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Assa Traoré chausse des Louboutin pour lutter contre le racisme, n’en déplaise à l’extrême droite
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Assa Traoré peut bien chausser des Louboutin pour lutter contre le racisme, n’en déplaise à l’extrême droite

Assa Traoré associe son image de militante anti-raciste au chausseur de luxe Christian Louboutin, lui-même afro-descendant, pour une collection caritative dont l’ensemble des bénéfices revient à des assos de luttes contre le racisme. Evidemment, l’extrême droite, incapable de comprendre que la classe n’efface pas la race, s’en insurge et crie à la récupération commerciale.

« Walk a Mile in My Shoes », telle est la devise qu’on peut lire sur les chaussures Christian Louboutin d’Assa Traoré qui font tant parler en ce moment. Comprendre : pourriez-vous vraiment vous mettre à ma place ? Sans surprise, la réponse serait sans doute non, tant son combat s’éternise. Elle lutte depuis cinq ans afin d’obtenir justice et vérité concernant son frère Adama Traoré, mort entre les mains de gendarmes le 19 juillet 2016.

Assa Traoré fait voir rouge à l’extrême droite avec ses chaussures Christian Louboutin

Mais est-ce vraiment la semelle des chaussures d’Assa Traoré qui fait voir rouge l’extrême droite ? En fait, le chausseur de luxe Christian Louboutin s’est entouré de l’acteur Idris Elba et de son épouse Sabrina (mannequin d’origine somalienne, ex-Miss Vancouver) pour créer une collection caritative de souliers.

L’intégralité des bénéfices reviendra à des associations de lutte contre le racisme : The Gathering for Justice (États-Unis), Be Rose Internation Foundation (Sierra Leone), Immediate Theatre (Royaume-Uni), Somali Hope Foundation (Somalie), et Purposeful (Sierra Leone).

En portant ses chaussures, Assa Traoré prolonge ainsi son engagement de longue date contre les violences policières et le racisme. Ce qui n’empêche pas l’extrême droite de réagir vivement contre la militante, prétendant à une glamourisation de son combat, ou une instrumentalisation de la mort de son frère pour accéder au milieu du luxe.

Un faux procès en mauvaise militante et en glamourisation de l’anti-racisme

C’est ce qu’on pourrait appeler une tentative de procès symbolique en socialwashing. Sur le modèle du greenwashing quand les marques instrumentalisent la cause environnementale pour verdir leur image, le socialwashing désigne un processus semblable autour des enjeux de justice sociale.

Or, non seulement l’intégralité des bénéfices ira à des assos soigneusement choisies pour leurs combats concrets de terrain, mais en plus Assa Traoré s’associe à des personnes concernées : Sabrina et Idris Elba, mais aussi Christian Louboutin lui-même.

En effet, le célèbre chausseur aux souliers à la semelle rouge signature est lui-même afro-descendant. Si sa mère est bretonne, son père biologique est égyptien. Christian Louboutin compte parmi les rares figures afro-descendantes du luxe français.

Un engagement authentique, émanant de personnes concernées, au profit d’assos de terrain

Et c’est sans doute cela que l’extrême droite et ses nouveaux suppôts (coucou Marianne) feignent d’ignorer en taxant Assa Traoré et Christian Louboutin de récupération commerciale d’enjeux de justice sociale. Car il s’agit bel et bien d’un engagement authentique de la part de plusieurs personnes concernées. Elles collaborent ensemble contre des injustices qu’elles subissent dans leur chair, peu importe leur classe sociale actuelle.

En effet, même si la richesse économique peut épargner certaines manifestations du racisme, ce dernier reste une violence structurelle qui peut frapper de diverses manières. Idris Elba ou Christian Louboutin auront beau être riches et connus, cela ne les empêchera pas d’être davantage susceptibles de subir des contrôles de police, par exemple, car ils restent assignés à une race sociale stigmatisée dans l’espace public.

La classe n’efface pas la race

Ce que révèle cette polémique qui n’a pas lieu d’être, c’est donc aussi la difficulté d’une partie du grand public à comprendre que le racisme concerne aussi le luxe et toutes les classes sociales, puisqu’il s’agit d’une violence systémique.

La classe n’efface pas la race. C’est justement tout l’enjeu de l’intersectionnalité qui est une grille de lecture permettant de prendre en compte comment ces réalités peuvent se conjuguer de façon spécifique.

En plus de dynamiques propre à la misogynoir, la violence venant d’extrême droite qui s’abat contre Assa Traoré dessine également en creux un portrait en mauvaise militante. Comme s’il était déplacé de sa part d’oser montrer autre chose que le deuil, la tristesse, et la misère.

Faut-il forcément avoir l’air misérable pour militer de façon crédible ?

C’est ce que souligne justement l’autrice, journaliste et réalisatrice française Rokhaya Diallo, elle-même habituée à subir ce genre de procès d’intentions, sur Twitter le 17 juin 2021 :

« Assa Traoré est sans cesse attaquée parce qu’elle s’est toujours affirmée dans l’espace public la tête haute sans souscrire à ce récit attendu de la part des personnes minoritaires. Assa ne s’est jamais pliée à cette posture forgée pour appeler la condescendance.»

Autrement dit : faudrait-il forcément avoir l’air misérable pour militer de façon crédible ? Pourquoi un homme afro-descendant comme Christian Louboutin, sans doute lui-même victime de racisme, n’aurait pas le droit ou du moins la légitimité de s’engager contre cette violence au côté d’une femme noire, comme Assa Traoré, connue pour le faire depuis des années, sous prétexte qu’il travaille dans le milieu du luxe ?

Le socialwashing ou la menace de la récupération commerciale des mouvements de justice sociale

La réponse peut sembler évidente, mais la vigilance reste de mise, surtout un an après la mort de George Floyd le 25 mai 2020. Cet événement a incité beaucoup de marques, y compris du côté de la mode et du luxe, à s’emparer avec plus ou moins d’authenticité des mouvements de luttes anti-racistes.

Évidemment que l’opportunisme marketing existe, et que nombreuses sont les entreprises à s’être soudainement mises à embaucher des mannequins pour colorer leur campagne d’un peu de diversité de façade. Il est également possible que des militants gagnent de l’argent de leur combat.

Là où ça peut poser un problème éthique, c’est surtout quand il s’agit de socialwashing : sans actions concrètes derrière, surtout de la part de marques qui n’ont rien d’engagées et veulent juste surfer sur un mouvement hautement médiatisé.

Par exemple, aux États-Unis, la mère de Tamir Rice (un garçon afro-américain de 12 ans, tué à Cleveland, par Timothy Loehmann, un policier, le 22 novembre 2014) a récemment rappelé à l’ordre certaines figures du mouvement Black Lives Matter. Samaria Rice les accusait de capitaliser sur la mort de son fils sans rien reverser à sa famille, et leur demandait donc de cesser.

Porter des Louboutin n’empêche pas de militer contre le racisme

C’est pour ça que l’inclusion importe tant, et que cette opération caritative menée par Christian Louboutin, Sabrina et Idris Elba, avec Assa Traoré comme l’un des visages de la lutte anti-raciste, en constitue une parfaite illustration dans un secteur du luxe pourtant si frileux habituellement.

 

Voir cette publication sur Instagram

 

Une publication partagée par Christian Louboutin (@louboutinworld)

Crier à la récupération commerciale quand des personnes concernées mènent cette lutte sans misérabilisme, alors qu’on entend beaucoup moins la droite s’insurger quand tant d’autres marques feignent d’avoir découvert le racisme suite à la mort de George Floyd, pue le mépris de classe et la misogynoir. Mais aussi la peur que cette lutte se passe de paternalisme et gagne en autonomie.

L’extrême droite n’a qu’à continuer de taper du pied : porter des Louboutin n’a jamais empêché de militer.

À lire aussi : Madmoizelle lance « Matières Premières », son nouveau podcast sur la mode éthique, 100% transparent

Les Commentaires
24

Avatar de Barbe Bleue
20 juin 2021 à 05h45
Barbe Bleue
La vérité est rétablie ! La lumière jaillit !
4
Voir les 24 commentaires

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