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Cinéma

Comment Twilight glamourise les relations toxiques et la violence masculine

Twilight a bercé de fantasmes plusieurs générations de femmes. Mais la saga est-elle aussi sexy et inoffensive que dans nos souvenirs d’adolescentes ?

Le 20 avril dernier, W9 a entamé la diffusion du cycle Twilight avec Fascination, son premier volet.

Chaque semaine, à 21h, un nouvel opus sera donc proposé aux télé-spectateurs, l’occasion de (re)découvrir cette série de films au succès mondial.

L’incroyable succès de Twilight

Twilight - Final Trailer

Pour rappel, la saga Twilight est composée de 5 chapitres, directement adaptés des fictions de Stephenie Meyer, sorties chaque année à partir de 2008.

À l’époque du premier volet, l’engouement fut tel que le film engendra plus de 35,7 millions de dollars de recettes le jour du lancement, hissant l’adaptation au rang de second meilleur démarrage d’un mois de novembre, derrière Harry Potter et la Coupe de Feu.

L’attente était conséquente, le box-office a explosé.

Twilight vu par l’ado que j’étais

Étant totalement passée à côté du phénomène littéraire et n’étant de toute manière pas intéressée par ce type de best-sellers, je n’avais aucune attente concernant ce film, mais je suis toutefois allée le voir le jour de sa sortie, avec plusieurs copines.

À l’époque j’avais 15 ans, et je ne connaissais strictement rien à l’amour à l’exception de que m’avaient appris la pop culture et les récits romanesques de ma famille.

Logiquement, les amours impossibles et sanguinaires de Twilight m’ont conquise immédiatement.

Adolescente, j’ai donc ADORÉ Twilight.

Une vénération coupable, car moi-même élevée dans la « bonne » cinéphilie par une mère et des parents d’amis cultivés, je savais que ce premier opus n’avait rien d’un « bon » film…

Ni dans sa plastique, ni dans son intrigue, ni dans le jeu de ses acteurs, ni même dans leur maquillage.

La saga Twilight, génératrice de fantasmes

J’avais donc un peu honte de vouer une admiration totale à l’amour manifestement absolu que partageaient Bella et Edward. À tel point que je suis retournée voir le premier film plusieurs fois au cinéma, et je ne parlerai même pas du second…

Ceux qui ont suivi n’ont cependant pas su me garder comme aficionado, et je me suis finalement tout à fait lassée de la série.

Mais peu importe : ce qui m’intéresse aujourd’hui, c’est la passion des débuts.

Les deux premiers films ont soulevé en moi le désir de connaître une passion semblable à celle du vampire ténébreux et de la fille ordinaire.

J’étais cette fille ordinaire bien sûr, et je ne rêvais que d’un homme plus âgé, plus expérimenté, plus cultivé, plus cérébral et surtout bien plus torturé que moi. (Que j’ai fini par rencontrer, à mon plus grand malheur.)

Je rêvais de cette porte de sortie qui extrait de la banalité pour mener vers l’extraordinaire.

J’avais envie d’être à mon tour dépendante d’un homme dangereux, de lui confier toute ma sensibilité, mon unicité et mon désir quitte à ne récolter que les miettes de son affection.

À l’époque, je trouvais ça romanesque, fou et délicieux.

Aujourd’hui, je tiens ces considérations pour dangereuses et aliénantes, voilà pourquoi.

Edward Cullen, un homme toxique

Si Edward est considéré par beaucoup de jeunes filles et de femmes comme l’homme idéal (ou l’était à l’époque de mon adolescence), le comportement qu’il déploie dans la saga démontre pourtant tout l’inverse.

Avant de conquérir le cœur de celle qu’il convoite, l’adolescent qui « a 17 ans depuis longtemps » la stalke. Il la suit notamment dans les rues et pénètre son domicile pour la regarder dormir.

Une attitude de harceleur et de voyeur tout à fait condamnable, pourtant rendue attrayante par le premier film.

La jeune femme, complètement à la botte de cet homme qu’elle fantasme et glorifie, ne questionne pas une seule seconde les décisions creepy de celui-ci, et ploie comme un roseau devant lui.

Elle s’oublie totalement jusqu’à vouloir ne faire qu’un, ou du moins appartenir au clan de celui qu’on pourrait pourtant considérer comme son agresseur.

Dans le second opus, Bella voit sa situation amoureuse se compliquer encore davantage puisqu’elle s’éprend également d’un loup-garou (qui la drague depuis un bout de temps), Jacob, qui devient ainsi l’ennemi juré d’Edward malgré un pacte de paix ancestral entre leurs familles.

Entre les deux hommes, le cœur de l’adolescente balance.

Edward et Jacob dans Twilight, des hommes brutaux

Ainsi, la jeune femme ne vit plus qu’à travers ces deux hommes qui font tout pour tirer la couverture à eux, dans un mélange de séduction physique et de manipulation mentale qui a de quoi foutre les jetons, et pas comme j’aime.

Parce que Twilight, en réalité, ne provoque la peur qu’à travers le traitement problématique de ses personnages.

Bien sûr, quand j’avais 15 piges, c’était précisément la dangerosité des relations que Bella entretient avec Jacob et Edward qui me faisait frissonner, sinon de désir au moins d’envie.

Aujourd’hui, la pseudo-passion décrite par les films me file la frousse car le recul m’a permis d’appréhender toute la toxicité qui croupit au sein de ce trio « amoureux ».

Les 3 protagonistes principaux entament du premier au dernier chapitre une parade mortuaire censée mener Bella au bal de la tourmente.

Si le cliché de la jeune femme pure et tiraillée entre deux « mâles ultra-sexualisés » est vieux comme le monde, le problème réside, surtout ici, dans la violence des deux hommes.

Deux hommes qui se font la guerre, se transforment en bêtes furieuses dès qu’on contredit leur unique plan commun : être le seul à prétendre au cœur de Bella.

Et c’est en partie cette brutalité, sorte d’animalité incontrôlable, qui séduit la jeune femme, la rend ivre de désir, et lui donne envie de céder à ses pulsions physiques.

Sauf que coucher avec Edward pourrait la tuer…

Twilight ou la sexualité honteuse des femmes

Déjà, tu peux noter ici à quel point la sexualité est diabolisée, considérée comme une souffrance, un fardeau, que Bella doit porter chaque jour.

Pour autant, le sexe est au cœur du film, et il en est toujours de même dans les histoires de vampires, de Bram Stoker à Stephenie Meyer.

Le désir de Bella est honteux, encombrant, et entame sa capacité à être « une bonne vierge ». Sauf si bien sûr, son désir n’est offert qu’à une personne et autorisé par… le mariage.

En gros, Bella ne peut trahir sa pureté que dans le cadre d’une union la faisant consentir à renoncer à ses désirs annexes (pour Jacob par exemple) afin de ne se concentrer que sur ceux d’Edward.

Son désir ne peut être l’apanage que d’un seul homme : son époux.

L’occasion de rappeler que Stephenie Meyer est mormone, bien qu’elle se considère aussi comme féministe.

Résumons : pour l’instant, Twilight glamourise le harcèlement, le voyeurisme, la brutalité des « mââââââles », glorifie la virginité, la monogamie et le mariage. 

Étonnant de constater qu’une œuvre peut être à la fois ultra-toxique et à la fois d’une bien-pensance toute rétrograde. !

Si les hommes qui fascinent Bella sont violents, la sexualité décrite par le film l’est tout autant.

En effet, lorsqu’elle couche enfin avec son mari, Bella subit la violence (toutefois non-voulue) d’Edward, qui ne peut faire autrement que d’être brutal.

Ainsi, le cliché sexiste de la femme qui aime qu’on lui fasse mal pendant l’amour, qu’on la violente, voire qu’on la punisse (même si ce n’est pas ce qui est montré à l’écran) persiste, et s’offre même encore quelques beaux jours.

Edward, dans l’acte sexuel, s’impose comme un dominant, tandis que Bella subit ses assauts sans se plaindre. C’est même elle qui réclame des relations sexuelles.

Twilight, vecteur de clichés sexistes

En somme, qu’elle soit victime de son propre (et honteux) désir, ou de celui des hommes, le mot est posé : Bella est une victime, soumise pour toujours au sacro-saint patriarcat des 5 volets, qui tentent tant bien que mal d’en faire une héroïne.

L’adolescente finit en effet par prendre des décisions et tenter de s’imposer au sein du clan Cullen, mais cela me semble insuffisant pour compenser la violence qu’elle subit.

Cette Bella, obscur objet du désir, a longtemps été un modèle pour la toute adolescente Kalindi.

J’admirais et trouvais enviable son statut de femme fatale malgré elle, dont les hommes s’éprennent jusqu’à en perdre la tête, jusqu’à se déclarer la guerre sans chercher à se comprendre.

Sans le savoir je participais alors à un cliché terrible et malfaisant : les femmes sont des êtres dangereux qui mènent les hommes à leur perte.

Car c’est bien à cause de son histoire avec Bella qu’Edward met son clan en péril.

Twilight est donc ponctué de clichés sexistes et d’intrigues toxiques sur fond de morale chrétienne.

Pour autant, la saga doit-elle être diabolisée ?

Faut-il se prendre la tête ou considérer Twilight comme un divertissement ?

Je n’en suis pas certaine.

Si « un film n’est jamais juste un film » et qu’il contient toujours, si ce n’est une morale au moins une intention, un questionnement ou une réflexion, il peut aussi être considéré avec recul, comme un simple divertissement.

Ainsi, il est possible de comprendre les points problématiques du film tout en passant un bon moment devant, par nostalgie, par plaisir coupable ou autre raison qui n’appartient qu’à soi.

Il est possible finalement d’envisager une œuvre avec la mesure due à toute chose.

J’aimerais tout de même rappeler que cette saga en a inspiré une autre (aux enjeux tout aussi toxiques) : Fifty Shades of Grey.

En effet, cette trilogie littéraire puis cinématographique au succès colossal était à l’origine une fanfiction basée sur l’univers de Twilight.

Ainsi, il est possible de constater que peu importe le vernis dont est recouvert l’intrigue (en gros toute l’histoire des vampires dans Twilight), le sujet demeure le même : un loup riche et puissant séduit une jeune brebis toute pure, qui ne finit par éprouver du désir que pour ce qui la menace, lui fait du mal.

L’héroïne est une victime et le héros un bourreau à la gueule d’ange.

Nombreuses sont finalement les fictions young adult qui glorifient, peut-être sans le vouloir, les relations toxiques et perpétuent le cliché des femmes victimes qui, par dessus le marché, se complaisent à l’être.

Ceci étant dit, je regarderais peut-être le second opus de Twilight ce soir, à 21h, pour étoffer ma réflexion ou au contraire me rendre compte que j’ai extrapolé.

Nous verrons bien.

Et toi, que penses-tu des enjeux de Twilight ? Misogynes ou inoffensifs, ces vampires scintillants ?

À lire aussi : « Simp », nom masculin, le néologisme sexiste qui a le vent en poupe

Les Commentaires
98

Avatar de Querencia
6 mai 2020 à 17h40
Querencia
@seapunk
Contenu spoiler caché.
3
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