J’ai fait ligaturer mes trompes à 28 ans, car je ne veux pas d’enfants !

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Anne ne veut pas d'enfants, et elle est sûre de ne jamais en vouloir. Elle a donc entrepris les démarches pour se faire ligaturer les trompes, à 28 ans, en étant nullipare. Voici son parcours.

Publié le 20 juin 2018

Aussi loin que remontent mes souvenirs, j’ai toujours su que je ne voulais pas d’enfants. Même quand j’étais gosse, je n’ai jamais aimé les gosses !

Il y a beaucoup de childfree (personnes sans enfants par choix) qui s’empressent de dire « Je n’en veux pas, mais j’aime les enfants, hein ! ». Personnellement, j’assume le fait de ne pas aimer côtoyer les plus jeunes.

Pour l’anecdote, ma mère était assistante maternelle, elle a commencé quand j’étais en primaire. J’ai vu défiler (et dû supporter) des gamins de tous les âges, de tous les types. Ça m’a confortée dans mon idée.

J’ai aussi une peur, une peur panique même, de me retrouver avec un être qui me pousse dans le ventre. C’est impossible à envisager, ça me dégoûte.

Quelques semaines avant mon opération (teasing de la suite), j’en ai fait des cauchemars : un docteur m’annonçait que j’étais en cloque, que c’était trop tard pour revenir en arrière… horrible.

La tokophobie, ou peur de la grossesse

La peur intense de la grossesse a un nom, c’est la tokophobie. Selon Psychologies, il en existe deux « niveaux » :

« La tokophobie primaire concerne les femmes chez lesquelles la phobie s’installe dès l’adolescence et en grandissant, dans la façon dont la personne forme sa propre image de la grossesse et de l’accouchement.

La tokophobie secondaire est causée par une mauvaise expérience personnelle à la naissance d’un enfant. »

Il s’agit d’une des raisons, parmi de nombreuses autres, pour lesquelles Anne n’a jamais désiré d’enfant.

Avant la ligature des trompes, une contraception « par défaut »

Jusqu’à la stérilisation, j’étais sous pilule, depuis des années. Mais c’était pas terrible pour moi.

Libido à l’Ouest, dépression, et sur la fin, pseudo-menstrues qui débarquent avant la fin de la plaquette et me mettaient en PLS 10 jours au lieu de 5 normalement… la joie.

J’avais essayé la micro-dosée en vu d’un implant contraceptif mais je ne l’ai pas supportée, et se faire poser un stérilet (DIU) quand on est nullipare et à Limoges, apparemment ça demande de se lever tôt.

Comment j’ai décidé de me faire ligaturer les trompes

J’étais sous pilule par défaut, voire par dépit, donc. Et à la base, je n’avais jamais entendu parler de la ligature des trompes ! C’est un ami trans qui a évoqué le sujet en soirée, et à partir de ce moment-là… j’ai beaucoup réfléchi.

Je savais que je ne voulais pas d’enfants, mais j’ai quand même pris le temps d’y penser, pour ne rien regretter. C’est aussi pour ça que je trouve très condescendants les gens qui disent « tu vas le regretter », comme si c’était une décision impulsive.

Le déclic, ça a été une discussion avec des collègues. J’ai eu droit à un véritable « bingo des childfree », à TOUTES les réflexions relou sur ce choix de vie, qu’on entend encore trop souvent.

Ma colère m’a servi de moteur.

J’avais 27 ans. Et à 28 ans, j’étais stérilisée.

Comment avoir accès à la ligature des trompes ?

Je me suis renseignée sur les conditions légales pour accéder à une stérilisation de ce type : il faut avoir au moins 18 ans, et attendre 4 mois (pour réfléchir) entre les 2 principaux rendez-vous. Ça me va.

J’en ai parlé à mon généraliste. J’étais dans mon droit, dans la loi. Je l’ai informé que puisqu’il me tannait pour que j’aille faire un frottis chez une gynéco, je demanderais, en même temps, une stérilisation.

Il a explosé de rire et m’a répliqué que si ma gynéco acceptait, elle serait « hors la loi » ! J’ai bien senti que je ne le convaincrais pas.

J’ai donc été voir une gynéco, qui ne voyait pas d’inconvénient à ma démarche mais m’a expliqué que ça ne se jouait pas à son niveau.

Cependant, j’ai appris plus tard qu’elle aurait pu me faire une lettre attestant qu’on en avait parlé ; les 4 mois de réflexion auraient alors débuté à ce moment-là.

Trouver un docteur pour me ligaturer les trompes

J’ai découvert un reportage sur le sujet, dans lequel plusieurs professionnel·les de la santé donnaient leurs avis. Il y en avait un qui me semblait tout à fait OK, et n’officiait pas trop loin de chez moi. J’ai pris rendez-vous.

C’est le Dr Pierre Panel, chef de service du Centre de la Femme à l’hôpital André Mignot en région parisienne. On peut même prendre rendez-vous en ligne !

Les consultations sont assurées pour la plupart par ses internes mais elles ont toutes été super.

Premier rendez-vous avant la ligature des trompes

Pendant le premier rendez-vous, la gynéco m’a rappelé la loi et m’a tout expliqué : les types de stérilisation (clips, ligature), les risques encourus (anesthésie générale, risque de grossesse extra-utérine, etc.)…

J’ai rempli le dossier et notamment la lettre prouvant que ce premier rendez-vous informatif a eu lieu à telle date, ce qui enclenche le délai de réflexion.

Normalement… ça suffit.

Mais comme en France, stériliser une personne nullipare reste un sujet sensible, l’hôpital m’a demandé de voir un·e psy (ils en ont à disposition, c’est pratique), même si on m’a expliqué que ce n’était pas du tout obligatoire.

L’interne que j’ai vu ce jour-là m’a même dit d’éviter l’un des 3 praticien·nes disponibles car il était vieux jeu, pour ne pas avoir de souci.

Honnêtement, voir une psy ne m’enchantait pas, mais j’ai joué le jeu : ça rassure les équipes, ce qui les motive à continuer à accepter des demandes comme les miennes. Alors je l’ai fait.

L’hôpital m’a collé le second rendez-vous 3 mois ½ plus tard, comme ça l’opération est planifiée à pile 4 mois, ça évite de perdre du temps !

Le jour de la ligature des trompes est arrivé !

Le jour en question : même topo que la dernière fois, est-ce que je suis toujours ok… et c’était parti. Comme pour toute opération, j’ai fait des prises de sang et vu l’anesthésiste.

Étant donné que j’étais flexible sur les dates de rendez-vous, tout est allé assez vite.

J’avais bien fait comprendre à la psy que jamais, JAMAIS je ne voudrais de polichinelle dans le tiroir, donc j’ai eu recours à la ligature des trompes.

Car les clips, eux, peuvent s’enlever, et les trompes se rouvrir.

Comment se déroule la ligature des trompes ?

La ligature des trompes

Selon Wikipédia :

« La ligature des trompes est une procédure chirurgicale de stérilisation qui offre une contraception permanente et fiable […]

L’occlusion des trompes est une méthode de régulation permanente des naissances par une chirurgie qui est exécutée sous anesthésie générale et dure de 15 à 20 minutes.

La régulation permanente des naissances par stérilisation ne donne aucune protection contre les maladies sexuellement transmissibles. Elle ne remplace le préservatif que comme moyen contraceptif. »

L’opération est une cœlioscopie : la caméra passe par le nombril (5mm de diamètre) et les instruments soit par 2 trous sur les flancs, soit par 3 trous au-dessus du pubis (3mm).

On rentre le matin, on sort le soir, c’est ultra rapide. Le plus long c’est le temps que le corps se remette à tourner à peu près normalement pour pouvoir rentrer chez soi (le pipi pourrait être une épreuve de Koh Lanta) !

Après la ligature des trompes, comment ça se passe ?

Ça ne fait pas vraiment mal le jour même, ça tire un peu comme quand on a ses règles mais c’est tout.

On a un arrêt de travail pour une semaine (j’en ai eu deux parce que j’ai un travail physique en extérieur) et si les premiers jours sont assez douloureux (je toussais : du bonheur), ça passe tranquillement avec beaucoup de repos. Au bout de 10 jours c’est fini.

Les plaies sont fermées par de la colle, c’est très moche mais ça s’enlève comme des croûtes au bout de deux semaines, et on a de toutes petites cicatrices qui disparaissent très vite.

Il y a juste un dernier rendez-vous un mois après l’opération, pour vérifier que tout va bien et que tout se résorbe normalement. Là ça fait à peine plus d’un an et je n’ai plus aucune trace !

Comment le corps réagit-il à une stérilisation ?

Au niveau contraception, j’ai fini ma plaquette de pilules quelques jours après l’opération (la stérilisation par ligature est efficace tout de suite mais je préférais ne pas stresser mon corps encore plus en arrêtant les hormones d’un coup).

Il a fallu un peu de temps pour que mon organisme se remette à fonctionner normalement mais maintenant je vais tellement mieux qu’avec la pilule !

Même psychologiquement, j’ai un poids, auquel je ne faisais pas vraiment attention, qui s’est envolé d’un coup. En salle de réveil, quand on m’a dit « c’est bon, c’est fait, tout s’est bien passé », j’ai commencé à pleurer de soulagement.

Plus de panique au moindre retard de menstrues, plus de galère de pilule, fini les ordonnances à faire tous les 6 mois, les trajets à la pharmacie tous les trimestres, la plaquette à trimballer partout… LE PIED.

Par contre, l’autre côté de la médaille, c’est que j’ai retrouvé mon ancien cycle, bordélique et ultra-douloureux. Mais bon, ça c’est les hormones, pas la stérilisation. J’ai juste les trompes coupées, rien ne change dans la mécanique.

Comment mes proches ont réagi à ma ligature des trompes

J’en ai parlé un maximum autour de moi, parce que je trouve ça important que les gens sachent que ça existe en fait.

Mes potes qui me connaissent (et m’ont vu quand il y a des gosses dans le coin) étaient content·es pour moi.

Ma mère a un peu tiqué sur le coup, quand je lui ai dit que j’envisageais de le faire, mais on en a discuté un peu — sans le dire à mon père, plus vieux jeu. Maintenant elle est contente pour moi parce qu’elle sait que je me sens beaucoup mieux.

Je l’ai aussi dit à mes collègues… là ça a été folklo, mais je l’ai fait exprès pour les narguer. Ça m’amuse de les voir galérer à trouver des arguments pour me convaincre de faire des enfants.

Par contre ma seule collègue féminine était super intéressée, ça m’a fait plaisir de pouvoir l’aider !

La ligature des trompes VS le couple

À l’époque, j’étais en couple, et je suis toujours avec la même personne.

Il a eu un peu de mal au début ; pas tant parce qu’il voulait vraiment des enfants, mais surtout parce qu’il n’avait pas pensé au fait que non, c’est pas obligatoire en fait, tu peux ne pas te reproduire.

Je lui ai dit (avec un peu plus de formes bien sûr) ce que je dis aux gens qui me sortent « MAIS SI UN JOUR TU RENCONTRES L’HOMME DE TA VIE ET QU’IL EN VEUT OMG !!! » (c’est quoi ça, « l’Hôme de ma vie », d’abord ?!).

À savoir : il pourra toujours en faire avec quelqu’un d’autre. Moi c’est mort, je veux pas en entendre parler.

Mon compagnon a eu le temps de s’y faire, le temps que moi aussi j’y réfléchisse, et pour finir c’est lui qui m’a emmené à l’hôpital et qui est revenu me chercher pour jouer au garde-malade.

Ce que j’ai appris en me faisant ligaturer les trompes

J’ai appris que la colle pour fermer les plaies existe, que le reste de l’air insufflé pendant la cœlioscopie remonte sous la peau du dos en faisant des bulles et qu’apparemment j’ai un foie en excellente santé.

Plus sérieusement, il y a un truc qui m’a retourné le cerveau, c’est que le taux d’efficacité de la stérilisation n’est pas de 100%.

Comme la nature trouve toujours un chemin, la grossesse est possible mais sera très certainement extra-utérine. Et malheureusement on peut en mourir avant de comprendre ce qui déconne, il faut faire attention.

À lire aussi : La « contraception naturelle » séduit, mais n’est pas sans risques

Après la ligature des trompes, aucun regret !

Est-ce que je regrette ? Non !

Avant de le faire, j’y ai pensé. Est-ce que je risque pas de regretter ? Est-ce que c’est pas mon esprit de contradiction ? Ma mère n’en voulait pas non plus, des enfants, et elle a bien fini par céder à la pression sociale, elle en a même fait deux…

Du coup, j’ai essayé de me projeter dans la vie de famille avec enfants mais j’ai réalisé que je ne l’avais jamais fait parce que ça ne m’intéresse juste pas.

Et plus le temps passe, plus je vois le monde qui part en cacahuète, plus je bénis ma décision, pour moi et pour les pauvres gosses qui n’ont pas mérité de naître dans un contexte pareil.

Je ne comprendrai jamais qu’on considère les childfree égoïstes : on ne fait de mal à personne, et surtout pas à nos enfants.

À lire aussi : « Je ne veux pas d’enfant », la lettre ouverte pour le droit à la stérilisation

Une madmoiZelle


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Commentaires
  • JAK-STAT
    JAK-STAT, Le 19 septembre 2018 à 18h09

    Bah heureusement que la loi protège les médecins. T'as quatre mois de réflexion après si tu changes d'avis c'est ton problème. C'est ouvert à partir de 18 ans, t'es majeur.e, t'es censé être capable de prendre des décisions sans venir chialer après auprès du médecin qui t'a opéré.e. Les médecins te donnent les infos, le délai passe, après c'est uniquement ton problème, eux ont fait leur travail basta.

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