civile.

Pour ce vendredi 15 février, des ateliers seront organisés à Paris Diderot, à l’ENS Ulm, à Pierre et Marie Curie de Sorbonne Université et à Clignancourt.

Toutes les infos pratiques sont à retrouver sur l’événement Facebook du premier vendredi de grève.

Je veux participer aux actions et rejoindre la grève scolaire

À toutes celles et ceux qui souhaitent se joindre au mouvement, voici les informations pratiques :

Je suis en Province, je peux participer ?

Bien sûr ! L’idée de ce mouvement, c’est que chacun, chacune puisse se l’approprier en lançant ses propres ateliers, au sein de l’université ou en dehors.

À celles et ceux qui me lisent, il ne tient qu’à vous de rejoindre la grève étudiante et lycéenne : venez ajouter les liens de vos événements/mobilisations dans les commentaires, ou par email à jaifaitca[at]madmoizelle[point]com, objet : « grève scolaire pour le climat » !

À lire aussi : Appel à la grève féministe : sans les femmes, le monde ne tourne pas !

Clemence Bodoc

Clemence Bodoc

Clémence Bodoc a été jeune cadre dynamique dans une autre vie, avant de rejoindre la Team madmoiZelle. Elle s’intéresse à l’actualité et à l’écologie, aime la politique et les débats de société. Grande fan de sport (mais surtout à la télévision), et de cinéma (mais seulement en VO), son nom de scout est dinde gloussante azurée. Elle ne mord pas mais elle rit très fort.

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Commentaires

Noulune

@MedusaQueen
En effet la thermodynamique n’est pas une chose simple, l’appliquer à un système aussi complexe, et d’ailleurs très loin d’être bien compris, que l’atmosphère n’arrange pas les choses.
Dans le livre les explications se trouvent page 32
“en radiatif, les flux thermiques vont exclusivement du plus chaud au plus froid : pour réchauffer le sol, il faudrait donc que les "gaz à effet de serre" de l'atmosphère soient à une température supérieure à celle du sol,”
 

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