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« Et toi, tu t’y mets quand ? » Plaidoyer pour qu’on nous lâche l’utérus

Entre 20 et 40 ans, tout le monde a son mot à dire sur ce qu’on fait de nos ovaires, et ça commence à nous courir sur le périnée.

Article initialement publié le 2 janvier 2019

À 20 ans, si on dit qu’on ne veut pas d’enfants, on nous répond qu’on va changer d’avis. Si on dit la même chose à 30 ans, on nous demande : « t’as pas peur de regretter ? » Et à 40 ans, on nous sort qu’on est égoïste (médaille d’or de la réaction la plus pourrie, on en reparle plus loin).

Les femmes qui déclarent ouvertement ne pas vouloir d’enfants sont d’ailleurs encore extrêmement minoritaires : moins de 5% des Françaises sont dans ce cas, selon une enquête de l’Institut National d’Études Démographiques datant de 2012. (Il est possible que cette proportion ait augmenté depuis mais il n’y a pas eu d’étude plus récente sur le sujet en France).

De notre côté, nous avions posé la question à nos abonné·es à la newsletter, et près de 22% avaient répondu ne pas vouloir d’enfants.

« Pourquoi diantre ne t’es-tu jamais reproduite ? »

Si vous ne clamez pas publiquement votre non-désir de maternité, on ne lâche pas pour autant la nullipare que vous êtes. À 20 ans, on vous demande combien vous voulez d’enfants. À 30 ans, on vous gonfle à base de « horloge biologique gnagnagna faudrait pas trop traîner ». À 40 ans, on ne vous dit plus rien, mais on se demande quel est votre problème. « Pourquoi diantre ne s’est-elle jamais reproduite ? », s’interroge la populace.

Et quand on essaye d’avoir un enfant, mais que ça ne marche pas pour X ou Y raisons, ces réactions sont particulièrement pénibles à vivre. Vous n’avez pas forcément envie de parler de votre infertilité à votre voisine de palier ou de décrire par le menu votre dernière tentative de FIV à la machine à café.

Et si vous n’êtes pas concernée par le sujet (lucky you), pensez-y à Noël prochain, avant de demander innocemment à votre cousine en âge de procréer : « alors, vous vous y mettez quand ? » Si ça se trouve, vous allez juste remuer le couteau dans l’utérus et rajouter un peu de sel par-dessus.

Décider d’avoir ou non un enfant est sans doute l’un des choix les plus intimes (et les plus engageants) qu’un individu (ou un couple) puissent faire. Pourquoi le monde entier se sent-il autorisé à donner son avis là-dessus ?!

Même après avoir eu un enfant, les gens continuent à se mêler de notre utérus : « Et le deuxième c’est pour quand ? », « Vous allez nous faire un petit troisième ? ».

Une pression sociale qui pèse sur les femmes

Je ne vous apprends rien en vous disant que cette pression sociale pèse principalement sur les femmes. Les hommes ne sont pas épargnés à 100%, mais comme ils ont une fenêtre de tir (hé hé) plus large, on leur accorde le bénéfice du doute plus longtemps.

Ne pas avoir d’enfants à 35 ans quand on est une femme, c’est suspect. À 40 ans, c’est carrément louche.

Surtout, la société a tendance à considérer qu’un homme peut se réaliser autrement que dans la paternité : dans la création, l’entrepreneuriat, la foi, le sport, etc. Pour les femmes, ce n’est pas si simple… Même si la société française évolue vers plus d’égalité, elle continue de renvoyer le message que, pour être pleinement épanouie en tant que femme, il faut devenir mère.

Comme le dit très bien Mona Chollet dans son livre Sorcières, la puissance invaincue des femmes : « Un homme qui ne devient pas père déroge à une fonction sociale, tandis qu’une femme est censée jouer dans la maternité la réalisation de son identité profonde ».

LES SORCIÈRES À L'HONNEUR AVEC MONA CHOLLET — REPLAY

Les pressions viennent de partout et partent souvent d’un bon sentiment (« L’Enfer est pavé de bonnes intentions », me souffle-t-on dans l’oreillette). Il y a nos parents qui ont « tellement envie d’être grands-parents » ou nos potes qui trouveraient ça trop cool que « nos enfants puissent jouer ensemble ».

Il y a aussi ce recruteur qui vous demande d’un ton angoissé — et dans l’illégalité la plus totale — si vous avez prévu d’avoir des enfants dans les trois prochaines années. Eh oui, vous avez 30 ans, vous êtes forcément « à risque ». Ou ces mères sur les réseaux sociaux qui vous répètent qu’avoir des enfants donne un sens à votre vie.

(Précision qui a son importance : je suis hyper heureuse pour celles (et ceux) qui s’épanouissent dans la parentalité. Je n’exclus pas d’en faire partie un jour, mais je trouve ça dommage que l’on n’entende pas plus celles et ceux qui ont fait le choix de ne pas se reproduire).

Est-ce que je veux vraiment des enfants ?

Le résultat c’est qu’on peut avoir du mal aujourd’hui à savoir si on veut réellement des enfants ou si c’est la société qui nous pousse à en vouloir.

C’est sûr qu’avant les lois sur la contraception et l’IVG, on se posait moins la question. Si on vivait en couple hétérosexuel et qu’on était en capacité biologique d’avoir des enfants : ils et elles arrivaient sans qu’on ait forcément le choix. Enfin si, on pouvait choisir entre devenir mère ou risquer sa vie en recourant à un avortement clandestin.

Aujourd’hui, les options sont plus ouvertes et c’est une excellente nouvelle ! Même s’il reste du chemin à parcourir pour que toutes les personnes puissent avoir recours à la PMA et trouver une contraception adaptée, et que l’accès à l’IVG doit sans cesse être défendu.

Pourtant, la liberté de faire ce que l’on veut de son utérus n’a pas fait disparaître les injonctions à la maternité. Ni le fait qu’entre la puberté et la ménopause, la période où l’on peut procréer naturellement est restreinte.

Surtout qu’avec l’allongement des études et des débuts de carrière de plus en plus précaires, on peut mettre du temps à avoir une situation que l’on juge suffisamment stable —matériellement et affectivement — pour accueillir un enfant.

Et malgré les progrès de la médecine, il y a une réalité qui ne change pas : la fertilité naturelle décline après 35 ans. Le taux de conception à 12 mois est de 75,4% à 30 ans, de 66% à 35 ans et de 44,3% à 40 ans.

C’est-à-dire qu’à 40 ans, moins d’une femme sur deux réussira à tomber enceinte après un an de rapports sexuels réguliers, alors que les trois quarts des trentenaires y parviennent.

Avoir un enfant ou pas ? Le temps nous est compté

Et si l’horloge biologique n’est qu’une métaphore (nos utérus ne font pas tic tac passés 35 ans), le temps nous est réellement compté. Et cette baisse de la fertilité peut inquiéter les indécises.

Non seulement, on doit prendre cette décision ô combien importante en notre âme et conscience, en tentant de résister aux pressions extérieures, mais en plus, on doit le faire en un temps limité…

L’autoconservation des ovocytes par vitrification (aussi appelée congélation, en référence à l’ancienne méthode de conservation) est une des pistes pour éloigner cette épée de Damoclès et gagner cinq ou dix années de répit.

En vitrifiant suffisamment d’ovocytes de bonne qualité avant 35 ans, on peut ensuite espérer donner naissance à un enfant via une fécondation in vitro, après ses 40 ans. Tout en gardant en tête que les risques associés à une grossesse augmentent avec l’âge.

Cette procédure d’autoconservation a longtemps été interdite en France, sauf cas particulier : maladies affectant la fertilité comme l’endométriose, avant un traitement par chimiothérapie, ou dans le cadre d’un don d’ovocytes qui permet d’en conserver une partie pour son propre usage…

Seules les personnes qui en avaient les moyens pouvaient alors se rendre à l’étranger pour réaliser la procédure. Depuis le vote de la dernière loi de bioéthique, la donne a changé.

L’égoïsme n’a rien à voir là-dedans

Il y a des dizaines de raisons pour ne pas vouloir être mère : convictions écolos, sentiment de ne pas être prête, de ne pas avoir trouvé le bon coparent, de ne pas avoir les moyens matériels ou affectifs d’accueillir un bébé, de ne pas avoir envie de reproduire des schémas familiaux toxiques, envie de se réaliser autrement, etc.

Mais je ne pense pas que l’égoïsme supposé de celles qui ne veulent pas d’enfants ait grand chose à voir là-dedans. Personne ne renonce à la maternité juste pour conserver ses grasses matinées (même si ça peut être une raison tout à fait valable) !

Avoir suffisamment réfléchi à ses aspirations profondes, à son couple, à son environnement et prendre la décision de ne pas avoir d’enfants malgré le prix social que l’on devra payer et les jugements que l’on devra supporter, voilà qui révèle plutôt selon moi courage, lucidité et altruisme. En attendant que cela devienne peut-être, un jour, un choix comme un autre.

À lire aussi : Les personnes childfree représentent 27% de la population et cette étude a voulu mieux les connaître

Crédit photo :  ANTHONY SHKRABA production / Pexels

Les Commentaires
3

Avatar de cryhouse
12 septembre 2021 à 20h24
cryhouse
bah desfois une piqûre de rappel c'est bien aussi^^
Moi ça m'as fait du bien cet article. Je n'ai pas d'enfant car je ne veux pas en faire si je n'ai pas les conditions qui me conviennent (à savoir, une relation fiable) et au fur et à mesure des années le niveau de respect des gens descend (on m'as déjà dit que j'avais qu'à troncher n'importe quel mec, ou que j'avais qu' a me mettre avec quelqu'un et puis s'il me balance après au moins j'aurai un gosse) l'enfer
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