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Je suis fine, j’ai les fesses pleines de cellulite et j’apprends tout juste à l’accepter

Il y a quelques jours, Océane a eu une épiphanie en tombant sur le profil Instagram d’une journaliste et influenceuse body positive. Elle te la raconte et t’explique son rapport ambivalent à son corps et sa cellulite.

Le 26 avril 2020

J’allais commencer cet article en écrivant que j’ai découvert ce week-end ce que voulait vraiment dire le terme « body positive », et pour tout te dire, je me sens un peu cruche d’écrire ça.

Mais c’est pourtant la vérité, et je vais t’expliquer pourquoi.

L’apparition du mouvement body positive dans ma vie

La première fois que j’ai lu le terme « body positive », c’était sur madmoiZelle. Je ne sais plus en quelle année c’était, ni à travers quel article, mais je dirais que ça remonte à 4 ou 5 ans.

Pas si longtemps que ça, finalement.

Quand j’ai rencontré ce terme en même temps que j’ai découvert que j’étais féministe, j’ai commencé à percevoir toute une dimension qui m’était jusqu’alors très peu familière.

J’ai découvert que des personnes, surtout des femmes, se sentaient mal représentées, jugées, pointées du doigt, étaient insultées, dégradées, invisibilisées, juste parce qu’elles ne rentrent pas dans les standards de beauté de la société.

Juste pour un bourrelet, un poil, une vergeture, une taille, une couleur, un détail, ou l’entièreté de ce qui fait leur singularité et leur beauté.

Cette vérité qui ne faisait jusqu’alors pas partie de mon quotidien m’a éclatée au visage et j’ai moi-même été outrée d’avoir vécu aussi longtemps dans l’ignorance, participant sûrement moi-même, inconsciemment, au mal être de ces personnes soit disant « hors normes ».

Alors je me suis documentée, j’ai lu et j’ai surtout commencé à analyser tous les contenus que je voyais ou que je lisais, toutes les représentations que j’avais moi-même intégrées.

Petit à petit, j’ai commencé à mesurer l’importance de tout ce qui se cachait derrière ce terme de « body positive ».

Arrivée chez madmoiZelle, j’ai écris beaucoup d’articles sur le sujet, souvent par le prisme du témoignage, mais parfois simplement en relayant une vidéo qui m’avait frappée, ou en faisant le portrait d’ambassadrices de ce mouvement.

Parce que chez madmoiZelle, depuis sa création et bien avant que le mouvement body positive ne s’installe en France, parler de rapport au corps et d’acceptation de soi, cela fait partie intégrante de la ligne édito.

Cela fait donc quelques temps que je mesure à quel point il est urgent et vital que ce mouvement s’intègre comme une normalité dans la société, et que j’y participe, à mon échelle.

Cela fait quelques temps que je sais que les standards de beauté et le rejet qui en découlent tuent des hommes et des femmes à petit feu chaque jour.

Et pourtant, ce « body positive », jusqu’au week-end dernier, était encore bien distinct de mon intimité.

Mon corps de femme VS la société

Bien sûr, en tant que femme, j’ai pris conscience très vite que mon corps ne m’appartenait pas totalement, je n’ai pas été épargnée.

J’avais une dizaine d’année la première fois que j’ai demandé à ma mère pourquoi les messieurs me regardaient, et je n’ai pas eu à attendre l’adolescence pour regarder mon reflet dans le miroir en me demandant si j’étais « assez ».

Assez jolie, assez fine, assez féminine.

Je n’ai pas non plus attendu l’adolescence pour commencer à m’observer par un prisme sexuel, à force d’entendre dire par des proches et des moins proches :

« – Que tu seras belle plus tard, tu vas faire un malheur !

– Quelles belles jambes, quand tu pourras porter des talons ce sera dingue ! »

Et autres réflexions en apparence banales qui ont forgé mon regard sur moi, ma personnalité, mon corps, et la place que je donnais au regard des autres.

La différence c’est que, contrairement à toutes les femmes que je voyais avec l’étiquette « body positive » une fois adulte, moi, je suis toujours rentrée dans les canons de beauté.

Je suis blanche, j’ai les cheveux lisses, je suis grande, j’ai toujours été fine et j’ai très vite intégré qu’avec mon physique, je n’avais pas à me plaindre de quoi que ce soit.

Les héroïnes des films et des séries que j’ai toujours regardées, elles me ressemblaient, des représentations positives, j’en avais.

Pourtant, des complexes, j’en ai eu et je les ai très longtemps tus. J’ai détesté mon nez avant de l’adorer, j’ai pendant longtemps caché mes pieds, j’ai haï mes seins et je pense que je ne les ai pas encore totalement acceptés.

J’ai détesté mes jambes et je les déteste encore au point de ne jamais les montrer même par 40°C, et surtout, ce que j’ai toujours rejeté sur mon corps, c’est son absence totale de fermeté.

Et, crois-le ou non, je crois que jamais je n’ai exprimé ce complexe à qui que ce soit, parce que pendant très longtemps, je l’ai moi-même refoulé jusqu’à me convaincre que rien ne me complexais.

Mes fesses et ma cellulite, mon gros complexe

Pourtant c’est vrai, j’ai toujours détesté ma peau d’orange et la cellulite qui tapissent tout le bas de mon corps depuis que j’ai 14 ou 15 ans et que j’ai arrêté le sport intensif sans adapter mon alimentation.

Je suis fine, oui, je fais une taille 38, mais mes grosses fesses qui ont toujours attiré l’attention malgré moi ne seront plus jamais fermes et ne le sont plus depuis longtemps.

Quand je dis que j’ai de la cellulite, je ne suis pas en train d’exagérer ou de parler d’un petit peu de peau d’orange qui apparaît quand je sers les fesses, non.

Mes fesses sont grasses au repos, ma cellulite bien apparente en toutes circonstances et ma culotte de cheval est bien présente.

Cela fait bien longtemps que je m’empêche de porter des maillots de bain, que je refuse autant que possible d’aller à la piscine, d’aller sur des plages bondées, parce que je n’ai aucune envie de devoir dévoiler quelques centimètres carrés du bas de mon corps.

Mes jambes tremblent quand je marche, mes fesses sont adipeuses et je les trouve disgracieuses, peu importe tous les compliments que des hommes ont pu faire dessus.

Derrière tous ces efforts que j’ai intégrés comme étant ma normalité pour me cacher, il y a aussi la peur. Peur que tous ces gens qui me voient si belle, si fine, si bien foutue, se rendent compte que nue je ne ressemble pas à une femme de magazine.

Que derrière mes bras et ma taille fine et sous ce jean bien choisi, il y a un gros cul large et flasque qu’on ne s’attend pas à découvrir.

Parmi les héroïnes du body positive, j’ai vu des femmes grosses, des femmes maigres, des femmes noires, des femmes grosses et noires.

J’ai vu des femmes assumer leurs poils, des femmes avec des peaux atypiques, des femmes rousses ou aux cheveux crépus.

Mais je n’ai jamais vu de femme comme moi, à laquelle je pouvais m’identifier. Je ne voyais pas de femme fine remplie de peau d’orange.

Je ne voyais pas de femme au ventre plat et aux grosses fesses pleines de cellulite.

Si j’avais cherché, j’aurais sûrement trouvé, mais ça ne m’a même jamais traversé l’esprit, puisque, moi, je n’ai pas à me plaindre et je rentre dans les standards de beauté.

Le body positive, ce n’est pas pour moi, je me contente d’en être le relais.

Danae Mercer et mon nouveau regard sur mes fesses

Jusqu’à ce week-end de confinement pendant lequel je scrollais sur Instagram sans grand intérêt jusqu’à découvrir le compte Instagram d’une journaliste et influenceuse américaine, Danae Mercer.

Là. Sous mes yeux. Tout à coup. Le choc. Je me suis dis : waw.

Sans vraiment comprendre ce qui m’arrivait, j’ai immédiatement cliqué sur son profil et me suis retrouvée à regarder chacune de ses photos. Une par une.

Dans mon cerveau, je suis passée par plusieurs phases. J’ai d’abord été émerveillée par le courage de cette femme à se montrer juste telle qu’elle est.

Puis je l’ai trouvée magnifique, je l’ai follow et j’ai coupé Instagram pour ne plus du tout y penser.

Le lendemain, j’ai repensé à Danae, j’ai pris mon téléphone pour retourner sur son profil et j’ai à nouveau regardé CHACUNE de ses photos, une par une.

C’est à ce moment précis que j’ai ressenti du plus profond de mon être une extrême gratitude et un émerveillement indescriptible.

Pour la première fois de ma vie, je crois, j’ai pris conscience du plus profond de mon être de l’impact incroyablement bénéfique que pouvait avoir le mouvement body positive, qui n’était pour moi que conceptuel jusqu’à présent.

Enfin j’avais devant mes yeux une femme qui me ressemble, malgré notre différence d’âge.

Une femme fine, blanche, qui rentre dans les canons de beauté et qui cache derrière sa taille fine et son ventre plat des fesses magnifiques et remplies de cellulite.

Parce que oui, à cet instant précis, je les trouvais magnifiques, ses fesses. Et je réalisais que ce qui les rendait magnifiques ce n’est pas tant leur forme ou leur apparence.

C’est la confiance en elle que dégage cette femme, tout son charisme, son assurance et sa certitude qu’elle est belle et aussi valable que n’importe quelle autre femme sur Terre.

Alors pour la première fois de ma vie, à 26 ans, j’ai commencé à réfléchir à mes fesses différemment, et au lieu de me demander comment j’allais pouvoir les cacher cet été, je me suis demandé comment j’allais pouvoir les mettre en valeur.

J’avais d’un coup pour la première fois de ma vie envie de me balader en string sur une plage bondée, et surtout envie de me trouver belle dans ma globalité.

Vais-je réellement accepter mon corps un jour ?

Je ne sais pas si cet effet si positif va durer et si j’aurais l’envie et le courage de changer mes habitudes cet été, mais j’ai déjà la sensation d’avoir franchi un gros cap.

Peut-être que si la vue du profil de Danae m’a autant chamboulée c’est parce que depuis des années je construis petit à petit les fondations de l’acceptation totale de mon corps, et que j’étais prête à attaquer cette partie de mes complexes.

Peut-être que dans le passé j’ai vu d’autres Danae mais que mes yeux ont juste choisi de ne pas les voir.

En tout cas, au moment où j’écris ces lignes, je suis partagée entre une extrême reconnaissance et une tristesse infinie d’avoir gâché tant de temps de ma vie à me cacher et me dénigrer au lieu de profiter de la personne que je suis.

Je crois qu’à force de me le répéter en me forçant, en mentant et en rigolant, je me trouve belle. Et je crois que je n’ai jamais été aussi proche qu’aujourd’hui de me trouver belle dans mon entièreté, sans un :

« Sauf mon gros cul plein de cellulite. »

Alors merci Danae, et merci à toutes celles qui, d’une façon ou d’une autre, poussent des femmes à se trouver belles dans leur entièreté.

Ça peut paraître bateau, ça peut sonner comme des paroles niaises et en l’air pour beaucoup, mais je crois que je n’ai jamais autant investi ces remerciements.

Et toi, c’est quoi les complexes que tu n’arrives toujours pas à assumer ?

À lire aussi : Parlons enfin des seins qui tombent, ce complexe tenace

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Les Commentaires
45

Avatar de Skogsdottir Langurhar
29 avril 2020 à 10h09
Skogsdottir Langurhar
@seapunk "pleines" je sais pas, mais en tout cas c'est pas un bouli tout lisse d'insta

J'ai le même popotin, avec les côtés un peu "pleins" et un peu de cellulite comme ça, et même si je savais que c'était normal, je me sentais quand même vachement seule dans mon cas (sportive/fine, mais toujours ce bouli...). Suis contente de voir que c'est une norme de fesses comme une autre !
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