Pourquoi le racisme anti-asiatique est-il encore tabou en France ?

Pourquoi le racisme anti-asiatique met-il tant de temps à être nommé et dénoncé en France ? Kailea* témoigne du racisme ordinaire qu'elle subit, du tabou à son sujet dans sa famille et ouvre la porte à une réflexion globale.

Pourquoi le racisme anti-asiatique est-il encore tabou en France ?©Gabrielle Henderson/Unsplash

*le prénom a été modifié

Depuis un an qu’elle travaille dans le marketing digital de cette start up montante et internationale basée dans le sud de la France, Kailea est ravie.

Ses collègues viennent d’Europe de l’Est, des États-Unis, d’Asie et apportent une multiculturalité agréable à vivre au quotidien. Son poste lui plaît et ses horaires sont appréciables.

Après un an à évoluer dans un environnement préservé d’une quelconque forme de racisme, arrive un jour où son manager est remplacé par son N+2 lors d’une réunion.

Quand vient le tour à Kailea de faire le point sur son travail, ce dernier s’écrie :

« Bon, bah maintenant, c’est au tour de l’Asie de s’exprimer ! »

Un racisme anti-asiatique ordinaire présent dans le milieu du travail en France

Quelque peu désorientée par ses mots, elle les met sur le compte de sa maladresse et de son humour d’ordinaire peu raffiné, et prend la parole.

Au moment d’une discussion autour d’un litige avec une équipe américaine, sans aucune retenue, ce même homme s’exclame devant ses collègues abasourdis :

« Quoi ?! Qu’est-ce que c’est leur problème ?! C’est parce que t’es jaune, c’est ça ? Ils doivent avoir un problème avec ta tronche ! »

Complètement désarmée face à cette logorrhée raciste et décomplexée venant de son supérieur hiérarchique, Kailea ne dit rien et se renferme pendant le reste de la réunion.

« Là je me suis dit, waw. Pendant un an, je n’ai jamais eu une remarque sur mes origines, et là en dix minutes, je me fais descendre.

Après la réunion, j’ai d’abord chialé un bon coup, parce que ça a fait écho à ce que j’ai vécu au collège, qui a été un peu traumatisant.

J’en ai marre d’être tout le temps cataloguée « asiat de service » et de ne pas être considérée comme juste moi, pour mes compétences et mon caractère.

Ça m’a fait remonter plein de souvenirs et un gros ras le bol. »

Souhaitant régler ça directement avec son supérieur, Kailea lui a envoyé un message privé direct, clair et concis lui faisant comprendre qu’elle n’avait pas du tout apprécié ses commentaires et qu’elle ne voulait pas que cela se reproduise.

La réponse a été une plate excuse et une reconnaissance de sa faute, un soulagement pour Kailea qui craignait un énième « Oh, ça va, c’était une blague ! » qu’on lui sert à toutes les sauces depuis des années.

Ce récent évènement qui lui a explosé en pleine figure n’était malheureusement pas une première pour elle. Quand elle était plus jeune, lors de différents stages en entreprise, elle a déjà fondu en larmes à cause de remarques racistes à son encontre.

« Je pense à mon premier stage de six mois dans une entreprise où il y avait surtout des gens qui n’avaient pas connu beaucoup de mixité culturelle ou sociale, je dirais.

Ils se permettaient des blagues pas seulement anti-asiatiques mais sur toutes les communautés.

À l’époque, j’étais plus jeune et j’avais beaucoup moins confiance en moi, en général je fondais en larmes et je n’avais pas vraiment de répartie. »

Un dialogue sur le racisme inexistant au sein de sa famille asiatique

Personne n’est préparé à se confronter au racisme. Lorsqu’il est quotidien, ordinaire et entretenu dans une quasi-totale indifférence collective, sa violence est même amplifiée.

Kailea* est métissée du Laos et du Vietnam et après vingt-cinq ans à encaisser silencieusement un racisme anti-asiatique sournois, il lui est revenu en plein visage.

Quand elle parle de ce qu’elle a vécu au collège, Kailea fait référence à une période violente de sa vie pendant laquelle elle a été victime de harcèlement scolaire.

Des années charnières pour tout adolescent ou adolescente en pleine construction de son identité, où elle a réalisé qu’elle était rejetée pour ce qu’elle était, à coups de « Bouffeuse de riz » et de « On ne voit pas tes yeux ».

« C’était des blagues qui restaient « gentilles »… Encore aujourd’hui, j’ai tendance à vouloir minimiser le truc et les « excuser » peut-être, je ne sais pas.

C’est devenu un réflexe chez moi et je ne sais toujours pas aujourd’hui comment aborder ce genre de situation. »

Désarmée face à ces attaques racistes quotidiennes et répétées, Kailea a plusieurs fois essayé d’ouvrir le dialogue avec ses parents, pour trouver du soutien ou des conseils.

Son père, vietnamien, est arrivé en France avec ses parents au début des années 1980. Sa mère, laotienne, est arrivée seule à la même période. Ils avaient à peine 18 ans.

Tous les deux, ils ont veillé à clore rapidement chaque discussion en lien avec le racisme que Kailea tentait d’amorcer.

« Au collège, quand j’en parlais et que je me confiais à ma mère, elle disait avec abnégation qu’il fallait que je passe outre, que ce n’était pas la peine de me prendre la tête pour ça.

J’ai grandi en pensant que c’était vraiment quelque chose à minimiser et qu’il ne fallait pas que j’y prête attention, ni que je sois émotionnelle face à ce genre de situation. »

Des scènes de racisme ordinaire avec ses parents, elle en a pourtant vécu beaucoup.

« Pour donner un exemple parmi tant d’autres, il est arrivé un dimanche où je suis allée dans un parc promener mon chien avec mes parents.

On rencontre un autre chien avec la famille qui le promène, on commence à taper la discute de manière normale, comme un dimanche de beau temps.

Là, le père de famille, qui est censé montrer l’exemple à ses enfants, commence à dire : « Ah et ce soir vous allez le bouffer ! Vous allez le bouffer à la pleine lune ! » et d’autres trucs de ce genre.

À cet instant, ce qui m’a choquée aussi c’est que mes parents ont un peu rigolé, mon père a un peu surfé sur la vague, alors que moi j’ai tout de suite tiré la tronche.

Vu le comportement de mes parents et de ma famille en général, j’ai l’impression qu’ils ont conscience de tout ça, ils doivent s’en prendre des remarques racistes, mais ils passent outre.

Enfin, je ne sais pas s’ils « passent outre » ou s’ils s’écrasent et se font marcher dessus. Je pense que c’est plutôt la deuxième métaphore qui est la plus appropriée. »

En plus de ces épisodes de racisme ordinaire vécus toute l’année, la pandémie du Covid-19 a amplifié le racisme anti-asiatique en France et à travers le monde.

Des personnes qui changent de rame de métro en la voyant, des « Attention, couvre-toi le nez » lâchés à haute voix dans des allées de magasin…

À force, Kailea a développé ce qu’elle appelle une « paranoïa », bien qu’elle sache que c’est une véritable pathologie dont elle n’est pas atteinte.

« Parfois, j’ai vraiment un réflexe qui me fait penser qu’untel me regarde mal parce que j’ai l’air d’une Chinoise qui porte le virus.

Je développe une méfiance et je finis par me dire que tout le monde ne me voit vraiment qu’à travers ma couleur de peau. »

Kailea n’est pas la seule à avoir ce ressenti, puisque dès le mois de janvier 2020 le hashtag #Jenesuispasunvirus a explosé sur Twitter, réunissant des vidéos et des témoignages de racisme anti-asiatique décomplexé.

En février 2020, l’autrice Grace Ly publiait un article saisissant sur Slate, Ne me demandez pas si le racisme anti-asiatique existe vraiment, racontant qu’en 2020, des journalistes français lui demandent encore si le racisme anti-asiatique est bien réel.

Pourquoi le dialogue autour du racisme anti-asiatique en France est-il si étouffé ? Pourquoi le sujet peine-t-il autant à être abordé dans les médias et au sein de la population ?

Pour répondre à ces questions, il faut remonter quelques dizaines d’années en arrière.

Des vagues d’immigrations asiatiques tardives en France

Pour Grace Ly et Kelsi Phụng, contactés par madmoiZelle, la première pierre pour ouvrir le dialogue et faire reconnaître le racisme anti-asiatique en France a été posée tragiquement en 2016, avec l’assassinat du couturier chinois Zhang Chaolin à Aubervilliers.

Grace Ly est autrice du roman Jeune fille modèle, coanimatrice du podcast Kiffe ta race et réalisatrice d’une websérie documentaire sur les identités asiatiques, Ça reste entre nous.

Kelsi Phụng est réalisateurice de films d’animation et commence à développer une série d’animation autour de portraits croisés de personnes transgenres et non-binaires racisées, tout en codirigeant le collectif Décolonisons l’animation.

Cette année 2016, ils ont tous les deux observé les communautés asiatiques sortir du silence, sortir dans la rue pour demander justice pour Zhang Chaolin.

Les mots de racisme anti-asiatique étaient posés et relayés à la télévision et dans les médias, pour la première fois.

2016, c’était hier. Pour Grace Ly comme pour Kelsi Phụng, cette apparition tardive du dialogue sur le racisme anti-asiatique tient en partie au fait que les principales vagues d’immigrations asiatiques en France sont très récentes, à savoir dans les années 1950 puis après 1970.

Grace Ly, d’origine sino-cambodgienne, explique.

« Il y a une question temporelle par rapport à cette invisibilisation en France.

[…] Il y a évidemment eu des personnes asiatiques qui sont arrivées au début du XIXe et du XXe, mais les vagues d’immigrations massives telles qu’après l’année 1975 avec l’accueil de réfugiés de l’ex-Indochine française, c’était presque ce matin si on regarde une courbe du temps.

J’ai 40 ans, je suis donc de la deuxième génération seulement, mes parents sont venus d’ailleurs. Je suis née en France, et même moi il m’a fallu un certain temps pour faire ma tambouille personnelle et réaliser que ce que je vivais, ça s’appelait du racisme.

Donc à l’échelle d’une nation, ça prend encore plus de temps. »

Kelsi Phụng est d’origine vietnamienne et fait partie de la troisième génération, ce sont ses grands-parents qui ont émigré en France. Iel rejoint le discours de Grace Ly sur l’importance de la temporalité pour comprendre cette question.

« Dans le cadre de l’histoire de ma famille, l’immigration s’est faite suite à la décolonisation du Vietnam dans les années 1950, et par la suite il y a eu des deuxièmes vagues, dans le cadre de la guerre entre les États-Unis et le Vietnam.

J’ai des amis pour qui la première génération à s’être installée en France est celle de leurs parents, donc je pense que les priorités pour nos parents ou grands parents, c’était en premier lieu de s’intégrer et de chercher du travail.

Il y en a plein qui ne parlaient pas le français donc c’était déjà extrêmement difficile d’appréhender et formuler la question du racisme puisque de toute façon, elle était toute nouvelle. »

Les nouvelles générations de personnes asiatiques en France comme celles de Kelsi Phụng, Grace Ly ou Kailea sont donc les premières ou les deuxièmes à être nées en France, être allées à l’école en France, se sentir françaises, à avoir pu formuler et s’emparer de la question du racisme qu’elles vivent depuis l’enfance.

Le mythe de la minorité modèle, rempart contre la dénonciation du racisme anti-asiatique en France

Deuxième clé pour comprendre la difficulté à penser et formuler le racisme anti-asiatique en France, le mythe de la minorité modèle.

Qui n’a jamais entendu ou même dit des phrases en apparence banales comme « les Asiatiques sont discrets », « les Asiatiques sont studieux » ?

Derrière ces clichés énoncés comme positifs se cache l’un des symptômes de la domination occidentale sur l’Asie et un concept raciste intériorisé par les personnes asiatiques elles-mêmes. Kelsi Phụng l’explique.

« Le mythe de la minorité modèle est un concept qui a été théorisé aux États-Unis par des asiatiques américains. Il décrit le fait que les personnes blanches ont considéré les personnes asiatiques comme étant la minorité la plus intégrée pour les mettre en opposition avec d’autres communautés racisées, dans un but de comparaison et de compétition.

C’est quelque chose qui a vraiment été mis en place par les personnes blanches pour dire aux autres communautés de suivre cet exemple, de ne pas faire de vagues, comme tous les clichés qui sont attribués aux personnes asiatiques. »

Pour aller encore plus loin, Kelsi Phụng remet dans un contexte historique ce mythe de la minorité modèle, avec l’exemple des traumatismes liés à la colonisation et la décolonisation du Vietnam il y a tout juste 70 ans.

« Dans les années 1950, les Vietnamiens et Vietnamiennes étaient parquées dans des camps post-coloniaux.

Ils étaient détenus dans des conditions déplorables, on leur imposait d’apprendre de force le français, d’abandonner le bouddhisme pour se convertir au catholicisme.

Ils avaient très peu d’accès aux soins et à la nourriture, ils devaient travailler de façon forcée ou avec des salaires ridicules…

Il y a énormément de personnes qui ont voulu porter plainte à leur niveau, qui ont essayé de rapporter tout ça aux personnes en charge de l’administration de ces camps.

Face à ces indignations, les personnels administratifs qui avaient été rodés à la mode coloniale les ont mises de côté et les ont parfois internées dans des asiles pour mettre en avant la démence et empêcher leur parole d’être entendue.

On dit que les asiatiques ne l’ouvrent pas mais ce que je veux montrer à travers cet exemple, c’est que si, en fait, ils ont essayé de l’ouvrir, mais ils ont été silenciés.

Particulièrement dans le modèle français, le mythe de la minorité modèle a plus qu’été instauré : il a aussi été forcé.

On a forcé les Asiatiques à y rentrer parce que s’ils ne se conformaient pas, ils savaient qu’ils allaient être séparés de leur famille, envoyés dans des hôpitaux psychiatriques, qu’on allait leur couper les vivres…

Je pense donc aussi que cette première génération a vraiment intégré tout ça. »

Dans le terme « minorité modèle », le mot minorité est aussi d’importance capitale. La place de la communauté asiatique en tant que « minorité » a été forgée avec son invisibilisation dans les manuels et les cours d’histoire français.

Ce récit du passé colonial de la France en Asie et donc l’histoire des français et françaises d’origines vietnamienne, cambodgienne ou laotienne, n’est pas ou peu racontée.

Kelsi Phụng explique l’importance de raconter l’Histoire avec un grand H en la décentrant de l’impérialisme occidental.

« Ça rentre dans tout ce dans quoi la France s’est emmitouflée : le fait de ne pas parler de race sociale, de ne pas parler vraiment de l’histoire coloniale.

Je pense que si la France et l’Éducation nationale ne parlent pas de tout ça, c’est parce que ça les obligerait à prendre du recul, à rendre des comptes et ce n’est absolument pas ce qu’ils veulent.

[…] Ça nous coupe, nous qui sommes en France, qui sommes Français et Françaises, de notre histoire, alors qu’on est censé apprendre l’Histoire avec un grand H quand on est à l’école.

Ça crée en nous une énorme dissociation. On fait comme si la France et les États-Unis étaient le vrai monde, et puis il y a « les autres » qui ne se sont pas disciplinés sous l’impérialisme des États-Unis ou de la France.

On finit par intégrer ça quand on est jeune, même si c’est inconscient.

Je pense que dans notre construction c’est assez dévastateur parce qu’on se dit que nos grands-parents sont « les autres », ceux qui n’ont pas réussi à s’intégrer. »

Une minorité est mineure, dépendante, moins importante.

Cette perception intégrée par tous et toutes renforce l’invisibilisation de la communauté asiatique, de son histoire, de son vécu. Elle ne permet pas de comprendre toutes les dynamiques de domination qui ont construit la France telle que nous la connaissons aujourd’hui.

Grace Ly ajoute :

« Dans un programme national d’histoire, on fait des choix. Et quand on fait des choix on part du principe qu’on prend les choses les plus importantes.

On priorise certaines histoires sur d’autres et donc quand votre histoire, celle de vos parents, leur parcours, leur migration, les enjeux de pouvoir qui se sont joués sur leur territoire ne sont pas expliqués à l’école, ça veut dire qu’elle est mineure et que vous faites partie d’une minorité et que c’est moins important.

[…] C’est invisibiliser ces histoires et leur acoller une étiquette de secondaire. Les gens qui se réclament de cette identité s’en trouvent affectés. »

Sortir du tabou sur le racisme anti-asiatique en France grâce à la transmission, petit à petit

Chaque étape historique et chaque héritage traumatique a une influence inconsciente au plus profond de notre chair.

Quand elle parle du tabou autour du racisme dans sa famille et de la passivité de ses parents, Kailea raconte une histoire très similaire à celle de Kelsi Phụng et de Grace Ly avec leur famille.

Ce tabou, il prend racine dans l’histoire, mais aussi dans la violence du racisme au quotidien, une oppression systémique à laquelle personne n’est préparé. Grace Ly détaille :

« Certains facteurs sont liés au racisme même, c’est-à-dire que le racisme est réduit à la vie intime.

On n’ose pas en parler, on le garde en nous, on n’ose pas l’exprimer en public. Ça aussi, c’est quelque chose qui est propre aux oppressions : on a honte de ce qui se passe.

On gère tous le racisme différemment, on n’est pas armé contre le racisme, ce n’est pas quelque chose qui est inné.

Quand on est face au racisme, on réagit par rapport à notre personnalité, notre vécu, notre parcours et donc je comprends tout à fait que des personnes soient incapables de gérer le racisme. Personne ne devrait avoir à gérer ça en réalité.

Mes parents non plus ne trouvaient pas les mots et n’avaient pas de solution parce que la solution n’est pas individuelle, elle est collective.

Mes parents sont arrivés et ils ont dû recommencer leur vie à zéro. Ils avaient l’impression que ce que je vivais c’était le dernier de leur souci.

Mettre du pain sur la table et m’habiller était beaucoup plus important que de savoir si mon bien-être psychique était au top.

À leur place, je ne sais pas ce que j’aurais fait. Je trouve qu’ils ont très bien fait. »

Pour Kelsi Phụng qui, avec beaucoup de bienveillance et de patience, a réussi à nouer un dialogue précieux avec son grand-père sur le racisme et la colonisation française au Vietnam, démêler ce tabou est un travail de longue haleine.

« Moi qui suis de troisième génération, j’ai déjà du mal à en parler avec mon père parce que justement, je pense qu’il a subi pas mal de racisme et qu’il a du mal à poser des mots dessus, à comprendre ça.

Quand j’ai amorcé ce dialogue-là avec mon grand-père, qui lui est la première génération à être arrivée en France, on a commencé une conversation assez précieuse sur notre héritage, sa vie au Vietnam et comment il a vécu la colonisation.

Il en parlait de façon assez légère. Jusqu’à ce qu’il y ait ce côté négatif du racisme qui se mette en place et qu’il soit obligé de le mettre en avant dans son histoire.

C’est extrêmement tabou et ce n’est vraiment pas le premier truc qui vient à l’esprit de nos aînés quand ils parlent de leur histoire : ils ont été tellement impactés et traumatisés par leur arrivée en France, par la façon dont était géré l’ordre colonial, que ce soit au Vietnam ou en France par la suite.

Je pense que c’est tellement douloureux qu’il y a ce côté défense, le côté « je vais te dire tous les trucs positifs qui ont fait que j’ai quand même essayé de vivre une vie fière », alors que c’était très dur. »

Tout ce qu’ils ont appris sur leur histoire, tout ce qu’ils ont encaissé et déployé pour faire face au racisme qu’ils subissent, Kelsi et Grace l’ont fait par eux-mêmes : se renseigner, fouiller, trouver des interlocuteurs et interlocutrices via les réseaux sociaux, créer des communautés sécurisantes pour formuler leur discours.

Créer via leur métier des ressources et des moyens d’extérioriser leurs ressentis et d’ouvrir le dialogue… ce sont les leviers qu’ils participent à mettre en place au quotidien pour que, petit à petit, le dialogue sorte de l’individualité pour atteindre les sphères collectives et politiques.

Ils en sont tous les deux persuadés et le disent avec optimisme : la société française avance, puisqu’il y a vingt ans, les mots de « racisme anti-asiatique » n’existaient pas, et qu’aujourd’hui des articles qui y sont dédiés existent.

Pour l’instant, de son côté, Kailea avance en eaux troubles. Elle est épuisée et découragée quand elle visualise le fardeau du racisme qu’elle va devoir porter toute sa vie.

Elle souhaite que l’on parle plus de son quotidien et de sa réalité dans les médias et sur les réseaux sociaux pour enfin se sentir moins isolée, et le fait même d’avoir pris la parole dans cet article casse la tradition du tabou dont elle a hérité.

Les ressources de Kelsi Phụng pour aller un peu plus loin

Pour s’informer et aller un peu plus loin sur l’histoire de la France et de l’Asie, quelques ressources partagées par Kelsi Phụng :

À lire aussi : Cette enquête dévoile l’ampleur des discriminations à l’université

Océane Viala

Océane Viala

Océane est chargée des témoignages sur madmoiZelle ! Sa passion, c’est vos vies, surtout quand elles lui font réfléchir à la sienne. Elle aime aussi le froid, les arbres et les avocats.

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Commentaires

Lord Griffith

@VickyLgn Tev en parle un peu dans la vidéo que j'ai postée plus haut :)
 

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