Je ne veux pas d’enfants, et alors ?

Cette madmoiZelle ne veut pas d'enfants, et elle en a drôlement marre des réactions et des réflexions qu'ont les gens quand ils l'apprennent. En quoi c'est une obligation, d'avoir des gosses ?

Je ne veux pas d’enfants, et alors ?

Initialement publié le 29 mai 2014

Je ne veux pas d’enfants. Voilà, c’est dit. J’ai lâché le dossier, me voilà devenue aux yeux du monde une vieille aigrie qui refuse de profiter du miracle de la vie, qui n’est pas capable de donner de l’amour ou de supporter quelqu’un plus de trois heures de suite.

« Je n’aime pas les enfants. Je n’aimais même pas les enfants quand j’étais enfant. »

Face à la multitude de réactions et de questions idiotes que je reçois, je ressens le besoin (tout aussi idiot, peut-être) de justifier une décision qui ne devrait pas avoir à l’être.

Je vais très bien, merci

Non, je n’ai pas eu une enfance malheureuse ou de mauvais parents, et je n’ai pas vécu dans un environnement dégueulasse. J’ai toujours été entourée de gens qui m’aimaient, d’une mère avec qui j’entretiens une relation fusionnelle et hyper positive, et d’un père qui parle peu mais toujours pour dire des trucs intelligents.

Non, je n’ai pas côtoyé d’enfants affreux ou méchants avec moi (un séjour dans une poubelle ça ne compte pas voyons, ça s’appelle se sociabiliser) : je n’ai donc pas été « dégoûtée » des gosses ; aussi loin que je me souvienne, je n’en ai simplement jamais voulu.

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Non, je ne me sens pas incapable de transmettre de l’amour ou de m’occuper de quelqu’un d’autre que de ma petite personne.

Non, je ne compte pas mourir seule dévorée par mes chats. Non, je ne pense pas que ne pas vouloir d’enfants soit le synonyme d’une vie seule, sans un charmant mari à mes côtés, à regretter de n’avoir jamais procréé. Non, je n’ai pas peur qu’ils soient moches et de ne pas les aimer pour cette raison (on juge pas, y’en a beaucoup pour qui c’est une vraie angoisse).

Je ne déteste pas les enfants, ils ne me dérangent pas, et je m’en occupe très bien.

Non, je ne déteste pas les enfants, et malgré une faible résistance au bruit causé par ces petites choses, je m’en occupe très bien. La plupart des mômes que j’ai eu l’occasion de garder ne se sont jamais plaint de ma présence, au contraire !

D’ailleurs, je fais souvent face à l’étonnement de mes proches quand j’avoue avoir fait, avec plaisir, des années de baby-sitting.

Remettons les choses en place ; la majorité des enfants ne me dérange pas (même si je n’aime pas les sales gosses, mais ça, c’est mon côté Super Nanny). Et non, je n’ai pas peur d’enfanter des mioches hurlants — ce qui justifierait mon envie d’aller envers et contre l’utilisation de mon utérus magique — car comme dirait ma mère, on a les gosses qu’on mérite.

Je ne déteste pas les enfants

Bref, ma « maladie » ne compte pas m’empêcher d’être marraine des gosses de mes copines, et encore moins de leur offrir des Converse miniatures, parce que ça, c’est vraiment TROP cool.

« Mais alors pourquoi tu veux pas d’enfants ? T’es stérile ? »

Me direz-vous. Non. Enfin, pas que je sache. J’en veux pas parce que je n’en veux pas et ça ne fait pas de moi une mauvaise personne, un prototype de femelle incapable de procréer ou une égoïste finie.

J’utilise précisément le mot « égoïste » parce qu’on me l’a souvent sorti, alors qu’au contraire, je trouve ma décision plutôt altruiste.

J’en veux pas et ça ne fait pas de moi une mauvaise personne, un prototype de femelle incapable de procréer ou une égoïste finie.

En quoi décider de ne pas suivre la norme juste pour la suivre et entraîner dans mon conformisme mal placé des petits êtres qui n’ont rien demandé à personne et qui se sentiraient non désirés toute leur vie est-il égoïste ?

Je ne veux pas d’enfants parce que c’est mon choix, comme dirait l’amie Evelyne Thomas.

Je ne veux pas d’enfants parce que je dispose de mon corps comme je l’entends, ainsi que de ma vie, et que j’ai envie que celle-ci soit composée d’un travail épanouissant, d’un homme avec qui je peux décider de partir au bout du monde sur un coup de tête sans avoir à trouver une bonne école française, d’amis dont j’aurais grand plaisir à garder et à gâter les gosses et de tout un tas d’autres plaisirs qu’on a tous appréciés avant de les condamner au profit d’une vie de famille.

Les enfants et les activités citées ci-dessus sont évidemment compatibles, et j’applaudis les femmes qui arrivent à tout combiner. Mais je ne m’en sens pas capable et je n’en ressens pas l’envie, point barre.

« Tu dis ça maintenant, t’es encore jeune, tu vas changer d’avis ! »

M’explique-t-on souvent à ce moment-là de mon argumentation. Peut-être, et peut-être pas. Si je change d’avis (et pourquoi pas, je ne l’exclus absolument pas), ça sera une décision mûrement réfléchie avec quelqu’un qui aura su me donner l’envie et le courage de sauter le pas.

Mais si je ne change pas d’avis ? Je serai à jamais une connasse égoïste à vos yeux ? C’est malheureux quand même.

Je veux être heureuse, et ne rendre personne malheureux

En le vivant assez régulièrement, j’ai l’impression que le refus d’avoir des enfants est un des derniers tabous concernant le corps et la vie de famille.

La société attend de tout être disposant d’ovaires qu’il définisse sa vie selon le projet à court ou à long terme de mettre bas. Nous avons la chance, après des années de lutte, d’avoir le droit de voter, d’avoir un compte bancaire et même, attention, de boire de l’alcool comme des trous normands – et ça, c’est cool.

Nous avons l’accès aux fonctions politiques, à la contraception et à la coupe menstruelle.

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Ma réussite dans la vie ne dépendra pas de ma capacité à offrir une belle vie à ma progéniture mais à avoir atteint mes objectifs.

Ce sont des droits et non des devoirs, tout comme l’utilisation – ou non – de certaines de nos fonctions corporelles. Je compte avoir un boulot super trop cool, une relation amoureuse stable et un appart sympa, non pas pour pouvoir offrir un cadre de vie convenable à mes enfants, mais en tant que fin en soi.

Ma réussite dans la vie ne dépendra pas de ma capacité à offrir une belle vie à ma progéniture mais à avoir atteint mes objectifs.

En ce sens, on peut voir ça comme égoïste et autocentré, mais après tout, c’est seulement ma version de la vie dont je rêve, ça ne changera rien à votre vie mais beaucoup à la mienne. J’entends alors :

« Tu réalises que tu ne pourras jamais avoir de relation longue et sérieuse ? Et tes parents, t’y penses ? »

Oui j’y pense, et ils respectent mon choix, parce qu’ils m’aiment et que le fait de ne pas devenir grands-parents (en tout cas, par moi) ne les dérange pas.

Mon père a déjà la chance et l’honneur d’être grand-père et ça n’a pas l’air d’avoir changé sa vie, parce qu’en fait, au cas où vous l’auriez oublié, c’est quand même un peu personnel comme question.

Et si je n’ai pas envie d’avoir d’enfants, je ne changerai pas POUR quelqu’un, petit ami ou parent, pour la simple et bonne raison que ça reviendrait à décider d’enfanter pour le principe et prendre le risque de le regretter en voyant sa progéniture se coller des spaghettis sur la tête.

Nope.

Mieux vaut assumer de ne pas vouloir d’enfants, que d’avoir des enfants qu’on n’arrive pas à assumer.

Enfin, si je ne change pas d’avis, j’ose espérer qu’il existe au moins un homme sur cette planète qui compte aussi mettre ses spermatozoïdes en vacances permanentes (dans la mesure où il existe des sidérodromophiles – Google est ton ami –, ça devrait pouvoir se trouver), et ne pas sombrer dans la dépression éternelle infligée par le karma des blouses roses moralisatrices !

Ainsi, à celles et ceux qui s’acharnent à me juger et à me traiter d’égoïste et de solitaire, je n’ai qu’une chose à dire : mieux vaut assumer de ne pas vouloir d’enfants, que d’avoir des enfants qu’on n’arrive pas à assumer.

Une madmoiZelle

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Commentaires

khadia

Hello,

Et voilà pareillement! Je ne veux pas d'enfants. Pourtant, je les adore. J'ai travaillé 7 ans en école maternelle et je pense y retourner un jour.

Premièrement, je pense qu'une personne qui ne veut pas d'enfant n'est pas Egoïste pour la simple et bonne raison que l'egoïsme ne se définit qu'avec au moins un autre être dans l'équation. Donc techniquement, je ne peux pas être Egoïste en prenant une décision qui n'implique que mon corps et moi. Je n'ai pas été créee pour assouvir les désirs de ma famille de devenir grand parent, Tata ou que sais je. Je n'ai pas non plus une mission divine de maintenir notre nation. Je ne pense pas être aussi importante que ça. Si notre humanité ne perdure pas, et bien tanpis.

L'autre problème, c'est aussi que les gens ne supportent pas que l'on prenne le temps de s'occuper de soit sinon on est taxées d'egoïstes. Vous vous rendez compte qu'on nous fait tellement culpabiliser que vouloir avoir une vie sans Cris, sans stress, à notre rythme c'est devenu une honte?

Oui, vouloir avoir une vie sans souffrir maintenant c'est une honte. Il faut absolument que tu souffres sinon tu es egoïste.

La dernière chose, c'est que les gens ont besoin d'une validation pour s'assurer qu'ils ont pris les bonnes décisions: " Il est normal que je fasse des enfants, et ceux qui n'en font pas me force à remettre en question mes choix. Si je les convainc, ça veut dire que j'ai fait le bon choix".

Le fond du problème est la. C'est que ces gens qui vous font des réflexions ont besoin qu'on reproduise leurs actions pour les conforter dans leurs idées. Je pense que certains ne supportent pas d'avoir fait le mauvais choix ou savent qu'ils vont faire des enfants à cause de la pression. D'autres ne supportent pas de se dire que les autres ont eu la vie qu'ils ont choisi et que eux ont fait des enfants par pression/ou qu'ils se rendent compte que c'est pas si super que ça.

Quand ils font ce genre de réflexions, c'est leur vie qu'ils analysent. Pas la vôtre. Souriez et dîtes leur très simplement "nous avons fait des choix différents, nous avons pris des chemins différents mais au final, on est toutes les heureuses de la destination".
 

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