Afroféminisme, Body-positive, Contraception… Le vocabulaire féministe et militant de A à Z


D'Afroféminisme à Zone grise, on a sélectionné 26 mots pour dresser un abécédaire des luttes féministes en 2021. 

Afroféminisme, Body-positive, Contraception… Le vocabulaire féministe et militant de A à Z

Body-positive, Female gaze, Mansplainning, Non-mixité, Revenge porn… Vous avez parfois du mal à comprendre tous ces termes employés par les mouvements féministes ? Pas de panique, on vous a concocté un petit Abécédaire pour vous aider !

Et pour celles et ceux qui maîtrisent déjà le vocabulaire, on vous propose à chaque fois des ressources pour prolonger la réflexion.

A comme Afroféminisme

L’afroféminisme vise à amplifier la voix des femmes afrodescendantes et à lutter contre les problématiques spécifiques auxquelles elles font face. On peut citer par exemple le fait que nombre d’emplois sous payés et dévalorisés soient occupés par des femmes racisées ou encore le fétichisme et l’exotisation dont les femmes noires font l’objet.

Ressources (non-exhaustives) pour aller plus loin :

B comme Body-positive

Le body-positivism naît grâce à des femmes victimes de grossophobie, c’est-à-dire de discriminations liées à leur poids. Elles prônent en retour l’amour de soi. Devenu mainstream, le #bodypositive s’est réaligné sur des standards de beauté plus proches de la “norme”, c’est pourquoi un certain nombre d’activistes anti-grossophobie ne l’utilisent plus. 

C comme Contraception 

La légalisation de la contraception et de l’IVG, en 1967 et 1975 en France, constituaient alors d’immenses progrès pour l’auto-détermination et la santé des femmes. Aujourd’hui, leur accès n’est toujours pas universellement garanti : 50.000 personnes décèdent des suites d’IVG à risque chaque année dans le monde. Les activistes se mobilisent, mais se sont aussi saisies d’autres sujets comme les effets secondaires ou la charge contraceptive qui pèse quasi exclusivement sur les femmes.  

D comme Desservir sa cause

Quelle féministe n’a pas entendu “tu dessers ta cause”, alors qu’elle aborde un sujet jugé non-essentiel par son interlocuteur ou qu’elle perd patience ? Pourtant, les luttes féministes sont complémentaires et s’énerver lorsqu’on est confrontée au sexisme est humain. Cette accusation est utilisée depuis que les féministes s’expriment pour tenter de les silencier.

E comme Éco-féminisme

L’éco-féminisme est un courant de pensée reliant l’oppression des femmes et celle de la nature aux mêmes dominations et exploitations capitalistes et patriarcales. À cette violence, il oppose la vie. Le mouvement est divers et ses sources incertaines mais on assimile souvent sa naissance à une réaction face à la menace nucléaire pendant la guerre froide.

F comme Féminicides

Les féminicides sont des meurtres de femmes en raison de leur genre. Ce terme est principalement utilisé pour décrire des assassinats par le compagnon ou l’ex de la victime. Les collectifs de colleuses sont parvenus à remettre ce sujet à l’agenda depuis 2019, en s’appuyant notamment sur le décompte effectué par le Collectif féminicide par compagnon ou ex.

 

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G comme Gaze

Gaze, c’est le regard en anglais. Le female gaze est une réponse au male gaze, c’est-à-dire à la perception des femmes (dans la photo, le cinéma…) à travers les yeux d’un homme qui produit souvent objectification et érotisation. Le female gaze est donc une manière de représenter l’expérience féminine, d’entrer en résonance avec le regard de l’héroïne. 

H comme Harcèlement

Le harcèlement consiste à agresser de manière répétée une personne. On parle de harcèlement sexuel lorsque cela revet un caractère sexuel/sexiste. On parle de harcèlement de rue quand ça se produit dans l’espace public, même si ce n’est pas le fait d’une seule personne. Un délit d’outrage sexiste a été créé en 2018 pour sanctionner ces comportements.

I comme Intersectionnalité

L’intersectionnalité est théorisée par Kimberlé Crenshaw en 1989 : elle montre que les discriminations racistes et sexistes se cumulent. Aujourd’hui, on élargit généralement le concept au validisme, classisme, lgbtphobies… Le but est de prendre en compte les réalités et besoins divers des femmes. On oppose souvent ce concept à celui d’universalisme, qui concevrait une manière unique de défendre les droits des femmes et un idéal universel à atteindre.

J comme Jeunesse éternelle

Susan Sontag a montré qu’il n’existe qu’un seul standard de beauté chez les femmes, celui de la jeunesse, quand les hommes peuvent vieillir sans se périmer. Cette injonction se matérialise de diverses manières mais est très visible au cinéma, où les actrices disparaissent venu un certain âge : une femme majeure sur deux à plus de 50 ans, et au cinéma elles ne représentent que 6% des rôles. 

K comme Knowles

… du nom de Beyoncé ! Icône pop, largement identifiée comme féministe depuis son show devant le mot illuminé en grand derrière elle en 2014, elle a participé à faire des droits des femmes une cause mainstream. Un féminisme pop qui a aussi ses mauvais côtés, comme la récupération du combat comme argument marketing par certaines marques, qui ne le mettent pas pour autant en pratique : c’est ce qu’on appelle le « women-washing ». 

L comme LGBTQIA+

L’acronyme désigne les personnes qui ne sont pas hétérosexuelles et/ou cisgenre (lorsque le genre ressenti correspond au genre assigné à la naissance). L pour lesbienne, G pour gay, B pour bi, T pour Trans, Q pour queer — littéralement “bizarre” en anglais, un mot qui a été réapproprié pour désigner toutes les personnes qui n’adhèrent pas au modèle binaire masculin/féminin et à l’hétérosexualité.

La lettre I désigne ensuite les personnes Intersexe, qui ont des variations des caractéristiques sexuelles primaires (organes génitaux) ou secondaires (hormones, etc.) et donc qui ne correspondent pas biologiquement à l’image typique du masculin et du féminin. La lettre A correspond aux asexuel·les, c’est à dire aux personnes n’ayant pas de désir ou d’attrait pour les relations sexuelles. Le + désigne enfin toutes celleux qui ne rentreraient pas dans ces cases ! 

M comme Mansplainning

Le mansplaining est le fait pour un homme de faire la leçon à une femme sur un sujet qu’elle maîtrise mieux que lui. Cela peut avoir trait directement à son expérience de femme, ou à une expertise dans d’autres domaines. Le manterrupting est une variante qui consiste à interrompre les femmes et/ou à ne pas les laisser s’exprimer. 

N comme Non-mixité

La non-mixité se réfère au fait de créer des espaces dans lesquels des personnes victimes d’une même oppression peuvent se retrouver entre elles, dans un espace dépourvu de dominants et d’oppresseurs. Ce mode de mobilisation existe depuis les années 60 et a été utilisé aussi bien par les militants anti-racistes, que féministes ou LGBTQIA+.

O comme Orgasme

Entre frustration et injonction à jouir, l’orgasme des femmes fait beaucoup parler et pour cause : il a longtemps été (et reste pour partie) mal connu, peu étudié. En témoigne la distinction orgasme vaginal/clitoridien qui était encore largement faite jusqu’à il y a peu, alors que dans les deux cas ce sont les terminaisons nerveuses du clitoris qui jouent un rôle ! 

P comme Poils

La pilosité, cet attribut masculin… Ou pas ! En réalité, tous les êtres humains ont des poils, mais les afficher reste compliqué pour les personnes identifiées comme femmes, valorisées socialement lorsqu’elles sont lisses. C’est pourquoi des militantes dénoncent cette injonction, source de haine de soi, d’anxiété et de charge mentale, et qui représente un gouffre budgétaire et temporel. 

Q comme Quotas

Les quotas, c’est la méthode qui consiste à réserver des sièges aux femmes pour faire avancer concrètement l’égalité dans les sphères de pouvoir. Souvent critiquée car ce serait une “discrimination à l’envers”, c’est pourtant la seule solution pour que les hommes laissent de la place quand on regarde les chiffres, et encore : en matière politique, certains partis préfèrent payer les amendes ! 

R comme Revenge porn

Le revenge porn consiste à poster des photos ou vidéos intimes sur les réseaux sociaux pour humilier la/les personnes qui y apparaissent. La notion de revenge, vengeance en français, fait référence au fait qu’il s’agit souvent d’ex-compagnons cherchant à prendre leur revanche. C’est reconnu par la loi comme une infraction depuis 2016. 

S comme Slut-shaming

Le slut-shaming consiste à stigmatiser des femmes pour leurs comportements sexuels (pratiques, nombre de partenaires, style vestimentaire…). C’est un phénomène sexiste qui ne touche pas les hommes pour qui coucher beaucoup est valorisé et qui contribue à la culture du viol. Le meilleur moyen de lutter contre est de prôner la sororité, et de ne pas se juger en fonction de nos sexualités !

T comme Transidentité

La transidentité désigne le fait pour une personne de ne pas s’identifier au genre qu’on lui a assigné à la naissance. Une personne assignée garçon à la naissance mais se sentant femme sera ainsi une femme trans. En français, on privilégie le mot transgenre à celui de transexuel, faisant référence à ce qui était encore catégorisé comme une maladie par l’OMS jusqu’en 2019. Il est important de respecter les pronoms privilégiés par les personnes trans ainsi que leurs noms : être mégenré ou appelé par son deadname, l’ancien nom d’une personne trans, est une violence.

U comme Utérus

L’utérus, pour parler de maternité, un sujet vaste et complexe. C’est à celle-ci que l’on renvoie souvent les femmes, en particulier lorsqu’elles n’ont pas (encore) d’enfant à la trentaine. C’est aussi dans cet espace que se forment nombre d’inégalités : l’absence de réel congé paternité met d’office les pères à l’écart d’un certain nombre de tâches et conduit à discriminer les femmes à l’embauche et à les freiner dans leurs carrières. Loin d’être uniquement des victimes ou des ventres, les mères détiennent en réalité un véritable pouvoir politique.  

V comme Virginité

La virginité est un concept culturel et non anatomique, qui a pour fonction politique de contenir le désir des femmes et d’empêcher leur émancipation en donnant une pseudo indication sur leur honneur. Historiquement, elle est rattachée à l’hymen, mais celui-ci est en réalité naturellement percé. En outre, ce concept hétéronormé nie toute sexualité non pénétrative. 

W comme Wittig

Monique Wittig est une militante féministe française, mais sa contribution à ce mouvement a longtemps été mal connue. Radicale, lesbienne, elle avait fini par partir aux États-Unis où elle est devenue une pionnière des études de genre : elle a notamment conceptualisé l’hétérosexualité comme norme et donc le lesbiannisme comme révolution dans son livre La pensée straight.

X comme porno

L’industrie du X est controversée en matière de féminisme : le porno mainstream véhicule beaucoup de clichés et est souvent produit sans respecter les limites des actrices. Mais certaines ont décidé de se réapproprier l’objet et de créer du porno féministe, à l’image d’Erika Lust ou d’Olympe de G, pour faire du travail du sexe un espace de liberté et de respect. 

Y comme Yousafzai

Malala Yousafzai est la plus jeune prix Nobel de la paix, récompensée pour son combat pour l’éducation des filles. Un sujet crucial : chaque année d’éducation supplémentaire peut augmenter les revenus d’une femme de 10 à 20 % et réduit de cinq points la probabilité de se marier avant ses 18 ans.

Z comme Zone grise

La zone grise est un concept qui sert le plus souvent à qualifier des relations sexuelles dans lesquelles un « non » clair n’a pas été émis, mais qui n’a pas été consenti non plus. L’expression est controversée car elle brouille les lignes entre consentement et non-consentement, laisse supposer qu’il peut y avoir un doute. Or là où il n’y a pas de oui, c’est un non. 

Esther Meunier

Esther Meunier

Esther est tombée dans la marmite de madmoiZelle quand elle était petite. Elle n’a pas grandi, mais elle a depuis développé de fortes convictions féministes. Au croisement de la rubrique actu et de la rubrique témoignages, elle passe de temps en temps une tête à l’étranger pour tendre son micro aux madmoiZelles du monde entier !

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