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Comment je fais de la « rééducation des yeux » à de jeunes déficients visuels

06 déc 2018 3
Le métier de Lise est un mot compliqué et pourtant il est important pour la santé de nos yeux ! Orthoptiste, elle raconte comment elle s’est réorientée dans le paramédical.
Tu veux raconter ton métier ?

Envoie un mail à l’adresse jaifaitca[at]madmoizelle.com, avec en objet « Maintenant que je suis grande, je suis… ».

Dedans tu me présentes en quelques lignes qui tu es, ce que tu fais dans la vie (ton job, mais pas seulement si tu as d’autres choses à raconter) et par où tu es passée pour en arriver là.

Qui es-tu et d’où viens-tu ?

Je m’appelle Lise, j’ai 29 ans et je suis née à Romans-sur-Isère (la capitale de la chaussure !).

Après une enfance dans la Drôme, j’ai posé mes valises quelque temps à Bordeaux pour mes études, puis à Paris.

Actuellement je vis en Essonne.

J’écoute beaucoup de musique classique de la période baroque.

J’ai étudié le piano puis le clavecin au conservatoire, je chante dans un chœur et prends des cours de technique vocale, je compose un peu.

Le métier d’orthoptiste de Lise

Et ton job alors, c’est quoi ?

Je suis orthoptiste diplômée depuis un an.

Je travaille à mi-temps dans un IMpro (Institut médico-professionnel) et à mi-temps dans dans un SESSAD (Service d’Education Spéciale et de Soins à domicile), auprès de jeunes déficients visuels avec handicap associé.

Je fais principalement des bilans et des séances de rééducation à des jeunes déficients visuels.

Je dirais que j’apprends à des jeunes déficients visuels des techniques pour leur permettre d’utiliser au mieux leur potentiel visuel.

À l’IMpro, je travaille avec des adolescents qui construisent un projet professionnel, le plus souvent vers le milieu protégé. Ils y ont des enseignements généraux et pré-professionnels.

Au SESSAD, je travaille avec des enfants et je me déplace en voiture directement chez eux ou dans leur école, leur crèche…

Dans les deux structures beaucoup de professions sont représentées : médecins, paramédicaux, enseignants, éducateurs spécialisés…

C’est un véritable travail d’équipe.

Je tiens à préciser qu’il s’agit d’un domaine assez spécifique en orthoptie. Il y a beaucoup d’autres aspects dans cette profession paramédicale et le décret de compétences s’enrichit de plus en plus.

Nous prenons en charge les troubles de la vision binoculaire, nous travaillons aussi avec les ophtalmologistes pour des pré-consultations et des examens complémentaires…

Ah au fait, nous n’aimons pas du tout l’expression « kiné des yeux ».

Stop avec cette expression, merci.

Pourquoi tu as choisi de devenir orthoptiste ?

Je trouve extrêmement gratifiant de contribuer à donner plus d’autonomie à ces jeunes, de participer à un projet de vie plus global dans une prise en charge pluridisciplinaire.

Les rééducations sont complexes et demandent de la réflexion et de la créativité. J’apprends aussi énormément des autres professions (psychomotricité, orthophonie…).

C’est un métier que tu as toujours voulu faire ?

Non, c’est une totale réorientation, j’ai passé le concours à 25 ans ! Il y avait d’ailleurs pas mal de réorientations dans ma promotion.

Mon projet initial était d’être professeur de musique. J’ai d’ailleurs commencé à donner des cours en en conservatoire et en école de musique avant de traverser une grosse crise existentielle.

Cela concernait les perspectives d’emploi, l’approche de l’enseignement du solfège en France, mais aussi l’envie de découvrir autre chose

La pression est devenue tellement forte que j’en ai perdu la notion de plaisir. Ça été le déclic.

Quitte à faire autre chose, autant qu’il y ait des débouchés, mais pas question pour autant de choisir par défaut un métier où je ne m’épanouirais pas !

À lire aussi : Entre vie rêvée et job stable, que choisissez-vous ? Les madmoiZelles témoignent

Le parcours pour devenir orthoptiste

Comment en es-tu arrivée à t’intéresser au métier d’orthoptiste ?

Quand j’ai eu mon déclic, a commencé une période de flou longue de plusieurs mois.

Le paramédical m’attirait.

J’ai repensé aux séances de rééducation orthoptique que j’avais eues enfant. Je suis allée en observation chez une orthoptiste libérale, et je me suis tout à fait imaginée à sa place !

Quelle a été ta formation ?

Il y a concours, très sélectif, qui portait sur de la bio et de la physique de Terminale S et je n’avais qu’un bac L en poche.

Mais après tout, un concours me laissait l’occasion de faire mes preuves à même titre que les autres !

Je me suis inscrite dans une prépa. Je ne te cache pas que cela a été une année très difficile, surtout pour la physique.

En filière L au lycée, je n’avais jamais appris ce qu’était une dérivée, pour te donner une idée de mon niveau…

À lire aussi : Comment j’ai survécu à ma première année de prépa, et même surkiffé !

J’ai eu la chance que mes parents me soutiennent dans mon projet.

J’ai vraiment énormément travaillé et mes notes en prépa ont augmenté petit à petit. J’ai décroché le concours du premier coup, en arrivant huitième sur des centaines de candidats !

Depuis je me dis que rien n’est impossible avec de la volonté et du travail.

Après la prépa et le concours, quelle a été la suite ?

La formation, qui dure trois ans, est tout de suite très pratique.

Nous sommes environ cinq demi-journées par semaine en stage à l’hôpital avec des cours le reste du temps.

J’ai trouvé ces études parfois vraiment stressantes, particulièrement en stage, mais aussi parce que nous étions la première promotion d’une importante réforme.

Je continue à me former. J’ai d’ailleurs commencé un DU en basse vision.

Le DU est un diplôme universitaire ouvert aux professionnels de la déficience visuelle.

Je dis basse vision (qui signifie malvoyance) mais le vrai intitulé est « Techniques de compensation du handicap visuel ».

Cette formation vient compléter la formation initiale des orthoptistes, elle permet de réfléchir à sa pratique, d’en découvrir d’autres, d’avoir une approche pluridisciplinaire, mais aussi de rencontrer d’autres personnes travaillant dans le même domaine.

La quotidien de l’orthoptiste

Quelle est ta journée type ?

Le matin, je prépare mes rééducations puis je reçois chaque jeune pour sa séance selon un planning précis.

L’après-midi, je peux les accompagner pour leur consultation chez l’ophtalmologiste, mener une séance avec un autre professionnel paramédical, par exemple l’instructrice en locomotion.

C’est valable que pour l’IMpro : au SESSAD je sillonne le département en voiture pour voir les enfants.

J’ai des comptes rendus à rédiger, les dossiers médicaux à mettre à jour, des appels à donner à la famille, à l’opticien…

Une fois par semaine, nous avons une réunion de synthèse où toute l’équipe parle d’un jeune en particulier pour faire le point. C’est un moment très intéressant.

Que préfères-tu dans ton métier ?

Le côté humain. La reconnaissance des enfants, des adolescents et de leur famille, tout simplement.

Selon toi, quelle serait la qualité indispensable pour s’épanouir dans ce job ?

Une bonne dose de psychologie, de l’empathie mais malgré tout une certaine distance, de la patience. Ce sont des jeunes et familles souvent en grande souffrance.

Il y a des moments difficiles comme quand les pathologies évoluent, ou lorsque je travaille avec des tout-petits dont les parents sont dans l’annonce du handicap…. Je pense qu’il faut avoir soi-même un bon équilibre, trouver ses propres moyens de « décompresser ».

L’équipe m’est alors d’une grande aide, il est important de pouvoir échanger dans ces moments-là.

Parlons argent : en commençant, tu gagnais combien ?

J’ai débuté à 1300 euros environ.

Aujourd’hui, je suis à plein temps avec deux temps partiel.

Travailler en institution est passionnant mais malheureusement assez peu rémunérateur… Il y a des postes clairement mieux payés, mais j’ai régulièrement des vacances, ça compense un peu.

Tu fais quoi maintenant que tu es grande ?

Si tu aimes ton métier et que tu souhaites participer à la rubrique, tu peux répondre au questionnaire ci-dessous dans un mail à cette adresse :

jaifaitca[at]madmoizelle.com

N’oublie pas de mettre en objet « Maintenant que je suis grande, je suis… » suivi de ton métier. Attention c’est important pour que je vois ton message.

Questionnaire :

  • Qui es-tu et d’où viens-tu ?
  • Avant d’attaquer sur ton travail, est-ce que tu as une passion ou un kif dans la vie (parce que c’est important de faire aussi autre chose) ?
  • Et ton job alors, c’est quoi ?
  • Comment tu l’expliquerais à ta petite sœur hypothétique en quelques mots ?
  • Pourquoi tu aimes ce que tu fais ? / Pourquoi tu as choisi de faire ce travail ?
  • Est-ce que c’est le domaine que tu avais choisi dès le départ ou tu t’es retrouvée ici après une ou des réorientations ?
  • Est-ce que tu as dû arbitrer entre deux visions du travail, « liberté, je fais ce qu’il me plaît et tant pis pour la précarité » VS « sécurité, je préfère m’assurer un salaire stable même si ce n’est pas le job de mes rêves » ?
  • C’est le fruit d’un parcours longuement réfléchi ou du hasard ?
  • Qu’est-ce que tu as eu comme formation ?
  • Est-ce que tu as une journée type ?
  • Ton petit bonheur qui fait que tu kiffes ton boulot ?
  • La qualité indispensable pour s’épanouir dans ce job ?
  • Et pour finir, en commençant, tu gagnais combien ? (Parce que c’est important de savoir à quoi s’attendre !)

À lire aussi : Je soigne des animaux chaque jour, vis ma vie d’assistante vétérinaire !

Témoignez sur Madmoizelle !

Pour témoigner sur Madmoizelle, écrivez-nous à :
[email protected]
On a hâte de vous lire !

Les Commentaires
3

Avatar de LiseC
11 décembre 2018 à 17h14
LiseC
Bonsoir !

Tippi je serais aussi ravie de discuter avec toi !
Nous n'aimons pas l'expression "kiné des yeux" car c'est très réducteur. Mais je suis plus tolérante avec cette expression à présent, je suis contente lorsque je recontre quelqu'un qui a entendu parler de l'orthoptie et c'est l'occasion de mieux expliquer !

Hina : Oui, je travaille beaucoup avec des personnes atteintes de RP. Malheureusement, les exercices ne peuvent en aucun cas retarder la maladie. Ils serviront plutôt à compenser la réduction du champ visuel, ce sera classiquement du "balayage visuel". Travailler avec un instructeur en locomotion pour te déplacer en autonomie et en sécurité, et/ou avec un instructeur en AVJ autour de la vie quotidienne pourrait certainement aussi être intéressant pour toi.
Il faudrait pouvoir faire des bilans. Quel âge as-tu ? Dans quelle région es-tu ?
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