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Mode

La robe sur pantalon vous terrifie ? Le créateur vietnamien Peter Do la rend désirable

D’hasardeuses séries Disney du début des années 2000 vous ont peut-être traumatisées de la robe sur pantalon. Mais le créateur Peter Do vient de rendre cette superposition plus poétique que jamais !

Parmi les vestiges des années 2000, certaines tenues de tapis rouge d’égéries Disney (comme Ashley Tisdale ou Miley Cyrus à l’époque d’Hannah Montana) portant une robe chargée par-dessus un pantalon ou un legging restent gravées dans les rétines de beaucoup de personnes comme l’incarnation du mauvais goût, un moment d’égarement dans l’histoire de la mode occidentale.

La robe sur pantalon, courante dans de nombreuses cultures

Pourtant, cette association se retrouve dans beaucoup de cultures non-occidentales, où ce qui pourrait ressembler à une robe droite ou une tunique longue peut se porter facilement par-dessus un pantalon, pour un résultat tout autre.

On peut penser spontanément aux différentes formes de djellabas, vêtement traditionnel porté en Afrique nord ressemblant à une longue tunique portée aussi bien par les hommes que les femmes (à ne pas confondre avec le qamis, portés plutôt par les hommes).

Pensons également aux divers kurtas, vêtement traditionnel porté en Afghanistan, au Pakistan, au Népal, en Inde, au Bangladesh ou encore au Sri Lanka : une chemise ample descendant jusqu’aux genoux ou à mi-cuisses, portée aussi bien par les femmes que par les hommes.

Dans un esprit semblable, parmi les tenues traditionnelles vietnamiennes, l’áo dài correspond à une robe hautement fendue sur les côtés jusqu’au niveau des hanches, portée par-dessus un pantalon par de nombreuses femmes (étudiantes, hôtesse de l’air, et madame tout le monde lors de cérémonies habillées).

Justement, l’áo dài vient de se voir réinterprétée lors de la prestigieuse New York Fashion Week — et sans que cela ne tienne de l’appropriation culturelle, pour une fois !

Peter Do, le jeune prodige vietnamien de la mode

Sur les podiums des Fashion Weeks majeures que sont New York, Londres, Milan et Paris, on a malheureusement pris l’habitude de voir des réinterprétations plus ou moins sensibles de vêtements traditionnels, exotisés par un regard blanc qui n’a parfois jamais mis les pieds dans les pays dont ils se sont pourtant fortement inspirés.

Mais à l’heure des réseaux sociaux où un scandale d’appropriation culturelle peut si vite arriver, l’air du temps est en train de changer, laissant la place à une nouvelle ère mode, toujours mondialisée, mais moins impérialiste, plus horizontale. 

En témoigne le jeune créateur Peter Do, qui vient de présenter sa collection printemps-été 2022 à la New York Fashion Week. À 30 ans, il se distingue comme l’un des talents les plus prometteurs de sa génération, et c’était la première fois qu’il organisait un défilé pour sa marque, fondée en 2018, ce qui en faisait l’événement le plus attendu de cette capitale de la mode.

Peter Do | Spring Summer 2022 | Full Show

Menée en quatuor avec Vincent Ho (qui s’occupe des ventes), Jessica Wu (qui s’occupe de la communication et sert de mannequin cabine), Lydia Sukato (responsable des opérations) et An Nguyen (designer), la maison Peter Do essentiellement composée de personnes asio-américaines vient notamment de marquer les esprits par sa réinterprétation de l’áo dài

Collection Peter Do printemps-été 2022. © Courtesy of Peter Do.
Collection Peter Do printemps-été 2022. © Courtesy of Peter Do.

Lui qui a grandi au nord de Ho Chi Minh-Ville, à Biên Hòa, au Vietnam, élevé notamment par sa grand-mère qui lui apprenait à repriser ses vêtements, a rejoint à 14 ans ses parents qui avaient émigré en Philadelphie, aux États-Unis.

Au pays de l’oncle Sam, à force d’être violenté parce qu’il portait des t-shirts moulants et pantalons larges, le créateur a dû s’adapter aux basiques sportswear étatsuniens afin de se fondre dans la masse.

Entre son père qui bossait comme ouvrier et sa mère technicienne en onglerie, Peter Do a longtemps réfréné sa passion pour la mode, avant de rejoindre l’école de design Pratt à New York, puis le Fashion Institute of Technology dans la même ville.

Rapidement embauché pour travailler auprès de Phoebe Philo, alors prêtresse du minimalisme adorée à la tête de Céline, il quitte cette maison en 2016, puis bosse pour la marque américaine Derek Lam, tout en développant les soirs et week-ends son projet de marque personnel.

Après avoir galéré à la financer, il lance donc sa marque qui ne rencontre pas de buzz du jour au lendemain mais séduit acheteurs et clients petit-à-petit par son mélange de sévérité et de sensualité.

Pour ce premier défilé qui a eu lieu le 8 septembre 2021 et qui marque un tournant dans la vie de la maison, Peter Do a choisi le front de mer de Brooklyn, point de chute de nombreux immigrés comme le créateur lui-même. Il a ainsi voulu montrer à travers cette collection d’où il vient, à l’heure où les violences anti-asiatiques explosent sur fond de Covid en Occident (y compris au sommet de l’industrie de la mode), comme il le raconte au média The Cut : 

« Les gens me jettent des objets dans le train. Les gens nous disent de retourner d’où nous venons. J’ai donc beaucoup réfléchi à d’où nous venons. Et je voulais vraiment montrer aux gens d’où nous venons. Je pense que c’est aussi simple que cela. »

Alors cela peut sembler n’être qu’un détail, mais cette superposition de robe hautement fendu sur un pantalon large raconte beaucoup du patrimoine vietnamien, mais aussi de l’hybridation des vestiaires qui peut résulter d’un parcours migratoire. C’est ce qu’explique d’ailleurs Peter Do lui-même au média i-D :

« Nous proposons des pièces directement inspirées de l’áo dài, une tunique traditionnelle vietnamienne portée sur un pantalon. Je voulais que la collection soit comme une lentille floue de mes souvenirs d’enfance au Vietnam — telle une exploration de la force des femmes qui m’ont élevé, comme ma mère et ma grand-mère, et de regarder ce qu’elles portaient en élevant 10 enfants.

[…] En même temps, je voulais que les choses restent modernes — je ne voulais pas donner l’impression de créer des déguisements. Je ne voulais pas non plus manquer de respect aux Vietnamiens, ce qui m’inquiétait assez, mais mon intention n’était pas non plus de créer quelque chose exclusivement pour eux. C’était plus un point de départ — j’ai regardé avec quoi j’ai grandi et je l’ai modernisé. »

Collection Peter Do printemps-été 2022. © Courtesy of Peter Do.
Collection Peter Do printemps-été 2022. © Courtesy of Peter Do.

Qu’une personne concernée raconte sa propre histoire à travers des vêtements et les partage ainsi donne une toute autre signification à cette allure, à la fois aérienne et acérée, dont on peut d’ores et déjà s’inspirer pour reproduire une dégaine semblable avec ce qu’on a déjà à la maison. 

En voyant ses silhouettes inspirées de l’áo dài déambuler le long du front de mer de Brooklyn, une phrase de l’un de mes romans préférés, On Earth We’re briefly Gorgeous (récemment traduit en français : Un bref instant de splendeur, aux éditions Gallimard) du jeune écrivain américano-vietnamien Ocean Vuong, m’est revenue en tête. Je vous la porpose donc en mot de la fin :

 « En vietnamien, on utilise le même mot pour dire que quelqu’un nous manque ou que vous vous souvenez de lui : nhớ. Parfois, quand tu me demandes au téléphone : Có nhớ mẹ không? je tressaille, croyant que tu as voulu dire : Tu te souviens de moi ? Tu me manques davantage que je ne me souviens de toi. »

À lire aussi : « Nous, femmes et minorités de genre asiatiques, subissons le racisme au quotidien »

Crédit photo de Une : © Courtesy of Peter Do.

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Les Commentaires
6

Avatar de Destiny Nova
17 septembre 2021 à 07h55
Destiny Nova
Je voulais juste dire que j'ai toujours trouvé l’áo dài très joli.
Je me souviens que j'avais cherché une version un peu plus occidentale à une époque mais sans succès (non pas que je n'aimais pas les motifs vietnamiens, juste que ce n'était pas ma culture et que ça faisait vraiment très traditionnel).
J'espère que ce type de vêtement va rencontrer plus de succès par chez nous et, c'est peut-être naïf de ma part, faire prendre conscience aux gens de la richesse des cultures asiatiques et que non, ces personnes ne sont pas responsables du covid.
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