Zahia moquée après « Quotidien », c’est insupportable

Zahia Dehar a été l'invitée confinée de Quotidien, le 16 avril. Alors que la jeune femme a déclaré prendre des cours de comédie via Whatsapp, aimer Brigitte Bardot et surtout les fruits, son intervention a suscité l'énervement des Internautes. Il en faut peu...

Zahia moquée après « Quotidien », c’est insupportable

Depuis que le monde est convié à rester cloîtré chez lui pour neutraliser la pandémie du coronavirus, le divertissement est plus que jamais une nécessité.

Zahia, invitée de Yann Barthès dans Quotidien

Ainsi, certains programmes télé ont enregistré des records d’audience, comme Les Marseillais, show star de W9

Les émissions en direct ont quant à elles dû trouver des solutions pour perdurer et continuer à informer en dépit de la consigne « restez chez-vous ».

Plusieurs d’entre elles ont donc fait le choix d’avoir un animateur et quelques membres de l’équipe en plateau, qui interviewent des personnalités via la visioconférence.

C’est le choix qu’a fait l’émission Quotidien, de Yann Barthès, qui continue donc à distraire les Français.

Hier soir, jeudi 16 avril, plusieurs « invités » ont pris la parole, parmi lesquels Zahia Dehar, une actrice, mannequin et créatrice de lingerie de 27 ans.

J’aimerais pouvoir mentionner son nom sans évoquer son passé. Mais aujourd’hui, vu les commentaires qui défilent sur le Net suite à son intervention, je pense ne pas pouvoir y couper.

Zahia Dehar, d’escort à actrice de film d’auteur

Alors voilà : avant d’être actrice, mannequin et créatrice de lingerie, Zahia a été escort girl. Plusieurs footballeurs de haut niveau ont fait appel à ses « services » en 2008, alors qu’elle était mineure, provoquant le scandale.

« L’affaire Zahia » éclate suite à une enquête de la Brigade de répression du proxénétisme accablant plusieurs sportifs.

Très vite après l’affaire, la jeune femme se reconvertit dans le mannequinat, collaborant notamment avec plusieurs grands magazines dont Vanity Fair et plusieurs artistes éminents comme Pierre et Gilles.

En 2019, Zahia devient actrice, tenant le premier rôle du film Une Fille facile, de Rebecca Zlotowski, mon coup de cœur ciné d’août dernier.

Zahia, ingénue dans Quotidien

Bref, le 16 avril, Zahia, confinée à Londres, était l’invité de Yann Barthès.

Lors de sa séquence, l’actrice a expliqué passer beaucoup de temps à cuisiner, à prendre des cours de comédie dramatique avec son coach et à dormir.

Elle a également précisé : « J’adore les fruits ! C’est tellement bon ! J’adore ça depuis toute petite. Je fais des salades de fruits et des jus également », avec la candeur qui la caractérise.

Aussi, elle a tenu à exprimer, une énième fois, son admiration pour Brigitte Bardot, dont elle salue le combat : « J’aimerais juste la féliciter pour ce qu’elle fait pour les animaux. Je l’admire énormément pour ça. ».

Bien sûr, il n’en fallut pas plus pour mettre de l’eau au moulin de la méchanceté et du sexisme sur Internet.

Les commentaires des internautes suite à la séquence de Zahia dans Quotidien

Décriant le « vide » de l’intervention de Zahia, les commentaires sur Twitter n’ont pourtant pas fait montre de la moindre substance :

Alors jusqu’ici, rien de très nouveau sous le soleil, j’en conviens.

Critiquer tout, n’importe quoi et surtout tout le monde sur Twitter en déballant l’argumentaire d’une palourde, c’est de bon ton.

D’ordinaire, j’attribue peu d’intérêt aux nani-nanas qui courent partout sur ce réseau social précis que je n’utilise pas, mais aujourd’hui impossible de fermer les yeux.

Car ce matin, tout le monde parle de l’intervention de Zahia dans Quotidien.

Voilà pourquoi j’en ai plein les bottes, jusqu’aux cuisses.

Zahia méprisée pour ce qui plaît chez d’autres

Zahia a fait son beurre de sa candeur et de son air éthéré.

En interview, elle arbore toujours une nonchalance dont il est difficile de déterminer si elle est feinte ou naturelle, et parle lentement, avec un phrasé très particulier.

Une recette qui a suffisamment marché pour éblouir le festival de Cannes l’année passée.

Hier, dans Quotidien, elle a énuméré ses habitudes avec ce même phrasé et cette même candeur qui font d’elle un personnage si particulier, presque fascinant.

Une attitude qui plaît parfois quand elle est adoptée par une personnalité dont le public juge qu’elle est « digne d’intérêt ».

Cette attitude est même GLORIFIÉE dans certains films, dont ceux de la Nouvelle Vague, où les actrices adoptaient un phrasé très Rohmer (réal phare du mouvement), lent et éthéré justement, jusqu’à fasciner les spectateurs à travers les générations.

Au lycée par exemple, mon prof de littérature nous avait projeté Le Mépris de Jean-Luc Godard (autre figure de proue de la Nouvelle Vague) et avait exprimé toute son admiration pour le jeu si particulier de Brigitte Bardot. 

Tous les élèves, moi incluse, avaient en effet été assez fascinés par cette femme aux attitudes si lasses.

Brigitte Bardot, c’est justement l’idole de Zahia.

La différence entre les deux femmes ?

Brigitte Bardot est une icône du cinéma (bien qu’elle soit aujourd’hui décriée pour ses avis politiques, mais c’est un autre débat), et Zahia est une ancienne escort

Ces deux femmes seront donc toujours traitées différemment.

Zahia, méprisée pour sa légèreté

Je suis convaincue que c’est le passé de Zahia qui empêche les internautes de prendre son intervention comme ce qu’elle est : un récit léger qui ausculte le quotidien, comme le font tout un tas d’autres personnalités.

Sur Konbini par exemple, les vidéos Make Home Great Again se basent sur un concept simple : des stars, souvent du divertissement, racontent leur quotidien en période de confinement. 

C’est souvent très léger, ça aborde rarement des problématiques économiques dignes d’experts, et pourtant personne ne s’acharne sur « le vide » du blabla des participants.

C’est même ce qui fait le sucre des vidéos et le plaisir des internautes !

Quand c’est David Guetta qui raconte qu’il fait des pompes sur sa terrasse en face de la mer, c’est top. Quand c’est Zahia qui aime les fruits, c’est méprisable…

Zahia et son image de bimbo écervelée qui lui colle à la peau

Outre son passé sulfureux qui annule manifestement pour certains sa légitimité à être invitée dans une émission comme Quotidien, ce qui est critiqué, c’est donc « le vide » de son intervention.

Mais qu’a-t-elle de vide, si ce n’est l’argumentaire de ceux qui la décrient ? Zahia narre sa vie de confinée, comme l’ont fait tant de personnalités avant elle !

Sauf que la Toile lui a collé il y a longtemps l’étiquette de jeune femme écervelée.

Et ça, je ne le supporte plus, pas plus que je ne supporte la manie qu’ont les internautes de traiter les candidates de télé-réalité de femmes « stupides ».

Derrière leur image bien construite de personnalités « superficielles » se cachent en réalité des business women.

Des femmes qui ont justement su jouer de leur image pour gagner leur vie, grandir en notoriété, créer selon leurs envies et faire leur grand bonhomme de chemin.

Ces femmes, dont font partie Nabilla et Zahia entre autres, sont passés de la case « génératrice de scandale » à « cheffe d’entreprise » ou « actrice de films d’auteur ».

Une réussite fulgurante malheureusement souvent diminuée par la malveillance d’internautes qui n’oublieront jamais d’où viennent (médiatiquement) ces personnalités.

Hier, ce n’est pas Zahia Dehar, la femme qu’elle est en 2020, qui a été critiquée.

C’est Zahia, ex-escort refaite aux gros seins, aux lèvres botoxées et au phrasé de nunuche qui a excédé Internet.

La réplique très à propos de Zahia dans Une Fille Facile

L’année dernière, dans Une Fille Facile, récit d’une jeune femme prénommée Sofia qui joue les michtos à Cannes, une scène m’a particulièrement marquée.

Sofia se fait inviter par son riche homme d’affaires à passer une après-midi dans une demeure sublime où les attend une Clotilde Courau coiffée d’un chapeau, aux airs de parfaite bourgeoise.

Alors que tous discutent autour d’une table dans le jardin, Sofia évoque son amour pour Marguerite Duras.

Son affection pour la femme de lettres étonne le personnage de Clothilde Courau, qui se sert de cette information pour coincer celle qu’elle voit sans doute comme une rivale.

« Quel est votre livre préféré de Marguerite Duras ? »

Sofia prend son temps et répond qu’elle les aime tous. En face, son interlocutrice, galvanisée par l’idée d’humilier publiquement la jeune femme, insiste pour qu’elle réponde.

Sofia finit par lui confier, tout doucement, sans prétention :

« Avant, j’aurais dit La Douleur, aujourd’hui, je dirais L’Amant. »

Cette réplique, si bien placée, venait donner un coup de pied au cliché de la fille écervelée, inculte et superficielle que le personnage de Zahia incarnait.

Cliché sexiste qui n’a d’ailleurs pour seul objectif que d’enfermer les femmes dans une case, rongeant ainsi sur leur liberté à être des humains nuancés.

Si le film, lors de sa sortie, a été acclamé par le tout-Cannes, la toute-Critique, si Zahia a, l’espace d’un instant, été considérée comme l’héritière des icônes de la Nouvelle Vague, il n’aura fallu que très peu de temps aux gens pour la renfermer dans sa vieille case.

Voilà qui est bien plus méprisable qu’une passion pour les fruits !

À lire aussi : La télé-réalité est-elle sexiste ?

Commentaires

~*Galaxy*~

Oui j'ai lu ça aussi MAIS le clip?! Le réalisateur a pas dû comprendre j'ai l'impression....car c'est pas du tout ce qui ressort du clip...enfin je ne sais pas, qu'en penses tu?! Moi Après je me suis dit que c'était wikipedia qui se trompait du coup
J'ai eu la même réaction mais comme on me l'a montré après avoir expliqué le contexte, du coup ça avait plus de sens.^^
 

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