Je suis une 2000, et je ne suis pas désabusée : je suis en colère

Salomé a 18 ans, et elle en a marre qu'on réduise sa génération à une bande d'adolescents désabusés et fatalistes. Dans ce témoignage, elle décrit sa réalité.

Je suis une 2000, et je ne suis pas désabusée : je suis en colère

On entend régulièrement parler dans les médias des « millenials », un terme bancal censé représenter tout ce pan de la population née environ entre 1980 et 2000.

Génération 2000 : les clichés sur ma génération

Moi, je suis née en 2000, un peu tard sûrement pour appartenir à cette dénomination qui fait souvent référence aux jeunes actifs, qui se débattent avec le marché de l’emploi et du logement.

Ma génération, c’est celle des enfants et adolescents qui ont grandi avec YouTube, entourés par les médias, qui savent utiliser un smartphone depuis leurs 10 ou 12 ans, c’est la génération de Greta Thunberg.

La génération de ceux qui étaient encore enfants lors de la législation sur le mariage pour tous, qui ont vu leurs questionnements sur l’adolescence, la sexualité et l’âge adulte s’ajouter à des questions sur le réchauffement climatique, les attentats, Donald Trump, le féminisme et les causes LGBT.

Difficile de grandir et de construire son identité dans un contexte aussi changeant, difficile de faire cohabiter la transition adolescente avec celle du monde qui nous entoure…

Plusieurs fois, j’ai entendu ma génération être qualifiée de « fataliste ».

Une génération qui ne veut pas, ne veut plus se battre, une génération qui prend ses distances avec la politique, convaincue qu’il est déjà trop tard pour changer le système.

Une génération qui abandonne l’écologie sous prétexte que là encore, il est trop tard pour faire marche arrière, trop tard pour sauver les glaciers, la forêt amazonienne ou encore les espèces en voie de disparition.

J’entends autour de moi que les adolescents et adolescentes sont désabusées, blasées, cyniques, qu’ils et elles ne croient plus en rien : ni à la religion et la spiritualité, ni à la démocratie.

Je l’ai entendu de la part d’un de mes profs en école d’art, qui parlait des clichés liés à notre génération (notre usage de l’humour hyper noir, nos mèmes humoristiques sur la dépression, la fin du monde, la mort…).

Je l’ai aussi entendu de la part d’amis plus âgés :

« Les jeunes, vous ne croyez plus en rien. »

Enfant des années 2000 : mes premières désillusions

Je crois surtout que ce en quoi ma génération a du mal à croire, ce sont les adultes qui nous entourent.

Les uns après les autres, les hommes politiques font l’objet de scandales, sont impliqués dans des affaires d’argent détourné, de mensonges ou d’avoir étouffé certaines affaires.

Alors non, je n’ai pas perdu espoir en la démocratie, mais plutôt en ceux qui la représentent à mes yeux, les présidents et autres ministres qui se révèlent trop souvent être toujours plus corrompus.

Je prends mes distances avec la religion, non pas parce que je refuse d’y croire, mais plutôt parce que je n’ai plus confiance en ses représentants.

En 2012, juste avant que je fête mes 11 ans, les manifestations et le débat autour du mariage pour tous sont le sujet d’actualité numéro un dans les médias français.

C’est à cet âge-là que je découvre que l’intolérance est partout, même en France, même maintenant.

Dans ma petite tête d’enfant, l’injustice et l’intolérance, c’était l’Apartheid et le racisme, c’était la persécution des juifs en Allemagne sous Hitler, c’était très grave et heureusement très loin.

C’était du passé, ça n’existait plus dans le pays où j’ai grandi.

Je pensais sincèrement que les discriminations et la violence liées aux origines, à la sexualité, etc. appartenaient à une autre époque. Première désillusion.

Enfant des années 2000 : Donald Trump et ma crise d’ado

Mon adolescence plutôt agitée a été marquée par un enchaînement d’actualités toujours plus effrayantes.

On commençait à nous annoncer que d’ici 20 ou 30 ans, il faudrait tout changer, qu’on commencerait à manquer de ressources.

On commençait à parler de plus en plus du réchauffement climatique, de la disparition des abeilles, de la fonte des glaces, de la pollution de l’air…

Ce que j’ai compris, c’est qu’on est sacrément dans la merde, et que globalement le changement n’a pas l’air d’être prévu pour tout de suite.

Côté politique, pas vraiment d’amélioration.

Je me souviens avoir vu ma prof d’anglais de lycée pleurer le jour où les résultats des élections américaines ont été annoncés. Puis les attentats, climat de panique sur la France, prétexte à toujours plus d’intolérance et de rejet.

Je me souviens de la photo du petit Aylan étendu sur une plage, vue à la télé alors que j’avais 14 ans.

Je ne comprenais pas grand-chose aux tenants et aux aboutissants du sujet des réfugiés en France…

J’avais seulement entendu dire que des gens mouraient en tentant de rejoindre notre pays tous les jours, et qu’en plus de ne pas forcément les aider, la France, peut-être, les rejetait.

Et je n’ai cité ici qu’une toute petite partie des sujets d’actualité qui ont pu marquer mon adolescence de petite Française blanche en pleine découverte de l’injustice et de la haine.

Enfant des années 2000 : une génération en colère

Difficile de rester positifs et positives au milieu d’un flot constant d’actualités toujours plus dramatiques, c’est vrai.

Il est tentant de baisser les bras en constatant que nous ne faisons que courir dans le mauvais sens, que les droits des femmes régressent aux États-Unis, que des réfugiés sont enfermés, que la planète est peut-être bien trop abîmée pour être sauvée.

Mais l’autre conséquence d’avoir grandi au milieu de tout ça, c’est que notre génération est particulièrement sensibilisée à la défense des minorités.

La plupart des ados autour de moi sont bien plus informés et ouverts à propos de la communauté LGBT que beaucoup d’adultes.

Ma génération veut voir des femmes au pouvoir, milite sur les réseaux sociaux contre la censure du corps féminin, crée des pages Instagram parlant ouvertement de sexualité comme on parlerait d’art ou de pâtisserie.

Ma génération, c’est bien celle de Greta Thunberg, c’est celle des jeunes qui ont profité des élections européennes (leurs toutes premières élections pour beaucoup) pour voter en majorité pour le parti écologiste.

C’est celle qui soutient les jeunes marques de cosmétiques cruelty-free et véganes, qui s’indigne contre les politiques conservatrices (par choix politique ou par esprit de contradiction, peu importe finalement), et qui remet tout en question, constamment.

C’est une génération d’adolescents et adolescentes non pas cyniques mais en colère, prête à argumenter autant qu’il le faudra pour défendre nos libertés, nos droits, et ceux des autres au passage.

C’est la génération qui est prête à affirmer ses convictions en s’offrant le plaisir de couvrir les voix d’une partie des générations précédentes s’il le faut.

Si à 16 ou 17 ans des adolescents et adolescentes sont capables de tout ça, alors je ne demande qu’à voir ce que ça pourra donner dans quelques années, lorsque nous aurons la confiance nécessaire pour nous exprimer encore plus fort.

Alors après avoir réfléchi à tout ça, je crois que quiconque jugerait ma génération fataliste ferait une très, très grosse erreur de jugement.

À lire aussi : Je suis une « Millennial », et la vidéo de Simon Sinek m’a fait comprendre des choses sur moi-même

Commentaires

Yvaine

@KtyKonéko C'est triste à dire, mais je pense qu'en un sens, tu as raison...
 

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