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Allaitement, couches jetables… Et si on arrêtait de juger les mères pour leurs choix ?

Ne souffre-t-on pas déjà assez d’injonctions maternelles quotidiennes pour qu’on en rajoute avec le poids de la culpabilité quand on ne fait pas les mêmes choix que les autres ?

Qu’on allaite, qu’on n’allaite pas, qu’on achète de seconde main, qu’on ne le fasse pas, qu’on utilise tel ou tel objet pour s’occuper de son bébé, qu’on soit pro-couches lavables ou qu’on n’ait pas l’énergie de se lancer, qu’on donne des petits pots maison ou qu’on achète des trucs tout faits, peu importe, on s’en prend toujours plein la tronche.

Les injonctions dans la maternité, cette plaie

Quand on est parents, et surtout quand on est mère, on est en permanence jugées. Jugées sur nos choix, jugées sur nos principes, jugées sur notre capacité, ou notre incapacité à être sur tous les fronts, et c’est un tourbillon, même un ouragan permanent.

Parfois, on s’en fout. Parfois, les réflexions des autres nous coulent dessus comme de l’huile sur le corps d’un bodybuildeur, et on continue de faire notre vie comme si le fait de s’être, au hasard du choix de l’exemple, fait traiter de mauvaise mère parce qu’on a décidé de reprendre le boulot après un congé mat plutôt que de rester à la maison s’occuper de son bébé, n’avait pas du tout impacté notre journée.

Et puis parfois, c’est la réflexion de trop, la parole qui tache, l’injonction qui alourdit et fait tout péter.

Le ras-le-bol maternel, cet épuisement face aux réflexions de l’entourage ou des inconnus peut peser tellement fort qu’il peut atteindre et entacher notre santé mentale, et la perception que l’on a de nous.

Injonctions maternelles : plusieurs façons de réagir

Alors c’est quoi, la solution ? Certaines dénoncent et militent comme, par exemple, le compte @gardetesconseils sur Instagram, qui est une vitrine pleine de conseils à la con, bien évidemment non sollicités, que peuvent se prendre les mères à la naissance de leur enfant, et tout le long de leur éducation.

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Certaines font la sourde oreille, s’en foutent, et arrivent à continuer leur route sans prêter attention aux paroles blessantes et à la culpabilité qui en découle, en se détachant et en ruminant dans leur coin.

D’autres culpabilisent et se remettent en permanence en question, alors que le choix qu’elles faisaient initialement, la décision qu’elles avaient prise, leur était propre et leur convenait.

D’autres explosent (c’est mon cas) et envoient bouler si fort celles et ceux qui se permettent de juger leur choix de vie, qui ne regardent qu’elles, je le rappelle, et peuvent se mettre à dos à peu près tous ceux qui ont osé faire une réflexion.

Parce que c’est toujours la réflexion de trop. C’est toujours le jugement de trop.

Un peu comme avec le harcèlement de rue, vous voyez ? Quand vous marchez dans la rue et qu’un gros naze fait une remarque sur votre tenue, ça se « tolère » (même si ça soule et que c’est déjà « de trop »), vous faites celle qui n’entend pas. Quand un deuxième fait la même ou qu’il vous siffle, vous commencez à avoir les poings qui se ferment et les dents qui se serrent. Quand c’est le troisième ou le dixième, vous finissez par exploser, malheureusement à vos risques et périls.

Je crois qu’on ne se rend pas bien compte, quand on est du côté de celles et ceux qui jugent, du poids de la culpabilité de celles qui se prennent en pleine tronche les injonctions des autres.

On pourrait penser que ces réflexions ne viennent que de celles et ceux qui n’ont pas d’enfants, qui n’y connaissent rien, mais qui veulent quand même avoir un avis. Ils sont aussi nombreux ceux-là, on ne les oublie pas, mais ils ne sont pas les pires.

Les pires, ce sont les réflexions de celles qui sont déjà mères, et qui connaissent le poids de la culpabilité maternel puisqu’elles en souffrent également, mais qui se permettent tout de même de rajouter une pièce à la machine en y participant.

Le ras-le-bol maternel les a sûrement aussi déjà touchées, mais elles en rajoutent quand même une couche. Pourquoi ? Pour se convaincre que ce qu’elles font est mieux ? Pour faire croire qu’elles réussissent ? Qu’elles sont supérieures ? Qu’elles détiennent une quelconque vérité absolue ?

Ras le bol maternel : arrêtons les jugements

Donner des conseils sollicités : oui. Balancer des injonctions et des jugements à celles qui n’ont rien demandé : non.

Arrêtons, entre mères, entre femmes même, de nous tirer dans les pattes. Il n’y a aucun intérêt pour personne. Quand on voit les difficultés, terribles parfois, que peuvent entrainer la maternité, quand on connait le poids des charges mentales, émotionnelles et écologiques que subissent les femmes et les mères, pourquoi en rajouter en tapant là où ça fait mal ?

Oui, on peut faire des choix différents, on peut être moins écolo parfois et ne pas acheter un berceau de seconde main. Oui, on peut être fatiguée, souvent, et passer au carrefour du coin pour acheter un petit pot pour son bébé parce qu’on a pas l’énergie de lui faire un plat maison avec des légumes bio-en-circuit-court-et-de-saison-s’il-vous-plait.

Oui, on peut avoir la flemme de se lancer dans la grande aventure pailletée des couches lavables et avoir un abonnement chez une marque de couches jetables pour recevoir son colis tous les mois à la même date. Oui, on peut avoir du lait dans ses seins sans pour autant vouloir allaiter.

Oui, on le peut, parce que vous savez quoi ? On fait ce qu’on peut et personne n’a le droit de nous juger pour ça.

Si l’envie vous prend de juger et d’écraser des gens, allez donc taper sur les divers dirigeants du monde qui détruisent la planète avec soin, allez taper sur le gouvernement français qui ne veut pas allonger le congé maternité et qui renvoie les mères bosser bien trop tôt après avoir accouché en plein post-partum, allez taper sur l’industrie agro-alimentaire qui empoisonne la population avec des produits à la qualité médiocre, allez taper sur les gros fabricants qui décident de tout faire en Chine pour une main d’œuvre moins chère. Allez taper du coup sur le gouvernement chinois qui exploite et maltraite ses travailleurs, tant qu’à faire.

Ne tapez pas sur les mères qui ont déjà assez à gérer et qui se battent en permanence contre les injonctions qu’on leur balance dans la figure, sous le simple prétexte qu’elles pourraient faire les choses autrement et comme vous l’entendez, vous.

On fait ce qu’on peut, mais on ne peut pas être de tous les combats, arrêtons deux minutes avec ce mythe débile de la mère super héroïne. Les super-héros, ça n’existe pas. Les cons par contre, il y en a à profusion.

À lire aussi : Et si on foutait la paix aux parents à la maternité ?

Crédit photo image de une : bobbieo

Les Commentaires
7

Avatar de Sophie L
20 juin 2022 à 07h58
Sophie L
@Spip. Ce cher Winnicott (non), avec sa théorie fumeuse de "préoccupation maternelle primaire", nous réduisant ainsi à des mammifères purement hormonaux.
Normal d'être préoccupé.e par un nouveau-né quand on est parents (parents, oui, pas seulement mères).
Normal aussi de vouloir confier son bébé à des relais pour avoir des temps de récupération en solo. Personne ne passe aisément de "je ne sais m'occuper que de moi, et encore" à "je m'occupe h24 d'un nourrisson qui pleure et ne dort pas".
Quant à l'allaitement au sein, ce que je reproche aux soignant.e.s c'est le fait de ne jamais dire aux futurs parents que la mère devra être assistée de jour comme de nuit afin de réaliser ce projet sereinement. Non, elle ne fera pas la vaisselle, ni la bouffe, ni le ménage, ni l'administratif. Non, elle ne devra pas rester seule avec le bébé. Oui, il faudra qu'elle le confie à quelqu'un d'autre pour se reposer et se retrouver.
C'est ça, allaiter sereinement : ne pouvoir faire que ça, rien d'autre, et avoir des temps de repos.
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